dimanche 30 août 2009

Grippé

Par la fenêtre, le dimanche, je peux mater les garçons. Je suis à la montagne. Il y en a qui se mettent torse nu, alors, j’évalue. Mais c’est rare que j’en trouve à mon goût et je ne suis pas si difficile. Entre deux poussées de fièvre, pourtant, je m’installe quelques minutes devant la fenêtre en espérant ce miracle dont je me souviens, un ange, pas d’autre mot, beau à donner sa vie en échange d’une nuit. Il se promenait avec son mec, ils se tenaient la main, c’était il y a bien longtemps, avant mon coming out. Je délirais de désir à l’époque, je voulais les inviter tous les deux à boire un coup et peut-être que… qui sait si… Je délirais quoi. Et ce n’était pas la grippe A, celle que je me tape, là, maintenant, isolé dans mon antre. J’ai des poussées de fièvre, un point de côté, une angine comme je n’en connaissais plus depuis que j’ai arrêté de fumer, les muscles douloureux, le mal de tronche. Tout, j’ai tout, c’est la grippe. Une saloperie. Alors je ne vais pas aller faire le tour du massif, je vais rester bien sagement ici avec mon doliprane et ma vitamine C. Sauf que c’est dimanche, il y a des gens qui squattent la pelouse juste en face de chez moi, pas la crème des crèmes à première vue. Des beaufs qui bouffent des sandwichs creusés dans des baguettes carrefour sur leur table en plastique, des vieux qui ne s’éloignent pas trop de leur ZX. Des gnomes mimis mais surtout promis à une jolie carrière de consommateurs de jeux électroniques ultra-violents, de coca-cola, de télévision, de films pornos et de bouquins de Marc Levy. J’ai des haut-le-cœur. Je ne sais pas ce qui me retient d’aller lâcher quelques glaires parmi eux.

vendredi 31 juillet 2009

Un petit texte à rire chez leo

Je continue à confier mes textes au site de Léo Scheer. Une façon ma foi pratique pour rendre lisible des textes.
En Rire (cliquez donc) a été écrit pour les (h)auteurs et la bibliothèque du 5ème arrondissement de Lyon, à l'occasion du Printemps des poètes.

L'occasion de dire que j'ai un grand plaisir à partager ainsi des expériences d'écriture - et de lecture - avec des gens aussi sympathiques, mes compagnons des (h)auteurs. Cette année, nous avons eu divers thèmes à explorer, nous avons tenté quelques jeux, nous avons aussi bien mangés, bien bu, nous nous sommes engueulés, mais alors bien, et nous avons aussi beaucoup rigolé. D'ailleurs le reste, hein. N'est que littérature.

samedi 25 juillet 2009

Sur le pont

J'ai intitulé cette photo : le bonheur.

Une remarque en passant, cette année encore, je ne suis pas où il faut être. Ah le loser.

samedi 11 juillet 2009

Un petit mot de Bruce Benderson

L'auteur de Toxico ou de Pacific Agony et le traducteur en américain de Virginie Despentes m'a écrit ce petit mot à propos de Premier Jet. C'était à Noël dernier, un beau cadeau.



Salut


J'ai regarde votre texte et je l'aime bien. Normalement je ne suis pas tres attire par la litterature erotiqe, mais dans le cas de votre, il y a un rythme et une simplicite et une clarte que j'aime.
bien a vous,

Bruce


lundi 22 juin 2009

Fucking Féria (6)


Je me lève d’un bond.
« Ok »
Je mets ma plus belle chemise et mon short blanc. Mes Van’s noires. Et je vais bouger mon popotin super sexy devant les baffles. Ma dépression je vais me la faire à l’ancienne. D’abord je me bourre de sucre, tout ce que je trouve, tant pis pour le régime. Et puis je trouve un soda à la taurine. Un grand verre de flotte, vitamine C. Vodka. Pastis. Vin rouge. Et encore pastis et encore. Pour l’instant j’envoie bouler les copains, je ne suis pas causeur. Je dis bon on y va.

Je ne sais plus comment s’appelle cette Bodega et j’éprouve bien du mal à retrouver de la joie. Tu n’y es pas. Un pote brandit deux bouteilles de vin rosé à bout de bras, j’en picole une rasade d’alcoolo, je n’aime pas le rosé. Je m’agite sur le rythme d’une chanson un peu moins nulle que les autres. Je n’arrête pas de jeter des coups d’œil circulaires, à la cantonade, dans l’espoir de t’apercevoir. Une autre rasade et ça y est, je danse et il pleut. Ça nous fait sourire, on s’en tape d’être mouillé, on danse. Un pote, un autre, me sert dans ses bras. On danse, on boit, il pleut vraiment. C’est drôle, la piste se vide et on prend toute la place, on se déchaîne. Je m’arrête quelque minute, Goldman, même bourré, j’ai du mal. Je réalise que ton visage si charmant, dans ma mémoire, s’est effacé. Je m’enfile une bonne rasade. C’est ridicule, je ne sais pas si je saurais te reconnaître. Une autre rasade. Je souffle un bon coup sur cette petite flamme, dans son berceau, qui ne me réchauffait plus. Et tu vois joli chamois, je ne t’oublie pas pour autant. Mais je danse. Je suis là.

Plus tard je vais prendre un collègue entre quat’z’yeux. Dis-donc garçon qu’est-ce que tu fous avec nous, pourquoi tu es parti de cette Bodéga. Tu ne dansais pas avec une fille, tout à l’heure ? Elle était si jolie. Elle avait l’air tellement douce. Va la rejoindre. Je lui mets le doute, à mon pote. Retrouve-là, je lui dis, et il s’en retourne à la Bodega dont j’ai oublié le nom. Là, problème, les mecs ne veulent plus qu’il entre. A l’Impérator, on nous refuse aussi l’entrée sous prétexte que je suis en short, ce qui est très drôle parce que j’ai quand même gravement la classe dans ce short, alors je leur fais un bon doigt d’honneur, non mais, je ne vais pas mendier l’entrée dans une Bodega, encore moins celle où Villepin, nous dit-on, se trémousse. Les copains, venez, on va aider notre collègue malheureux à retrouver sa belle. Donc on retourne dans la Bodega de tout à l’heure, je ne sais pas comment on fait mais on entre. Le collègue, il regarde la jolie demoiselle, à la cantonade, mais jamais n’ose l’aborder. Pas grave. On boit du rosé. On danse sous la pluie.

jeudi 18 juin 2009

Fucking Féria (5)

« Pourquoi tu fais la tronche, ça ne va pas ? »

Je suis amoureux à cet instant, comment l’avouer. De toi joli danseur.

« Non ça ne va pas, j’en ai marre »

De cette musique pourrie d’abord, parce que le premier soir je m’en fous, le deuxième je me dis que je ne vais pas commencer à casser l’ambiance, le troisième Sardou, Patrick Sébastien, ça devient lourd. Et le quatrième je craque, je n’en peux plus, je fais la gueule. D’abord je suis fatigué, je me demande ce que je fais encore entouré exclusivement de zétéros. Le petit appartement que nous louons le temps d’une féria est un deux pièces délabré disposant d’une petite terrasse. La « chambre » est jonchée de matelas, de duvets tirebouchonnés, de vêtements en tas, de sacs dégueulant. Je m’y allonge tôt, ce soir-là, pendant que les collègues continuent l’apéro et, pour tester le voisinage sans doute, montent le son. Je ne peux pas dire combien m’agace cette programmation de tubes avariés, impossible de trouver le repos. Hier, je leur ai mis un morceau de guitare signé de ce superbe clown terrien, Marilyn Manson, pas non plus mon artiste préféré, ils n’ont même pas goûté. Ils se bousculent sur la terrasse, papotent en bouffant des poêlées de cœurs de canard avec des pâtes et j’entends reprendre en chœur, parfois, je ne sais quel inepte refrain. Mon vague à l’âme, mon amour qui s’étouffe, cela ne préoccupe que moi, mais après tout c’est une définition de la solitude. La solitude ontologique du Ouam. Je voudrais dormir, pour oublier, je ne parviens pas à dormir. J’entretiens malgré moi une petite flamme, elle chauffe à peine, en mon centre, j’ai physiquement l’impression de la protéger, un peu comme si tu étais entre mes bras ou sous mon regard ou juste à mes côtés et quiconque s’approche est un intrus.

« Qu’est-ce que tu fous Ouam, tu bois pas ? »

mardi 16 juin 2009

Fucking Féria (4)

Le torero Berrera, courageux, batailleur et fier, est dénué de la grâce garçonne d’un Castella. Son toro tourne sans envie autour de lui, dérouté, toujours, par le chiffon, mais ne renonçant jamais. Je suis celui qui de coups de corne en coups de corne, la tête baissée, raclant la piste et soufflant, haletant, désire souiller empaler ce petit corps trop raide. Je perds mon sang sur son poitrail et dans un geste plein de morgue, délaissant l’arme et la cape, il me montre son cœur, inexpugnable. A te courir après, damné danseur, je me perds en cette ovale, où est la porte, où est la sortie ? Je vais mourir. Je me sens ce toro là, victime d’une violence sans mesure, victime d’une ronde macabre.

Ou bien suis-je celui que l’ange Castella appelle, de sa voix de fausset, il est ce dieu scintillant que je veux embrasser. Je veux mourir sous sa main, qu’il m’embroche si bon lui semble ! Je ne sais si j’envie le survivant, ô Javier Conde jolie violette, ballerine aux mains douces, de ne pouvoir plus jamais espérer peser sur son vainqueur. Je veux que mon vainqueur se mouille à ma robe, se colore de moi, venga. Touche-moi. Je veux ta main sur mon dos, ton regard attentif, dominé par ma force, maîtrisé par la grâce. L’amour est ce moment de gloire. Il m'échappe.

mercredi 10 juin 2009

Fucking Féria (3)

Je ne retrouvai pas ma joie. Un peu de complicité amicale, des rires de viking autour d’une boutanche de pastis, percée sans doute, d’une andouillette achetée sur le marché de la Croix Rousse ou de quelque côte de taureau grillée et la pensée de cette rencontre avortée, impossible, me piquait le dos, me labourait l’échine. Ça parlait des femmes, parfois, ça cherchait en vain mon approbation, ça m’écœurait pour tout dire. Et puis surtout c’est les hommes que je voudrais bien comprendre. « Vous les pédés vous avez de la chance, c’est plus facile pour vous parce que vous savez comment sont les hommes ». Que puis-je répondre à cela. Que tous les jours je sors ma lanterne et que ce n’est pas si évident. Je pense à toi, à notre rencontre, hier soir. Aux adieux que nous ne formulerons pas.

La nuit dans les bodega, j’ai erré. Au milieu des beats et de la joie ambiante, balançait en moi la mélodie lancinante de ton absence. Je m’échinais, me tournais, je te cherchais partout. Chez Jany, aux Costières. Tu n’étais nulle part. Je tapais des pieds, grattais la piste, m'exaspérais. Une danse.

lundi 8 juin 2009

Fucking Féria (2)

Je ne sais ce qui nous a séparé, je suis capable de ce genre de décision bizarre. Nous avons trinqué encore, je suis allé rejoindre mes amis fêtards, ceux-là même qui auront, le lendemain, l’honneur d’une photo en page 9 du Midi-Libre. L’ambiance était au champagne, je l’ai déjà mentionné, l’énergie était communicative et j’étais euphorique, un peu aussi grâce à toi. Tu étais dors et déjà cette flamme muette, pas encore grelottante, chaleureuse au contraire et vive en moi. De loin, nous échangions de temps en temps un sourire, tu dansais si bien. Je sautais en beuglant les chansons consternantes que le DJ sans imagination de l’Espace Pablo Romero passait, une fichue fête et je te savais là. Combien de 51 dans l’après-midi, combien de bières, combien de flûtes de champagne. Je ne sais pas. Je t’ai cherché ensuite dans le coin ou tu te trémoussais, si léger, et ne te trouvant pas, je me suis taillé un passage dans la foule, j'ai sourit aux femmes avinées, bousculé les bœufs dont les gros culs ne se meuvent qu’à coups de coudes et de « pardon, pardon ». Tu étais au fond de la salle surchauffée, nous nous sommes à nouveau réunis une seconde, ah quel splendide sourire tu as eu. Mais tu étais avec tes amis, je ne savais pas si je pouvais t’approcher plus longtemps. J’ai loupé le coche. Mes amis me cherchaient, ils avaient décidé de filer place d’Assas, je les ai suivi. J’ai senti alors venir comme un effluve de cette tristesse, une mélancolie ? Qui ne me quittera plus.

mercredi 3 juin 2009

Fucking Féria (1)

J’étais à la recherche d’un regard, je suis toujours à la recherche d’un regard et au loin, j’ai eu le tien. Tu ne t’es pas détourné. Moi non plus. Et puis nous avons chacun continué à danser parmi la foule, dense. Bodega Pablo Romero, feria de Nîmes, mes amis se regroupaient alors à grand’ peine, je ne pensais déjà plus qu’à toi. La joie d’être ensemble bien sûr, la joie artificielle due à des performances picolatoires un peu hors normes, l’euphorie me gagnait et je redoublais d’énergie, jeudi, première soirée, champagne. Je lançai un doigt rageur et revendicatif lorsque ces espèces de ringards d’Aficionados mafieux voulurent nous faire communier avec une prière en espagnol. Mes amis, les lâches, rigolards pourtant, ne me suivirent pas, merde, nous n’étions pas dans une église. Une boîte à fric. Et nous avons dansé, je pensais à ce joli bout de garçon, je le regardais encore quelques fois et de nouveau nos regards se sont croisés, tu as souri. Je me frayai un chemin vers toi, genre c’est le hasard si, tiens, nous sommes côtes à côtes et c’est drôle, j’ai été surpris de te voir si près. Ce fut comme si tu m’accueillais, nous fûmes, quelque seconde, absolument seuls. Voyant ma flûte vide, elle ne l’était d’ailleurs pas tout à fait, tu y as versé un peu de ta bière. Nous avons trinqué. Puis dansé. Ensemble.

mardi 26 mai 2009

J'ai 25 ans

Il faudrait avoir 25 ans. Toujours. Ne pas être malheureux comme à 25 ans, amoureux, pédé, gros, infoutu de rencontrer un garçon, non, il faudrait en aimer plein des garçons, faire du sport, suer, se durcir, avoir 25 ans et en profiter. J’étais malheureux à 25 ans alors que ce serait aujourd’hui. Vers mes 18 ans j’ai bien essayé de vaincre ma timidité en allant traîner du côté de la petite rue des Feuillants, en bas des pentes de la Croix Rousse, et aussi impasse Saint Polycarpes, si je me souviens bien. Je tournais autour de deux des trois ou quatre établissements gays répertoriés par le Petit Paumé, une association nichée en la plus malpropre des impasses, un restaurant discret, d’apparence assez chic mais dont les vitrines étaient occultées. Je guettais les garçons qui entraient et sortaient, qu’aurais-je pu faire d’autre ? Et je n’en voyais guère. Penaud, je rentrais chez ma mère. Je comprenais que le désir des garçons pouvait me perdre, qu’il me couperait de mes refuges, de mes amis, de ma famille, je comprenais que le désir m’obligerait à vivre caché, au fond des impasses, derrière les façades, dans les caves. J’aurais peut-être dû sonner, je suis allé jusqu’à la porte de l’ARIS – je crois que c’était l’ARIS – mais, coincée ou elle était, je n’ai pas eu confiance, et si c’était un bordel, ou une association SM ? J’ai donc pris la décision mortifère, à 18 ou 20 ans, de tout garder. Lorsque j’ai eu 25 ans, j’étais tout à fait installé dans mes habitudes, je ne pensais même plus à un coming out. Il faudrait avoir 25 ans aujourd’hui parce que je sais que je n’aurais pas dû laisser filer ainsi. Le deuil du père, la présence auprès de ma mère. Le roman inachevé, les émissions de radio, les responsabilités associatives, les vacances entre copains, le tour d’Europe. Les débuts bénévoles au journal. Mais qu’ai-je fait ensuite. Après 25 ans, je n’ai plus rien tenté. Je n’ai connu aucun garçon. J’ai aimé mes amis, j’ai joué à l’ordinateur, mais c’est que sans lui j’étais perdu. Et plutôt que de m’ouvrir et de m’offrir, je me suis enfermé. Je suffoquais. Je grossissais. Ne me lavais plus. Je me laissais mourir.

vendredi 22 mai 2009

L'ennemi c'est le mal

Puisque l’ANP (Agence Nationale de la Poésie) a supprimé sa vidéo – je me demande si c’est à cause de moi, ce serait un peu bête – voici un extrait du texte que son sympathique lecteur, donc, lisait :

« Nous sommes l’axe du bien. Nous faisons le bien et portons le bien au mal qui fait du mal au bien. Nous sommes l’axe du bien. Nous sommes l’axe du bien en lutte contre le mal. Contre l’axe du mal. L’axe du mal fait du mal où se trouve le bien. Nous sommes l’axe du bien en lutte contre le mal. L’axe du mal fait du mal au bien qui lutte contre le mal. Nous sommes les forces du bien pour le bien des forces du bien qui luttent afin de rétablir le bien de l’axe du mal. Nous sommes les forces du bien. Le mal de l’axe du mal fait mal au bien qui est le bien et nous devons lutter contre leur bien qui est le mal… »

Jean-Michel Espitallier, extrait de L’axe du bien, in le recueil En Guerre, 5€, 48 p, chez Inventaire Invention éditions.

°°°

J’ai envie de rapprocher ce texte d’une réflexion de Desproges, que j’avais utilisé d’ailleurs dans une dissertation sur la définition de l’agresseur en droit international :

« L’ennemi est idiot, il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui »

J’expliquais dans ce devoir (de première année) que la notion était suffisamment floue pour qu’elle soit, d’une part, inutile à la prévention des conflits et, ensuite, le prétexte à bien des horreurs (Hiroshima et Nagasaki par exemple). J’en concluais que c’était le vainqueur de la guerre, devenue puissance dominante, qui, in fine, imposait son interprétation du droit international, désignant à sa convenance l’agresseur (l’autre) et l’agressé (moi).

Inutile de dire que je me suis tapé une sale note, je n’ai jamais eu que des sales notes en droit. Je ne détiens aujourd’hui aucun autre diplôme que mon bacho.

jeudi 14 mai 2009

Face A

Mon amie : Mais si, comment s'appelle ce sommet, déjà ?
Ouam : Je ne sais pas, je ne vois pas.
Mon amie : Tu sais, facile à monter, difficile à descendre ?
Ouam : ...Un homme ?

dimanche 10 mai 2009

Ach Paris (deuxième jour)

Rappel : Ach Paris (Premier jour)

Nous nous sommes réveillés un peu tard, c’était forcé. Ça battait dru sous les fronts, mon pote, en plus, il se sentait nauséeux. Je ne me souviens plus si nous avons mangé, des pâtes, peut-être, avec une tranche de jambon. Nous avons encore discuté dans son petit appartement, il m’a fait la morale. Tiens ça me rappelle son toupet d’hier soir. Dans la rue il m’a dit toi et moi on n’a pas de chance, « on n’a aucun talent ». Je lui ai répondu hé parle pour toi . Tu crois que je me ferais chier à écrire toute l’année des romans qui n’intéressent personne, que je travaillerais mon écriture presque tous les jours si je pensais n’avoir aucun talent ? Je sais bien que je ne ferais pas la carrière de Mauriac, d’Aragon, de Houellebecq ou de Victor Hugo. Je ne suis pas « génial », ça se saurait n’est-ce pas. Mais un peu de talent merde, ce n’est pas grand’ chose à demander, non. Et lui, il s’excuse alors que, bien sûr, maintenant qu’il l’a dit. J’avais envie de gueuler que s’il n’a pas foi en moi, lui mon pote depuis presque toujours, qui me fait aujourd’hui les plus improbables déclarations d’amitié, mais de qui puis-je espérer un jour être reconnu ? La première fois qu’il a eu un tas de terre entre les doigts, il en a sorti une forme de femme épatante, pour un débutant. Moi je n’ai jamais su, même au prix de quelques tentatives, en sortir autre chose qu’un peu d’art abstrait. Alors, n’avait-il pas un petit talent ? Il n’a pas bossé le coup de la terre glaise et, aujourd’hui, il faut avouer que ses douze ou treize statuettes paraissent bien minables. Il en expose pourtant ici ou là quelques-unes, sur les étagères surchargées de son gentil salon.

Au milieu de ses milliers de bouquins, tous professionnels, à part une petite étagère de romans, une autre de bandes dessinées, donc, nous discutons de notre métier commun et il me fait la morale. Je crois que c’est comme ça qu’il se donne l’impression de s’occuper de moi. Il dit que je devrais piger pour des journaux, pour augmenter mon revenu. Ce qui m’énerve c’est que, cette fois, son reproche est assez rationnel, je ne travaille qu’à mi-temps et, au Smic horaire, ça ne fait pas lourd. Sauf que je n’ai pas du tout l’intention de bosser plus. Il me faut du temps pour moi, pour écrire mes romans. Cet après-midi chez lui, c’était dimanche, mais il allait travailler vers 16 heures. Ce mec est pigiste pour les plus gros canards, mais non, il doit assurer son revenu en bossant le dimanche, un genre de rewriting si j’ai bien compris. S’il croit que je vais suivre le modèle. Je faisais mon sac, nous nous embrassions chaleureusement sur le seuil, ou plutôt nous nous serrions la main, avec des regrets de se quitter si vite.

« C’était cool hier soir »

Oui, c’est vrai, c’était cool.


Le reste de l’après-midi fut pour moi l’occasion d’une balade, seul, dans les rues de Paris. Et ça aussi c’était cool.

mardi 5 mai 2009

samedi 2 mai 2009

Le lièvre le lièvre

Je pleurais à l'instant. En lisant ce passage du livre de Claude Lanzmann intitulé bien à propos Le Lièvre de Patagonie (éd Gallimard 546 p, 25 €):

"C'était notre premier voyage à l'étranger, je me trouvais dans la plus grande exaltation, la rencontre des noms et des lieux, noms de gares aperçus dans la nuit, Brig, Simplon, Domodossola, Stresa, attestaient de la vérité du monde, scellait l'identité des mots et du réel, dévoilait le vrai de plus poignante façon. Je me dis aujourd'hui que notre jeunesse et la jeunesse du monde se conjugait alors et il est certain que la première fois a une saveur unique. Il m'arrive pourtant encore maintenant d'éprouver à pleine force ce que je ressentais à vingt ans, à la réflexion cela n'a rien à voir avec le jeune ou le grand âge. Remontant seul il n'y a pas si longtemps, à partir de Rio Galleros, aux confins de la terre de Feu et au volant d'une voiture de location, la plaine immense de la Patagonie argentine vers la frontière du Chili et la fabuleux glacier du Perito Moreno, je me répétais, joyeux comme dans ce premier train vers Milan : "Je suis en Patagonie je suis en Patagonie". Mais ce n'était pas vrai, j'avais beau avoir aperçu quelques troupeaux blancs de lamas, la Patagonie ne s'incarnait pas en moi. Elle s'incarna tout à coup, au crépuscule, sur le dernier tronçon de route non asphalté après le village d'El Calafate, dans le balayement de mes phares, quand un lièvre haut sur pattes bondit comme une flèche et traversa la route devant moi. Je venais de voir un lièvre patagon, animal magique, et la Patagonie toute entière me transperçait soudain le cœur de la certitude de notre commune présence. Je ne suis ni blasé ni fatigué du monde, cent vies, je le sais, ne me lasseraient pas. "

Je pleurais, j'ai retenu mes larmes. Peut-être que je me sens un peu fragile, en ce moment. Je sens dans cette lecture, dans mon jardin, au soleil, qu'elle recèle, pour moi, des vérités que je n'ose affronter. C'est la vie qui passe et ne me traverse pas ?

jeudi 30 avril 2009

jeudi 23 avril 2009

Dark Tophe

Christophe avait ce petit air
Hésitant ce sourire
Et complice pourtant

En boîte, le compliment :
« Salaud !
- Quoi ?
- Qu’est-ce que tu danses bien ! »

Christophe, je ne serai pas à ton enterrement.

Depuis Lyon, nous sommes allés ensemble au mariage de notre copain Eric. Tu conduisais vite, sans avoir l’air d’en éprouver quelque souci. D’ailleurs… J’en souris, mon Christophe. Nous avions rendez-vous, comme il se doit, dans une église aux environs d’Annemasse, mais nous étions à nos retrouvailles, nous avions beaucoup d’histoires à nous raconter. Nous commencions cette journée ensoleillée par des confidences, des souvenirs, des rires. Et soudain nous étions à Dôle.

Avec Eric, nous étions tous trois inséparables au Lycée.

Tu es dans la même classe que moi, ouf. Nous venons de redoubler, nous redoutions d’être séparés. Eric, lui, avait été mis dans une autre seconde. Toi et moi, nous nous sommes mis à côté l’un de l’autre, tout devant, ce premier jour, avec la ferme résolution de se mettre au boulot, d’être sérieux. Cela ne dura que quelques minutes. Toc toc toc, un élève se montre.
« Entrez »
Je souris, tu souris, je me souviens avec exactitude de ton sourire large, pas loin d’éclater en un rire franc. C’est Eric, à moitié débraillé, brandissant un papier, tenant son sac, qui s’adresse à notre professeur principal :
« Euh ils se sont trompés, en fait je devais être dans cette classe »
Le cours suivant, bien sûr, nous étions au fond de la salle.

Mes amis de droite. Un de moins pour Sarko, déjà ça de gagné. Un de moins pour moi, aussi.

Une crise cardiaque. 37 ans, une crise cardiaque. Tu fumais, je ne me souviens plus ? Je ne crois pas. Chez ta mère, je dis ta mère parce que ton père était mort l’année dernière. Chez ta mère, tu taillais les haies. Tu t’es senti fatigué.

Tu étais Dark Krist.

Christophe ne riait pas souvent, je veux dire le grand éclat de rire. Il était pourtant très drôle, qu’est-ce que nous avons rit. Eric, Roland, Ouam, nous riions à nous faire mal, nous faisions du bruit, Christophe, lui, ne montrait pas grand-chose, il pouvait pourtant en ajouter une couche, appuyer là où ça fait rire, son visage était hilare. Il riait dedans.

Eric m’a promis de te faire un petit coucou. Tout à l’heure, à seize heures, dans le cimetière de Parcieu.

Avec Eric, nous nous sommes parlé au téléphone, à cause de Christophe. Nous avons envie de nous revoir et Roland aussi. Nous penserons à lui, c’est sûr. Nous nous moquerons, il n’est plus là pour se défendre. C'est sûr, nous rirons bien et fort.