jeudi 22 octobre 2009

Sur le voyage

Si j’allonge mes pas, si je les multiplie, quel temps me donne-t-on, qui me le donne. Je marche et j’écris. Je créé. Je me construis le monde. Dans une ouverture des rêves – ici les règles de morale sont cassantes aussi bien qu’un schiste noir – les désirs s’épanouissent, éclatants tels d’absolus joyaux sur la peau.

La peau des pauvres luit de son sel et s’empourpre en giclant. Elle se marbre, s’illumine, puis, elle se fripe et grisonne et se creuse. Elle gonfle, parfois, elle se mouille, elle va tomber. Il n’y a pas de classe moyenne.

lundi 19 octobre 2009

Le voyage

Piocher dans la croûte, creuser la terre, tchac tchac, je creuse, je fouille, je veux savoir. Stop. Lécher lécher c’est du sel. Stop. Je veux savoir. Stop. J’ouvre. Stop. Le livre s’étale sous moi, je piétine le livre, j’ose. Stop. Je veux savoir. Stop. Qu’y plonger encore. Stop. La viande. Stop. Rouge. Stop. Des yeux m’enrobent. Stop. Un livre. Stop. Des yeux. Stop. Piocher dedans. Stop. Le voyage.

mercredi 14 octobre 2009

Deuil (6)

Deuil (1), Deuil (2), Deuil (3), Deuil (4), Deuil (5)

Je je je, toujours. Il m’enquiquine ce je.

Je ne jouis d’une joute – je joue, je jute – qu’en enjôleuse compagnie.

Je m’ennuie sans lui.

Lui, lui, lui. Une exaltation passagère, une tendresse pesant sur un corps abandonné, des lèvres molles, nu sur nu, pas photo, nid halitueux. Je cherche un corps. Je je je cherche un corps. Devant moi le spectaculaire alignement de garçons morts et qui ne sont pas lui. Un, deux, trois, quatre, cinq, six… sexes sortis. Puis au fonds, lui. Peut-être.

- C’est lui ?

Je je je. Ne sais pas, madame la commissaire. Je voudrais qu’il soit. Lui. Mais confiant, souriant, aussi. Madame la commissaire, où est son visage, avez-vous retrouvé son visage ?

mercredi 7 octobre 2009

Devinette

« Tu es un animal ?

– Tu es froid

– Tu es un homme ?

– Tu tiédis

– Tu es une femme ?

– Froid

– Un mâle, quoi

– Oui »

Entre l’homme et l’animal ?

« Tu es un animal politique

– Brrrr c’est le pôle nord ici

– Un… Personnage dans un conte de fée ?

– Tu te réchauffes

– Un prince ? »

Charmant, souverain, sublime et aérien, le prince au tendre pied.

(Texte parut dans le Mercure Liquide n°10)

mercredi 30 septembre 2009

Un poème porno

Je te veux nu débordant d’amertume et la bave asséchée

Je te veux humilié sans vertu sans sourire et le cul galbé offert

Je te veux empalé

Je te veux sur mon vît

Je te veux mort

Je te veux moi

Fondu en moi

Fondu de moi

Ton amour grandiloquent s’étouffant en prières

Grâce, grâce,

Tu demandes et ce faisant

Me lacère

Ramenant à toi, pour toi, ma chair

Grâce,

Tu me veux nu les forces qui me quittent

Tu me veux planté dans toi

Tu me veux pantois

Tu me veux mort

Tu me veux moi

Fondu en toi

Fondu de toi


Notre amour s’élevant dans l’air sure d’une chambre celée.

mardi 22 septembre 2009

Bières

Une dernière, une dernière, comme si ces deux mots pouvaient ne pas être définitivement inconciliables. Pas se fiche de ma gueule. Ah le doux oxymore. Je connais. Que personne ne me prenne pour un bleu, je connais l’engrenage. Une dernière, une derrière, et pas mal d’autres. C’est une question de logique. Celle que les copains appellent une dernière, c’est celle de la bascule, toujours, et paf, je fais la fermeture. C’est souvent la troisième, j’ai remarqué. Après la troisième, c’est pas de limite, c’est je me ruine. Le cantonnier, là, qui s’accroche à son verre comme à un manche à ballet, le nez bombé comme un pépin de poire, la peau lunaire, tâchée par le vin, son sourire, cratère hilare et jaune, n’est pas fin, et ses mains boudinées, sa gestuelle grossière agacent le voisinage. Un militaire en perdition, qui n’avait ja- ja- jamais navigué, titube entre deux tables au moment de payer, il n’a pas un rond ce débile, il a une gueule de débile ce militaire. Une tablée, au fond du rade, rit. J’y reconnais deux comédiennes charmantes, un peu prout prout, trop gentillettes à mon avis pour jouer les tragédiennes. Pauvres connes. Oui, pauvres connes, et ce n’est pas parce qu’elles sont connes, je tiens à dire, qu’il faut me traiter de misogyne. Je suis pédé ce n’est pas pareil. D’autant que leurs mecs, les deux beaux petits gars que je mate comme un garagiste, je veux dire comme un salaud alcoolique, n’ont pas l’air bien futés non plus. Pour eux, leur petite gueule, leur cul, et certainement d’autres trucs que je n’ai pas vus, j’ai peut-être quelque indulgence, mais c’est juste parce que je suis encore un poil trop benêt, je crois encore que je vais pouvoir, enfin, voyez, leur mettre. Je me tourne vers les copains.

« Une dernière, patron, aller »

lundi 14 septembre 2009

Christophe, chez ouam

J’ai beau, je suis beau, oui, là maintenant je suis beau et j’ai beau mater, admirer, ah mais pourquoi ton ventre, sur le mien, au-dessus, se durcissait ainsi, je regarde cet homme, son ventre plat, je sabote mes jours en ne pensant qu’à lui: que ripe sur mon palais d’or son gland sec, en souvenir ses cuisses bandées me sont un collier, que glisse sur mes dents la langue de ce garçon à la peau brune, aux lèvres molles, je vois ce garçon, tous les jours, je voudrais bien, il me chevauche avec morgue, la morgue, le plaisir qu’il me donne, « oh putain mais tu le fais si bien, ça », je n’arrive pas à prendre tout, je veux tout le garçon, je le prends, je le brûle, ah et j’ai beau, je suis beau, j’ai beau, le regarder, le toucher, le griffer je ne peux le prendre tout entier, et il continue son manège, il joue, je ne le quitte pas, un de ses doux pieds nus me caresse l’oreille, vlan, vlan, que ces muscles chacun visibles sous moi m’émerveillent, je te veux putain je te veux tout entier, je te regarde, je te regarde ah que tes lèvres m’enchantent, tu es parti ? J’aurais voulu être amoureux de toi.

mardi 8 septembre 2009

Mon tour de passer (2)

La Loire, à certaines époques, est tout simplement infranchissable. Elle charrie dans son tumulte tant d’épaves, tant de bois flotté, tant de sable, aussi, que même le passeur intrépide d’antan hésitait quelques fois à transporter les gens de l’autre côté. Le passeur, vous connaissez le principe. Il faisait à quelque kilomètre en amont coulisser une large barge le long de deux câbles tendus au-dessus du fleuve. Madame Carmin m’a raconté qu’il y avait une coutume. Les voyageurs ne payaient qu’à l’arrivée et devaient mettre le prix de la traversée sous la langue, et gare à celui qui ne le faisait pas, il était fauché par un rondin ou ripait sur la barge, bref, il finissait dans l’eau, et sûr, il n’en ressortait pas. Combien de cadavres ont été enterrés dans le petit jardin de l’auberge, Madame Carmin ne sut pas me le dire et il n’y a jamais eu bizarrement de rapport de gendarmerie. Personne n’a entendu parler de ce tas d’os parce que, selon les pouvoirs publics, il y avait prescription. Et c’est pour cela qu’ils ont fait appel à un grand architecte, pour faire un grand et surtout un gros pont, ici, à cette place-là précisément. Non parce que si vous vous demandez ce qui peut bien justifier le contrepoids de 8000 tonnes de ce beau béton gris, hein ? Vous ne croyez tout de même pas que c’est pour la balade ? Car il faut bien des hommes pour faire tenir un pont entre deux rives, combien, à votre avis, pour un tel ouvrage ? Combien, pour qu’un poète les cheveux flottant dans le sillage du fleuve, les oreilles brûlantes et le nez cherchant un effluve de sauvagerie dans les méandres indociles, retrouve dans le voyage vers la rive, un peu de son rêve. Avec, peut-être, le goût métallique d’une pièce sous la langue. Le temps d’une traversée.

lundi 7 septembre 2009

Mon tour de passer (1)

(Texte lu sur le pont Berlottier inauguré sur la Loire cet hiver en compagnie des (h)auteurs)


Ce que beaucoup ignorent, c’est qu’à l’endroit même où nous sommes, autrefois, il y avait une petite auberge dont la spécialité de ragoût de cochon à la purée était reconnue. L’auberge Carmin était tenue proprette par une dame que j’ai rencontrée. Depuis qu’ils ont rasé son auberge, Madame Carmin vit dans un appartement en haut d’une tour de la banlieue. Ça la change. Mais elle ne se croit pas malheureuse, vous savez, une tour, on peut y voir un amas de béton, une trop forte concentration d’êtres humains, avec tout ce que cela comporte de désagréments, ou bien, on peut espérer aller voir les étoiles d’un peu plus près. C’est ce qu’elle m’a dit. Les tours, les basses, les belles, aussi bien que l’Eiffel, sont des ponts tendus vers les rêves. Elle a grand ouvert la fenêtre de son petit salon, et il n’y avait rien au-delà que le ciel nu et froid, de plus en plus froid. En haut des tours, les joues rosies, les narines écartées, les mains, eh bien, je ne sais pas, dans les poches. La chevelure déployée dans le grand vent des hauteurs. Je me suis vu rêveur. Je me suis vu tomber.

« Mais, le pont » me dit-elle pendant que je referme la fenêtre, « revenons à notre pont »

Ce pont est majestueux, je veux bien. Nombreux sont les badauds qui viendront s’ébaudir de ces deux flèches pointés vers l’Azur, de ces câbles monstrueux roidis telles les cordes délicates d’un violon, et pourtant comme dégueulés par de grandes orgues mutiques.

« Oui oui, c’est un très gros pont » répéta-t-elle.

dimanche 30 août 2009

Grippé

Par la fenêtre, le dimanche, je peux mater les garçons. Je suis à la montagne. Il y en a qui se mettent torse nu, alors, j’évalue. Mais c’est rare que j’en trouve à mon goût et je ne suis pas si difficile. Entre deux poussées de fièvre, pourtant, je m’installe quelques minutes devant la fenêtre en espérant ce miracle dont je me souviens, un ange, pas d’autre mot, beau à donner sa vie en échange d’une nuit. Il se promenait avec son mec, ils se tenaient la main, c’était il y a bien longtemps, avant mon coming out. Je délirais de désir à l’époque, je voulais les inviter tous les deux à boire un coup et peut-être que… qui sait si… Je délirais quoi. Et ce n’était pas la grippe A, celle que je me tape, là, maintenant, isolé dans mon antre. J’ai des poussées de fièvre, un point de côté, une angine comme je n’en connaissais plus depuis que j’ai arrêté de fumer, les muscles douloureux, le mal de tronche. Tout, j’ai tout, c’est la grippe. Une saloperie. Alors je ne vais pas aller faire le tour du massif, je vais rester bien sagement ici avec mon doliprane et ma vitamine C. Sauf que c’est dimanche, il y a des gens qui squattent la pelouse juste en face de chez moi, pas la crème des crèmes à première vue. Des beaufs qui bouffent des sandwichs creusés dans des baguettes carrefour sur leur table en plastique, des vieux qui ne s’éloignent pas trop de leur ZX. Des gnomes mimis mais surtout promis à une jolie carrière de consommateurs de jeux électroniques ultra-violents, de coca-cola, de télévision, de films pornos et de bouquins de Marc Levy. J’ai des haut-le-cœur. Je ne sais pas ce qui me retient d’aller lâcher quelques glaires parmi eux.

vendredi 31 juillet 2009

Un petit texte à rire chez leo

Je continue à confier mes textes au site de Léo Scheer. Une façon ma foi pratique pour rendre lisible des textes.
En Rire (cliquez donc) a été écrit pour les (h)auteurs et la bibliothèque du 5ème arrondissement de Lyon, à l'occasion du Printemps des poètes.

L'occasion de dire que j'ai un grand plaisir à partager ainsi des expériences d'écriture - et de lecture - avec des gens aussi sympathiques, mes compagnons des (h)auteurs. Cette année, nous avons eu divers thèmes à explorer, nous avons tenté quelques jeux, nous avons aussi bien mangés, bien bu, nous nous sommes engueulés, mais alors bien, et nous avons aussi beaucoup rigolé. D'ailleurs le reste, hein. N'est que littérature.

samedi 25 juillet 2009

Sur le pont

J'ai intitulé cette photo : le bonheur.

Une remarque en passant, cette année encore, je ne suis pas où il faut être. Ah le loser.

samedi 11 juillet 2009

Un petit mot de Bruce Benderson

L'auteur de Toxico ou de Pacific Agony et le traducteur en américain de Virginie Despentes m'a écrit ce petit mot à propos de Premier Jet. C'était à Noël dernier, un beau cadeau.



Salut


J'ai regarde votre texte et je l'aime bien. Normalement je ne suis pas tres attire par la litterature erotiqe, mais dans le cas de votre, il y a un rythme et une simplicite et une clarte que j'aime.
bien a vous,

Bruce


lundi 22 juin 2009

Fucking Féria (6)


Je me lève d’un bond.
« Ok »
Je mets ma plus belle chemise et mon short blanc. Mes Van’s noires. Et je vais bouger mon popotin super sexy devant les baffles. Ma dépression je vais me la faire à l’ancienne. D’abord je me bourre de sucre, tout ce que je trouve, tant pis pour le régime. Et puis je trouve un soda à la taurine. Un grand verre de flotte, vitamine C. Vodka. Pastis. Vin rouge. Et encore pastis et encore. Pour l’instant j’envoie bouler les copains, je ne suis pas causeur. Je dis bon on y va.

Je ne sais plus comment s’appelle cette Bodega et j’éprouve bien du mal à retrouver de la joie. Tu n’y es pas. Un pote brandit deux bouteilles de vin rosé à bout de bras, j’en picole une rasade d’alcoolo, je n’aime pas le rosé. Je m’agite sur le rythme d’une chanson un peu moins nulle que les autres. Je n’arrête pas de jeter des coups d’œil circulaires, à la cantonade, dans l’espoir de t’apercevoir. Une autre rasade et ça y est, je danse et il pleut. Ça nous fait sourire, on s’en tape d’être mouillé, on danse. Un pote, un autre, me sert dans ses bras. On danse, on boit, il pleut vraiment. C’est drôle, la piste se vide et on prend toute la place, on se déchaîne. Je m’arrête quelque minute, Goldman, même bourré, j’ai du mal. Je réalise que ton visage si charmant, dans ma mémoire, s’est effacé. Je m’enfile une bonne rasade. C’est ridicule, je ne sais pas si je saurais te reconnaître. Une autre rasade. Je souffle un bon coup sur cette petite flamme, dans son berceau, qui ne me réchauffait plus. Et tu vois joli chamois, je ne t’oublie pas pour autant. Mais je danse. Je suis là.

Plus tard je vais prendre un collègue entre quat’z’yeux. Dis-donc garçon qu’est-ce que tu fous avec nous, pourquoi tu es parti de cette Bodéga. Tu ne dansais pas avec une fille, tout à l’heure ? Elle était si jolie. Elle avait l’air tellement douce. Va la rejoindre. Je lui mets le doute, à mon pote. Retrouve-là, je lui dis, et il s’en retourne à la Bodega dont j’ai oublié le nom. Là, problème, les mecs ne veulent plus qu’il entre. A l’Impérator, on nous refuse aussi l’entrée sous prétexte que je suis en short, ce qui est très drôle parce que j’ai quand même gravement la classe dans ce short, alors je leur fais un bon doigt d’honneur, non mais, je ne vais pas mendier l’entrée dans une Bodega, encore moins celle où Villepin, nous dit-on, se trémousse. Les copains, venez, on va aider notre collègue malheureux à retrouver sa belle. Donc on retourne dans la Bodega de tout à l’heure, je ne sais pas comment on fait mais on entre. Le collègue, il regarde la jolie demoiselle, à la cantonade, mais jamais n’ose l’aborder. Pas grave. On boit du rosé. On danse sous la pluie.