samedi 11 juillet 2009

Un petit mot de Bruce Benderson

L'auteur de Toxico ou de Pacific Agony et le traducteur en américain de Virginie Despentes m'a écrit ce petit mot à propos de Premier Jet. C'était à Noël dernier, un beau cadeau.



Salut


J'ai regarde votre texte et je l'aime bien. Normalement je ne suis pas tres attire par la litterature erotiqe, mais dans le cas de votre, il y a un rythme et une simplicite et une clarte que j'aime.
bien a vous,

Bruce


lundi 22 juin 2009

Fucking Féria (6)


Je me lève d’un bond.
« Ok »
Je mets ma plus belle chemise et mon short blanc. Mes Van’s noires. Et je vais bouger mon popotin super sexy devant les baffles. Ma dépression je vais me la faire à l’ancienne. D’abord je me bourre de sucre, tout ce que je trouve, tant pis pour le régime. Et puis je trouve un soda à la taurine. Un grand verre de flotte, vitamine C. Vodka. Pastis. Vin rouge. Et encore pastis et encore. Pour l’instant j’envoie bouler les copains, je ne suis pas causeur. Je dis bon on y va.

Je ne sais plus comment s’appelle cette Bodega et j’éprouve bien du mal à retrouver de la joie. Tu n’y es pas. Un pote brandit deux bouteilles de vin rosé à bout de bras, j’en picole une rasade d’alcoolo, je n’aime pas le rosé. Je m’agite sur le rythme d’une chanson un peu moins nulle que les autres. Je n’arrête pas de jeter des coups d’œil circulaires, à la cantonade, dans l’espoir de t’apercevoir. Une autre rasade et ça y est, je danse et il pleut. Ça nous fait sourire, on s’en tape d’être mouillé, on danse. Un pote, un autre, me sert dans ses bras. On danse, on boit, il pleut vraiment. C’est drôle, la piste se vide et on prend toute la place, on se déchaîne. Je m’arrête quelque minute, Goldman, même bourré, j’ai du mal. Je réalise que ton visage si charmant, dans ma mémoire, s’est effacé. Je m’enfile une bonne rasade. C’est ridicule, je ne sais pas si je saurais te reconnaître. Une autre rasade. Je souffle un bon coup sur cette petite flamme, dans son berceau, qui ne me réchauffait plus. Et tu vois joli chamois, je ne t’oublie pas pour autant. Mais je danse. Je suis là.

Plus tard je vais prendre un collègue entre quat’z’yeux. Dis-donc garçon qu’est-ce que tu fous avec nous, pourquoi tu es parti de cette Bodéga. Tu ne dansais pas avec une fille, tout à l’heure ? Elle était si jolie. Elle avait l’air tellement douce. Va la rejoindre. Je lui mets le doute, à mon pote. Retrouve-là, je lui dis, et il s’en retourne à la Bodega dont j’ai oublié le nom. Là, problème, les mecs ne veulent plus qu’il entre. A l’Impérator, on nous refuse aussi l’entrée sous prétexte que je suis en short, ce qui est très drôle parce que j’ai quand même gravement la classe dans ce short, alors je leur fais un bon doigt d’honneur, non mais, je ne vais pas mendier l’entrée dans une Bodega, encore moins celle où Villepin, nous dit-on, se trémousse. Les copains, venez, on va aider notre collègue malheureux à retrouver sa belle. Donc on retourne dans la Bodega de tout à l’heure, je ne sais pas comment on fait mais on entre. Le collègue, il regarde la jolie demoiselle, à la cantonade, mais jamais n’ose l’aborder. Pas grave. On boit du rosé. On danse sous la pluie.

jeudi 18 juin 2009

Fucking Féria (5)

« Pourquoi tu fais la tronche, ça ne va pas ? »

Je suis amoureux à cet instant, comment l’avouer. De toi joli danseur.

« Non ça ne va pas, j’en ai marre »

De cette musique pourrie d’abord, parce que le premier soir je m’en fous, le deuxième je me dis que je ne vais pas commencer à casser l’ambiance, le troisième Sardou, Patrick Sébastien, ça devient lourd. Et le quatrième je craque, je n’en peux plus, je fais la gueule. D’abord je suis fatigué, je me demande ce que je fais encore entouré exclusivement de zétéros. Le petit appartement que nous louons le temps d’une féria est un deux pièces délabré disposant d’une petite terrasse. La « chambre » est jonchée de matelas, de duvets tirebouchonnés, de vêtements en tas, de sacs dégueulant. Je m’y allonge tôt, ce soir-là, pendant que les collègues continuent l’apéro et, pour tester le voisinage sans doute, montent le son. Je ne peux pas dire combien m’agace cette programmation de tubes avariés, impossible de trouver le repos. Hier, je leur ai mis un morceau de guitare signé de ce superbe clown terrien, Marilyn Manson, pas non plus mon artiste préféré, ils n’ont même pas goûté. Ils se bousculent sur la terrasse, papotent en bouffant des poêlées de cœurs de canard avec des pâtes et j’entends reprendre en chœur, parfois, je ne sais quel inepte refrain. Mon vague à l’âme, mon amour qui s’étouffe, cela ne préoccupe que moi, mais après tout c’est une définition de la solitude. La solitude ontologique du Ouam. Je voudrais dormir, pour oublier, je ne parviens pas à dormir. J’entretiens malgré moi une petite flamme, elle chauffe à peine, en mon centre, j’ai physiquement l’impression de la protéger, un peu comme si tu étais entre mes bras ou sous mon regard ou juste à mes côtés et quiconque s’approche est un intrus.

« Qu’est-ce que tu fous Ouam, tu bois pas ? »

mardi 16 juin 2009

Fucking Féria (4)

Le torero Berrera, courageux, batailleur et fier, est dénué de la grâce garçonne d’un Castella. Son toro tourne sans envie autour de lui, dérouté, toujours, par le chiffon, mais ne renonçant jamais. Je suis celui qui de coups de corne en coups de corne, la tête baissée, raclant la piste et soufflant, haletant, désire souiller empaler ce petit corps trop raide. Je perds mon sang sur son poitrail et dans un geste plein de morgue, délaissant l’arme et la cape, il me montre son cœur, inexpugnable. A te courir après, damné danseur, je me perds en cette ovale, où est la porte, où est la sortie ? Je vais mourir. Je me sens ce toro là, victime d’une violence sans mesure, victime d’une ronde macabre.

Ou bien suis-je celui que l’ange Castella appelle, de sa voix de fausset, il est ce dieu scintillant que je veux embrasser. Je veux mourir sous sa main, qu’il m’embroche si bon lui semble ! Je ne sais si j’envie le survivant, ô Javier Conde jolie violette, ballerine aux mains douces, de ne pouvoir plus jamais espérer peser sur son vainqueur. Je veux que mon vainqueur se mouille à ma robe, se colore de moi, venga. Touche-moi. Je veux ta main sur mon dos, ton regard attentif, dominé par ma force, maîtrisé par la grâce. L’amour est ce moment de gloire. Il m'échappe.

mercredi 10 juin 2009

Fucking Féria (3)

Je ne retrouvai pas ma joie. Un peu de complicité amicale, des rires de viking autour d’une boutanche de pastis, percée sans doute, d’une andouillette achetée sur le marché de la Croix Rousse ou de quelque côte de taureau grillée et la pensée de cette rencontre avortée, impossible, me piquait le dos, me labourait l’échine. Ça parlait des femmes, parfois, ça cherchait en vain mon approbation, ça m’écœurait pour tout dire. Et puis surtout c’est les hommes que je voudrais bien comprendre. « Vous les pédés vous avez de la chance, c’est plus facile pour vous parce que vous savez comment sont les hommes ». Que puis-je répondre à cela. Que tous les jours je sors ma lanterne et que ce n’est pas si évident. Je pense à toi, à notre rencontre, hier soir. Aux adieux que nous ne formulerons pas.

La nuit dans les bodega, j’ai erré. Au milieu des beats et de la joie ambiante, balançait en moi la mélodie lancinante de ton absence. Je m’échinais, me tournais, je te cherchais partout. Chez Jany, aux Costières. Tu n’étais nulle part. Je tapais des pieds, grattais la piste, m'exaspérais. Une danse.

lundi 8 juin 2009

Fucking Féria (2)

Je ne sais ce qui nous a séparé, je suis capable de ce genre de décision bizarre. Nous avons trinqué encore, je suis allé rejoindre mes amis fêtards, ceux-là même qui auront, le lendemain, l’honneur d’une photo en page 9 du Midi-Libre. L’ambiance était au champagne, je l’ai déjà mentionné, l’énergie était communicative et j’étais euphorique, un peu aussi grâce à toi. Tu étais dors et déjà cette flamme muette, pas encore grelottante, chaleureuse au contraire et vive en moi. De loin, nous échangions de temps en temps un sourire, tu dansais si bien. Je sautais en beuglant les chansons consternantes que le DJ sans imagination de l’Espace Pablo Romero passait, une fichue fête et je te savais là. Combien de 51 dans l’après-midi, combien de bières, combien de flûtes de champagne. Je ne sais pas. Je t’ai cherché ensuite dans le coin ou tu te trémoussais, si léger, et ne te trouvant pas, je me suis taillé un passage dans la foule, j'ai sourit aux femmes avinées, bousculé les bœufs dont les gros culs ne se meuvent qu’à coups de coudes et de « pardon, pardon ». Tu étais au fond de la salle surchauffée, nous nous sommes à nouveau réunis une seconde, ah quel splendide sourire tu as eu. Mais tu étais avec tes amis, je ne savais pas si je pouvais t’approcher plus longtemps. J’ai loupé le coche. Mes amis me cherchaient, ils avaient décidé de filer place d’Assas, je les ai suivi. J’ai senti alors venir comme un effluve de cette tristesse, une mélancolie ? Qui ne me quittera plus.

mercredi 3 juin 2009

Fucking Féria (1)

J’étais à la recherche d’un regard, je suis toujours à la recherche d’un regard et au loin, j’ai eu le tien. Tu ne t’es pas détourné. Moi non plus. Et puis nous avons chacun continué à danser parmi la foule, dense. Bodega Pablo Romero, feria de Nîmes, mes amis se regroupaient alors à grand’ peine, je ne pensais déjà plus qu’à toi. La joie d’être ensemble bien sûr, la joie artificielle due à des performances picolatoires un peu hors normes, l’euphorie me gagnait et je redoublais d’énergie, jeudi, première soirée, champagne. Je lançai un doigt rageur et revendicatif lorsque ces espèces de ringards d’Aficionados mafieux voulurent nous faire communier avec une prière en espagnol. Mes amis, les lâches, rigolards pourtant, ne me suivirent pas, merde, nous n’étions pas dans une église. Une boîte à fric. Et nous avons dansé, je pensais à ce joli bout de garçon, je le regardais encore quelques fois et de nouveau nos regards se sont croisés, tu as souri. Je me frayai un chemin vers toi, genre c’est le hasard si, tiens, nous sommes côtes à côtes et c’est drôle, j’ai été surpris de te voir si près. Ce fut comme si tu m’accueillais, nous fûmes, quelque seconde, absolument seuls. Voyant ma flûte vide, elle ne l’était d’ailleurs pas tout à fait, tu y as versé un peu de ta bière. Nous avons trinqué. Puis dansé. Ensemble.

mardi 26 mai 2009

J'ai 25 ans

Il faudrait avoir 25 ans. Toujours. Ne pas être malheureux comme à 25 ans, amoureux, pédé, gros, infoutu de rencontrer un garçon, non, il faudrait en aimer plein des garçons, faire du sport, suer, se durcir, avoir 25 ans et en profiter. J’étais malheureux à 25 ans alors que ce serait aujourd’hui. Vers mes 18 ans j’ai bien essayé de vaincre ma timidité en allant traîner du côté de la petite rue des Feuillants, en bas des pentes de la Croix Rousse, et aussi impasse Saint Polycarpes, si je me souviens bien. Je tournais autour de deux des trois ou quatre établissements gays répertoriés par le Petit Paumé, une association nichée en la plus malpropre des impasses, un restaurant discret, d’apparence assez chic mais dont les vitrines étaient occultées. Je guettais les garçons qui entraient et sortaient, qu’aurais-je pu faire d’autre ? Et je n’en voyais guère. Penaud, je rentrais chez ma mère. Je comprenais que le désir des garçons pouvait me perdre, qu’il me couperait de mes refuges, de mes amis, de ma famille, je comprenais que le désir m’obligerait à vivre caché, au fond des impasses, derrière les façades, dans les caves. J’aurais peut-être dû sonner, je suis allé jusqu’à la porte de l’ARIS – je crois que c’était l’ARIS – mais, coincée ou elle était, je n’ai pas eu confiance, et si c’était un bordel, ou une association SM ? J’ai donc pris la décision mortifère, à 18 ou 20 ans, de tout garder. Lorsque j’ai eu 25 ans, j’étais tout à fait installé dans mes habitudes, je ne pensais même plus à un coming out. Il faudrait avoir 25 ans aujourd’hui parce que je sais que je n’aurais pas dû laisser filer ainsi. Le deuil du père, la présence auprès de ma mère. Le roman inachevé, les émissions de radio, les responsabilités associatives, les vacances entre copains, le tour d’Europe. Les débuts bénévoles au journal. Mais qu’ai-je fait ensuite. Après 25 ans, je n’ai plus rien tenté. Je n’ai connu aucun garçon. J’ai aimé mes amis, j’ai joué à l’ordinateur, mais c’est que sans lui j’étais perdu. Et plutôt que de m’ouvrir et de m’offrir, je me suis enfermé. Je suffoquais. Je grossissais. Ne me lavais plus. Je me laissais mourir.

vendredi 22 mai 2009

L'ennemi c'est le mal

Puisque l’ANP (Agence Nationale de la Poésie) a supprimé sa vidéo – je me demande si c’est à cause de moi, ce serait un peu bête – voici un extrait du texte que son sympathique lecteur, donc, lisait :

« Nous sommes l’axe du bien. Nous faisons le bien et portons le bien au mal qui fait du mal au bien. Nous sommes l’axe du bien. Nous sommes l’axe du bien en lutte contre le mal. Contre l’axe du mal. L’axe du mal fait du mal où se trouve le bien. Nous sommes l’axe du bien en lutte contre le mal. L’axe du mal fait du mal au bien qui lutte contre le mal. Nous sommes les forces du bien pour le bien des forces du bien qui luttent afin de rétablir le bien de l’axe du mal. Nous sommes les forces du bien. Le mal de l’axe du mal fait mal au bien qui est le bien et nous devons lutter contre leur bien qui est le mal… »

Jean-Michel Espitallier, extrait de L’axe du bien, in le recueil En Guerre, 5€, 48 p, chez Inventaire Invention éditions.

°°°

J’ai envie de rapprocher ce texte d’une réflexion de Desproges, que j’avais utilisé d’ailleurs dans une dissertation sur la définition de l’agresseur en droit international :

« L’ennemi est idiot, il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui »

J’expliquais dans ce devoir (de première année) que la notion était suffisamment floue pour qu’elle soit, d’une part, inutile à la prévention des conflits et, ensuite, le prétexte à bien des horreurs (Hiroshima et Nagasaki par exemple). J’en concluais que c’était le vainqueur de la guerre, devenue puissance dominante, qui, in fine, imposait son interprétation du droit international, désignant à sa convenance l’agresseur (l’autre) et l’agressé (moi).

Inutile de dire que je me suis tapé une sale note, je n’ai jamais eu que des sales notes en droit. Je ne détiens aujourd’hui aucun autre diplôme que mon bacho.

jeudi 14 mai 2009

Face A

Mon amie : Mais si, comment s'appelle ce sommet, déjà ?
Ouam : Je ne sais pas, je ne vois pas.
Mon amie : Tu sais, facile à monter, difficile à descendre ?
Ouam : ...Un homme ?

dimanche 10 mai 2009

Ach Paris (deuxième jour)

Rappel : Ach Paris (Premier jour)

Nous nous sommes réveillés un peu tard, c’était forcé. Ça battait dru sous les fronts, mon pote, en plus, il se sentait nauséeux. Je ne me souviens plus si nous avons mangé, des pâtes, peut-être, avec une tranche de jambon. Nous avons encore discuté dans son petit appartement, il m’a fait la morale. Tiens ça me rappelle son toupet d’hier soir. Dans la rue il m’a dit toi et moi on n’a pas de chance, « on n’a aucun talent ». Je lui ai répondu hé parle pour toi . Tu crois que je me ferais chier à écrire toute l’année des romans qui n’intéressent personne, que je travaillerais mon écriture presque tous les jours si je pensais n’avoir aucun talent ? Je sais bien que je ne ferais pas la carrière de Mauriac, d’Aragon, de Houellebecq ou de Victor Hugo. Je ne suis pas « génial », ça se saurait n’est-ce pas. Mais un peu de talent merde, ce n’est pas grand’ chose à demander, non. Et lui, il s’excuse alors que, bien sûr, maintenant qu’il l’a dit. J’avais envie de gueuler que s’il n’a pas foi en moi, lui mon pote depuis presque toujours, qui me fait aujourd’hui les plus improbables déclarations d’amitié, mais de qui puis-je espérer un jour être reconnu ? La première fois qu’il a eu un tas de terre entre les doigts, il en a sorti une forme de femme épatante, pour un débutant. Moi je n’ai jamais su, même au prix de quelques tentatives, en sortir autre chose qu’un peu d’art abstrait. Alors, n’avait-il pas un petit talent ? Il n’a pas bossé le coup de la terre glaise et, aujourd’hui, il faut avouer que ses douze ou treize statuettes paraissent bien minables. Il en expose pourtant ici ou là quelques-unes, sur les étagères surchargées de son gentil salon.

Au milieu de ses milliers de bouquins, tous professionnels, à part une petite étagère de romans, une autre de bandes dessinées, donc, nous discutons de notre métier commun et il me fait la morale. Je crois que c’est comme ça qu’il se donne l’impression de s’occuper de moi. Il dit que je devrais piger pour des journaux, pour augmenter mon revenu. Ce qui m’énerve c’est que, cette fois, son reproche est assez rationnel, je ne travaille qu’à mi-temps et, au Smic horaire, ça ne fait pas lourd. Sauf que je n’ai pas du tout l’intention de bosser plus. Il me faut du temps pour moi, pour écrire mes romans. Cet après-midi chez lui, c’était dimanche, mais il allait travailler vers 16 heures. Ce mec est pigiste pour les plus gros canards, mais non, il doit assurer son revenu en bossant le dimanche, un genre de rewriting si j’ai bien compris. S’il croit que je vais suivre le modèle. Je faisais mon sac, nous nous embrassions chaleureusement sur le seuil, ou plutôt nous nous serrions la main, avec des regrets de se quitter si vite.

« C’était cool hier soir »

Oui, c’est vrai, c’était cool.


Le reste de l’après-midi fut pour moi l’occasion d’une balade, seul, dans les rues de Paris. Et ça aussi c’était cool.

mardi 5 mai 2009

samedi 2 mai 2009

Le lièvre le lièvre

Je pleurais à l'instant. En lisant ce passage du livre de Claude Lanzmann intitulé bien à propos Le Lièvre de Patagonie (éd Gallimard 546 p, 25 €):

"C'était notre premier voyage à l'étranger, je me trouvais dans la plus grande exaltation, la rencontre des noms et des lieux, noms de gares aperçus dans la nuit, Brig, Simplon, Domodossola, Stresa, attestaient de la vérité du monde, scellait l'identité des mots et du réel, dévoilait le vrai de plus poignante façon. Je me dis aujourd'hui que notre jeunesse et la jeunesse du monde se conjugait alors et il est certain que la première fois a une saveur unique. Il m'arrive pourtant encore maintenant d'éprouver à pleine force ce que je ressentais à vingt ans, à la réflexion cela n'a rien à voir avec le jeune ou le grand âge. Remontant seul il n'y a pas si longtemps, à partir de Rio Galleros, aux confins de la terre de Feu et au volant d'une voiture de location, la plaine immense de la Patagonie argentine vers la frontière du Chili et la fabuleux glacier du Perito Moreno, je me répétais, joyeux comme dans ce premier train vers Milan : "Je suis en Patagonie je suis en Patagonie". Mais ce n'était pas vrai, j'avais beau avoir aperçu quelques troupeaux blancs de lamas, la Patagonie ne s'incarnait pas en moi. Elle s'incarna tout à coup, au crépuscule, sur le dernier tronçon de route non asphalté après le village d'El Calafate, dans le balayement de mes phares, quand un lièvre haut sur pattes bondit comme une flèche et traversa la route devant moi. Je venais de voir un lièvre patagon, animal magique, et la Patagonie toute entière me transperçait soudain le cœur de la certitude de notre commune présence. Je ne suis ni blasé ni fatigué du monde, cent vies, je le sais, ne me lasseraient pas. "

Je pleurais, j'ai retenu mes larmes. Peut-être que je me sens un peu fragile, en ce moment. Je sens dans cette lecture, dans mon jardin, au soleil, qu'elle recèle, pour moi, des vérités que je n'ose affronter. C'est la vie qui passe et ne me traverse pas ?

jeudi 30 avril 2009

jeudi 23 avril 2009

Dark Tophe

Christophe avait ce petit air
Hésitant ce sourire
Et complice pourtant

En boîte, le compliment :
« Salaud !
- Quoi ?
- Qu’est-ce que tu danses bien ! »

Christophe, je ne serai pas à ton enterrement.

Depuis Lyon, nous sommes allés ensemble au mariage de notre copain Eric. Tu conduisais vite, sans avoir l’air d’en éprouver quelque souci. D’ailleurs… J’en souris, mon Christophe. Nous avions rendez-vous, comme il se doit, dans une église aux environs d’Annemasse, mais nous étions à nos retrouvailles, nous avions beaucoup d’histoires à nous raconter. Nous commencions cette journée ensoleillée par des confidences, des souvenirs, des rires. Et soudain nous étions à Dôle.

Avec Eric, nous étions tous trois inséparables au Lycée.

Tu es dans la même classe que moi, ouf. Nous venons de redoubler, nous redoutions d’être séparés. Eric, lui, avait été mis dans une autre seconde. Toi et moi, nous nous sommes mis à côté l’un de l’autre, tout devant, ce premier jour, avec la ferme résolution de se mettre au boulot, d’être sérieux. Cela ne dura que quelques minutes. Toc toc toc, un élève se montre.
« Entrez »
Je souris, tu souris, je me souviens avec exactitude de ton sourire large, pas loin d’éclater en un rire franc. C’est Eric, à moitié débraillé, brandissant un papier, tenant son sac, qui s’adresse à notre professeur principal :
« Euh ils se sont trompés, en fait je devais être dans cette classe »
Le cours suivant, bien sûr, nous étions au fond de la salle.

Mes amis de droite. Un de moins pour Sarko, déjà ça de gagné. Un de moins pour moi, aussi.

Une crise cardiaque. 37 ans, une crise cardiaque. Tu fumais, je ne me souviens plus ? Je ne crois pas. Chez ta mère, je dis ta mère parce que ton père était mort l’année dernière. Chez ta mère, tu taillais les haies. Tu t’es senti fatigué.

Tu étais Dark Krist.

Christophe ne riait pas souvent, je veux dire le grand éclat de rire. Il était pourtant très drôle, qu’est-ce que nous avons rit. Eric, Roland, Ouam, nous riions à nous faire mal, nous faisions du bruit, Christophe, lui, ne montrait pas grand-chose, il pouvait pourtant en ajouter une couche, appuyer là où ça fait rire, son visage était hilare. Il riait dedans.

Eric m’a promis de te faire un petit coucou. Tout à l’heure, à seize heures, dans le cimetière de Parcieu.

Avec Eric, nous nous sommes parlé au téléphone, à cause de Christophe. Nous avons envie de nous revoir et Roland aussi. Nous penserons à lui, c’est sûr. Nous nous moquerons, il n’est plus là pour se défendre. C'est sûr, nous rirons bien et fort.

mardi 21 avril 2009

Le Film Porno

A télécharger chez Leo Scheer, le Film Porno, texte lu à la MAPRA, Maison des Arts Plastiques Rhône-Alpes le 3 avril dernier.

lundi 20 avril 2009

Ne cesse

Il rampe sans tête un désir si profond

Syncopé dans la boue bouillonnant à l’envers

Que – plaisir sans nom – il me tire et m’embête

Et se perd. Sillonnant jusqu’au bout Mon désir

Ne cesse

jeudi 16 avril 2009

BOYCOTT AMAZON

Allez donc voir ce que je lis avec stupeur chez Passouline. Amazon, plus grand libraire de la planète, a un temps mis la littérature gay et lesbienne, ainsi que les livres écrits par des homosexuels, au ban. C'est le tollé organisé par les blogueurs US qui est parvenu à influer sur leur décision inique.

Quoiqu'il en soit, c'est la preuve que nous devons toujours être vigilants, boycott Amazon ! Boycott Amazon !

lundi 13 avril 2009

Ach Paris (premier jour)

Qu’une âme tuméfiée geigne dans l’ombre ou la splendeur des jardins, des châteaux, les rues de Paris ne s’en souciaient guère. "La vie est tellement dure" me confiait, ingénue, pas tant que ça, mon amie, compagne de voyage. Egoïste, enchanté, le cœur puisant peut-être aux sources de ce malheur (étranger, mais qui avait crevé la nuit ce matin comme une aiguille), la force de son plaisir, de sa joie momentanée, je me suis promené, ces deux jours, à Paris.


Paris n’est pas tout à fait indifférente, elle accueille, elle berce, elle enveloppe. Elle digère.


Samedi un soleil blanc dégueulait sur le trottoir désert et les boutiques prétentieuses des Champs Elysées. Georges V, nous prenions le temps d’un petit tour dans le coin et d’une pause extasiée devant l’architecture béton d’une superbe Caisse d’Epargne. Les cafés étaient vides, les terrasses chauffées. Nous nous y attardâmes une minute avant de s'engouffrer dans l'ombre du cinéma Biarritz Elysée, où mon amie réalisatrice, si talentueuse, présentait son dernier film. Ressortant une heure plus tard à la lumière, nous discutâmes au bord d'un énième expresso, puis je la quittai. Rendez-vous demain dimanche. Je remontai l’avenue fameuse parmi le flot de chinois et de japonais, d’arabes en treillis et lunettes fumées, d’occidentaux en costume, Etoile. Ligne 4, un jeune homme charmant me fit une charmante conversation. Mais c’est lui que j’allais voir et j’en éprouvais, je l’avoue, quelque hâte. Je n’avais jamais encore pu lui rendre cette visite, dans son petit appartement de la rue du Château d’Eau, dans le 10ème arrondissement. Il y habitait pourtant depuis 4 ans. M’avait fait l’honneur de quelques cuites, à Lyon, et c’est curieux. Qu’un amour aussi dense, ce noyau qui semblait toujours plus dur, en moi, cet amour fou. Que cet amour-là put disparaître soudain ou, plus exactement, passer le rideau des souvenirs, sans bruit, sans drame. Ce soir, nous allions boire de concert, comme deux camarades, deux vieux amis. Dans le plaisir serein des retrouvailles.

vendredi 10 avril 2009

Tout un silence

Valérie Sourdieux m'avait fait le plaisir, et l'honneur, de me faire lire son superbe manuscrit cet hiver. Aujourd'hui, elle le montre à tout le monde, sur le site de Léo Scheer.

Tout un silence est un des plus beaux textes que j'ai lu cette année.

jeudi 9 avril 2009

Affaire Patrick Mohr : Justice nulle part

La Tribune de G'nève nous informe que le théâtreux suisse dont les réactions citoyennes, l'année dernière à Avignon, lui avait valut de faire l'objet de violences policières caractérisées, a été... condamné par la justice française.

mardi 7 avril 2009

Deuil (5)

Deuil (1), Deuil (2), Deuil (3), Deuil (4)

Madame la commissaire, je connais la victime. J’ai parlé avec elle, la veille, et puis tellement souvent. On se parlait tellement souvent. Toujours des idées à échanger, ou des mots.


Je ne veux pas dire que nous avions des mots. Nous n’étions pas d’accord sur tout. Nous faisions connaissance. Si on veut. Depuis longtemps, depuis que nous nous sommes rencontrés. Il y a des gens comme ça, vous ne trouvez pas. On ne sait jamais qui ils sont vraiment et on creuse, on ne fait que ça, c’est passionnant. C’est bandant, si je puis me permettre.


Mon amant, non. Que voulez-vous savoir ? Il me faut faire mon deuil, Madame la commissaire. Je dois voir le corps. Son corps.


Si je peux le reconnaître ? Si je l’ai déjà vu nu ? Je l’ai imaginé. Jamais gris. Le corps sans tête.

dimanche 29 mars 2009

B268, mon malaise

Je me sens nauséeux à l'idée d'avoir donné en pâture ce roman écrit en 2002, jamais corrigé. Je suis en train de me rendre compte que je me suis violenté en laissant seul mon manuscrit affronter des lecteurs anonymes.
C'est toujours ce problème fondamental, ce lecteur unique qui manque à mon travail. Avant de présenter un manuscrit, il faut le corriger, merde, et pour le corriger il faut un lecteur capable de me dire où je me perds, de pointer les faiblesse du récit... B268, je ne m'en étais jusqu'alors pas préoccupé. Suite à cette mise en ligne chez Léo Scheer, j'ai juste coupé une trentaine de pages, soigné encore quelques passages, retaillé des phrases un peu longues ou prétentieuses. Et maintenant j'ai honte du texte que les gens peuvent lire. Je réfléchis en ce moment à demander à Léo Scheer de supprimer ce m@nuscrit...

vendredi 27 mars 2009

B268

P-F

4ème étage

…camion met dix minutes pour se garer, un gros machin avec un moteur battant de bon matin, pas gêné, il empiète sur l’arrêt du trolleybus numéro 6, et puis trois bonshommes en sortent, dotés d’épaules et de bras, mais pas tant que ça, ils vont siffler un café à « La Réclame », rue Imbert Colomès, si bien que Pierre-François croit qu’il va pouvoir se rendormir, malheureusement les gars, quand ils reviennent, ils font un barouf pas possible, ils claquent tout ce qui ressemble à une porte, ils traînent les poubelles au dehors. Le 6, arborant les couleurs des Transports en Commun Lyonnais, en arrivant, proteste tant qu’il peut, carillonne, s’ouvre à une jeune fille flemmarde et une vieille arabe avec un fichu sur la tête, puis repart en grommelant. Dans l’allée, les déménageurs font fissa, ils communiquent en hurlant, Pierre-François n’a rien d’autre à faire que de les observer, depuis son 4ème étage. Il ouvre sa fenêtre et la ville vient prendre d’assaut sa petite chambre. Le tumulte, deviné, barré de borborygmes mécaniques, que l’air chaud porte en toute quiétude jusqu’à elle. P-F engrange de larges goulées de cette poisse paresseuse qui s’imprègne de l’odeur des murs, s’y frotte en ronronnant. Les hommes qui entrent et sortent de l’allée à toute blinde se colorent peu à peu. Un grand brun se pointe, peut-être le nouveau voisin, accompagné d’un homme chauve, de son âge, la quarantaine, alors que ça plaisante de moins en moins. Le 6, rouge de colère, carillonne une plainte avant de contourner l’obstacle. Les gosses assis sur les marches de la rue Pouteau devisent, vendent, rient, gueulent, fument, jouent, courent, rient encore. L’alarme d’une automobile malmenée par un passant s’éteint tandis que deux porteurs écarlates tiennent un vieux frigo de collection. Le nouveau voisin s’empare d’un autre carton. Bref, sous le 18 de la rue Pouteau, qui croise à cet endroit la rue Imbert Colomès, le petit coin de Croix-Rousse, morceau de route entre deux longs escaliers plongeants sur le centre-ville, prend vie.

Maintenant que P-F est debout, il peut faire quelque chose, il ne se sent pas fatigué.

(à suivre)

jeudi 26 mars 2009

J'ai tout lu Barthes

"Savoir qu'on n'écrit pas pour l'autre, savoir que ces choses que je vais écrire ne me feront jamais aimé de qui j'aime, savoir que l'écriture ne compense rien, ne sublime rien, qu'elle est précisément "là où tu n'es pas" - c'est le commencement de l'écriture"
Roland Barthes in Fragments d'un discours amoureux (éditions du Seuil).

lundi 23 mars 2009

Muriel, Café du Marché, Café des Ecoles, Bistrot Carnot

Combien d’heures, hein. Combien d’heures à parler d’abord de lui. Sans le dire, et même en le niant – mais pourquoi aurions-nous eu tellement besoin de le nier – nous nous sommes si souvent avoué notre amour insondable pour lui. Notre amour qui était comme de la matière sombre, un grand bloc d’ombre terrifiant dans lequel nous nous enfoncions. Avec un plaisir, comment dire, canaille. Tous les deux. Nous étions deux, j’aimais ce couple d’amoureux, mais d’un autre, qui se retrouvait autour d’un café, puis deux, et encore un. Jamais notre dialogue, peut-être à cause de cet amour, ne tarissait. Quelle tendresse, Muriel, me revient en pensant à ta jolie tête ronde, à ton sourire ironique, j’ai aussi, dans mon corps, le souvenir de ta voix. Avec quelle hâte je me rendais à nos rendez-vous, pas seulement parce que j’étais en retard. Nos discussions hantent à jamais, pour moi, ces endroits, ces cafés que nous fréquentions, et même les rues alentours.


Je sais que tu as deux enfants, maintenant. Es-tu heureuse ?

vendredi 20 mars 2009

Odeur

"Ça pue la solitude"
(in Le club des cœurs brisés, c'est un film à la con que j'aime bien, laissez tomber)

jeudi 19 mars 2009

Nique la Police



Je découvre
ça ce matin sur le site de jeandelax et ça me rend malade.

Verdict du tribunal le 9 mars. On sera attentif.

Non mais je suis un peu débile, pour un mec qui annonce être vigilant, en faits pas le 9 mars - comme me le fait gentiment remarquer Fincasor.

Le 8 Avril !!!



mercredi 18 mars 2009

Merdredi

Soirée Théâtre, hier. Je vais finir pédé c'est pas possible à toujours aller dans des endroits pareils. Les comédiens étaient en skins suédois, jean's moulant, merde, sexys quoi. Un texte de Lars Loren, Froid, mis en scène par le nouveau co-directeur du Théâtre des Ateliers, Simon Delétang. Je ne vais pas en écrire ici une critique parce que je dois le faire pour mon employeur et je ne vais pas me fatiguer à en écrire deux.

Je n'ai rien à dire ce matin. On verra dans l'après-midi.

mardi 17 mars 2009

Mordi

Un concert de The Ex, c'est un drôle de moment à vivre, ça pulse comme une techno, ça remue tant que ça peut, baby, c'est du rock, du punk, quoi. L'extraordinaire chanteur de ses 29 dernières années a décidé de se retirer, pour écrire, et ses compagnons continuent leur tournée perpétuelle, jouissive, avec un p'tit nouveau. Un marrant qui tranche avec la sinistre figure de son prédécesseur, mais qui a un peu une tendance pop dans la voix. Je lui en veux longtemps à cause de ça, jusqu'au deuxième rappel exactement où là, dans un morceau original, pas forcément le meilleur dans l'absolu, il a le sang, on a ses os, il se montre enfin nu, à la hauteur. Il en serait presque... sexy ? Avec lui, si l'on perd en incantation, on gagne un joyeux luron, une guitare et une rengaine : quelques notes répétées tout le long du concert, presque sur chaque morceau. Faut aimer, disons que je ne lui en veux pas trop. Par contre, sa guitare prend toute sa mesure dans des moments où les deux compères Terry et Andy semblent pouvoir prendre toute la place et... ne le font pas. C'est peu dire que dans ses fameuses ruptures de ton, dans ses élégantes montées en puissance, grâce aussi à la fabuleuse batteuse, Catherine, qui sait effleurer ou appuyer, le groupe est toujours aussi émouvant, drôle, même, par moment.
Pas mécontent, donc, ce matin, d'être allé boire deux bières du côté de Feysin, hier soir.

Mal aux jambes, c'est malin. Je voulais aller courir, ce ne sera pas possible. Le bide en vrac et le boulot qui m'appelle, "Ouam-Chotte, Ouam-Chotte" J'ai sommeil en plus. Le soleil enfin là pourtant devrait me motiver, j'ai d'ailleurs la face toute rougeaude aujourd'hui d'avoir bien glandé hier, en terrasse.

La conscience sourde de ma médiocrité me mine je crois. Pour oser écrire, il faut renoncer à ses rêves de grandeur, Proust, Genet, ce deuil est déjà fait. Mais quelle peut être mon ambition, du coup.


Faudrait que je baise, y'a pas.

lundi 16 mars 2009

Commun lundi

Je passe par hasard devant le bar, il est fermé, pourtant deux tristes sbires s’essuient le coude au zinc et le patron, m’apercevant, m’interpelle. Je rigole. Même le dimanche, maintenant, si ce n’est pas de l’alcoolisme. Troisième bière, je rigole encore, la compagnie de ces deux drôles m’est agréable. On va partir en vadrouille. Le dimanche, pas vraiment le choix, on s’engouffre où on peut, dans des rades qu’on connaît à peine, ça ne nous empêche pas de beugler des bonjours à la cantonade et nous rions grassement de nos plaisanteries. On se trouve nuls, on boit des bières, c’est marrant. Je dors peu, ensuite, mais je me sens plutôt en bonne forme ce matin. Je n’ai pas la tête en vrac, les jambes répondent bien, je ne flippe même pas pour le boulot, alors que je devrais. Je n’ai toujours pas rencontré ce doux garçon qui serait l’enchantement qui manque à mes journées. J’appelle ma copine Jane, elle ne répond pas, fait chier.

mercredi 11 mars 2009

Deuil (4)


Deuil (1)

Deuil (2)

Deuil (3)


Je suis dans le sas encore. Je me demande ce que j’y fous. La commissaire et ses sbires squattent la chambre froide. L’infirmier commence à me zyeuter le boule, mes jean’s le moulent, je suis à l’étroit, c’est exprès. Dans d’autres circonstances, je tenterais la chance, une conversation, un sourire. Sauf que là l’envie m’est ravit. La perspective d’une entrevue avec la police m’effraye, j’aurais voulu me trouver seul avec, avec toi. Allongé devant moi, immobile, les yeux fermés. J’aimais te regarder dormir. Est-ce qu’ils t’ont fermé les yeux ? Poisseux, je le suis de plus en plus, il fait chaud, ici, non ? Il doit faire chaud parce que mon accompagnateur est maintenant torse nu, la main sur l’élastique de son caleçon qui mon dieu contient à peine son vit. Il me semble qu'à ses pieds sa blouse est noyée dans un néon.

« Bonjour, vous êtes… ?

- Ah, Madame la commissaire. »

Les policiers soudain envahissent le sas, cassant la rêverie. Les visages graves autour de moi me rappellent que tu es mort, même à moi. Je suis en deuil.

vendredi 6 mars 2009

Lui, toi, Lycée Ampère Bourse

Je te revois au Lycée surgissant de derrière un large pilier de pierre. Ce fut comme si, fier arbrisseau, tu sortais de terre. Ce visage frais, sale, maculé de jeunesse ! Soudain, les règles apprises, temporelles, que je m’efforçais de croire naturelles, s’effaçaient à jamais devant une certitude : « Je t’ai toujours aimé ». Des mots absurdes, qui ne peuvent dire la vérité, mais s’en approchent, autant que possible. Des mots défaits, flottants, qui avouent leur faiblesse. Des mots vaillants qui luttent contre le vide. Des mots absorbés par leur propre trou noir. Des mots-Dieu contre l’évidence, contre le temps. Tu étais soudain devant moi comme une apparition, dans la cour du Lycée. A l’instant où je t’apercevais, mon amour était de toute éternité. Ton regard vers moi avait la douceur, la couleur, la tendreté d’une jeune pousse d’aiguilles d’épicéa, de celles que je mâche avec gourmandise au printemps, sur mes chemins de montagne. J’en savourais, dès lors, si joyeux, le potentiel de douceur et de piquants. Car tes yeux, en croisant les miens, avaient esquissé, en même temps que tes lèvres, un timide sourire. Tu me découvrais entièrement et je te découvrais. Pourtant, ce ne fut, à cette minute, que le début de l’histoire. Tout en moi fut bouleversé, mes journées, mes westerns. Il ne fut plus un instant, plus un livre sans toi.

mardi 3 mars 2009

Sur l'écriture

Je suis ennuyé car je ne retrouve pas, en ce moment, cet état de ferveur qui est l'objet de ma recherche, il me permet de plonger à l'intérieur du langage, j'en conçois le sens avec une jouissance qui est mon projet d'écriture même.

Tentative par les mots : ce qu'ils provoquent. La chaîne des mots jusqu'au point qui termine la phrase. Difficulté : choisir le premier. Il faut créer le trouble. Un verbe, à l'infinitif, c'est d'abord ce qui me vient. Chercher. Mourir. Abandonner. Tiens, « abandonner » semble convenir, pour l'instant. C'est bizarre, car je considère les verbes comme gênants, ne générant que des objets et des formes trop simples, bateaux. Il faut en général que je me débarrasse de cette encombrante légion de verbes. Il m'arrive d'en faire une liste, pour qu'ils cessent de réclamer. « Chercher » revendique une place que je ne peux lui donner car je me perds dans ce mot qui est une galaxie. « Abandonner » est une locution dans laquelle je me sens bien. Je vais en gommer la forme verbale et n'en garder que le substantif : « Abandon ».

L'abandon nu aux caresses du ciel est une intense agression de force vitale. Il y a la brûlure lente, inexorable, du soleil sur la peau, blanche, la douceur d'un vent frais qui me soulage. La mouche qui se pose sur ma cuisse et m'agace. Je n'ai qu'une certitude. Je suis vivant.

A force d'essayer, de ne pas me satisfaire des phrases que je m'oblige à aligner sur la feuille, il me vient comme une impatience.

Je me réjouis de l'impression générale, la page qui se noircit. J'ai écrit. Le travail avance.

Mais je tourne en rond.