lundi 16 décembre 2013

Ventre en tête

C'est que toute chose contient sa part de silence, tout objet sa part de vide. Le monde est-il double, ventre et estomac, coquilles, vent dedans, bruit et silence de la merde.

jeudi 5 décembre 2013

Salim, chez moi

Il y a toujours, chez les homosexuels, une population en rupture, des garçons qui irriguent les nuits des autres garçons. Ils sont derrière la porte, avec leur désir impérieux. Et ce mouvement appelé "Manif pour tous" avait pour objet de marginaliser encore, et de culpabiliser, de salir, s'il était besoin, ce désir.
Pour ces garçons (en particulier), avoir une pratique sexuelle est souvent vécu comme une sorte de suicide social, une honte infranchissable pour certain, un défi radical à toute la société (et à la famille) pour d'autres, voire une vengeance - qui s'exprime d'abord sur soi-même. J'ai fait la mal-rencontre avec le mâle bafoué, la mauvaise particule dans le flux, Salim. Il avait une façon de faire l'amour... comme s'il cherchait à se délivrer de son cauchemar. Je sais qu'il se droguait, l'odeur de sa peau se mêlait à son haleine de nitrite d'amyl, et il exigeait le noir absolu dans la chambre. Il était gentil. Ma capote a lâché à notre deuxième rencontre, je ne m'en suis rendu compte qu'en sortant de lui, dans cette sorte d'exténuation qui s'annonce, j'ai conçu dans son cul ma petite inquiétude. Je l'ai revu peut-être quinze fois, sans capote, mon abandon violent multipliait le plaisir. Je me plaçais dans cet espoir médusant de le garder pour la nuit, je voulais, pour lui, former chez moi, sur le radeau de mon lit défait, un refuge. 
Il avait la syphilis. Les médecins, me voyant décliner dangereusement, ont fini par découvrir que je l'avais à mon tour. Il m'a donné aussi quelques autres petites infections, dont on se débarrasse sans peine, et un diabète, depuis, s'est déclaré. Le diabète pourrait bien être lié, si j'en crois une littérature datée de 1920, trouvée sur la toile, son apparition, pas sa guérison. Bien entendu, le SIDA aurait bien pu faire partie du bouquet, c'est en tous cas la conviction des médecins. J'ai tellement envie de revoir Salim, d'éteindre à nouveau toute lumière, d'entendre ses vêtements tomber un à un, sentir son souffle, la masse compacte de son corps reposant sur le mien, son désir tremblant, sa fierté, de me donner du plaisir. Comme lorsqu'il m'a embrassé. 
Salim, Salim, si tu vis. 

vendredi 22 mars 2013

Mes carnets du Maroc (64 et fin)

Trente-huitième jour
Retour. Réveil 5 h 20. J'avais tellement été nerveux la veille, je n'ai guère dormi. Mes sonneries, réglées à 5 h 30, n'auront pas le temps de retentir. Je pisse dans le lavabo de la chambre 12, au Central Palace Hotel. Je regarde la pièce une dernière fois, que je n'oublie rien. Ce n'est pas un endroit bien chaleureux, mais j'y étais bien. Je ne remarque pas mon chapeau de paille espagnol, sur une patère. Et je file réveiller le réceptionniste.

Trente-huitième jour
Je me sens plutôt rassuré de rentrer. A part mon chapeau, que j'ai si peu mis sur la tête, qui a gondolé sous la rincée, à Tanger, pris le soleil sur la route d'Aït Benhaddou... Mon chapeau que je portais dans mon sac, il en était tout biscornu, troué, c'était devenu le mien... À part mon chapeau que je laisse sans regret telle une trace de moi, de mon histoire au Maroc, et surtout de sa fin, je n'oublie rien.