jeudi 28 novembre 2019
lundi 13 mai 2019
Théorie du ruissellement
Voici comment Plutarque (46-125) (il s'agit bien de ses dates de naissance et de décès) mettait la théorie qui aujourd'hui semble inspirer Monsieur Macron et consorts, dans la bouche d'un sénateur Romain, Ménénius Agrippa, personnage de la Vie de Coriolan :
« Un jour, leur
dit-il, tous les membres du corps humain se révoltèrent contre l'estomac
; ils se plaignaient qu'il demeurât seul oisif au milieu d'eux sans
contribuer au service du corps, tandis qu'ils supportaient toute la
peine et toute la fatigue pour fournir à ses appétits. L'estomac rit de
leur folie, qui les empêchait de sentir que, s'il recevait seul toute la
nourriture, c'était pour la renvoyer et la distribuer ensuite à chacun
d'eux. Romains, ajouta-t-il, il en est de même du sénat par rapport à
vous. Les affaires qu'il prépare, qu'il digère, pour ainsi dire, dans
ses délibérations, afin de régler l'économie politique, vous apportent
et vous distribuent à tous ce qui vous est utile et nécessaire. »
(Plutarque, Les Vies des hommes illustres Tome 1 : Vie de Coriolan)
jeudi 18 avril 2019
vendredi 5 juin 2015
Maison porno, cabossée
"Mustapha,
le trou du cul, qu'a plus de face, qu'un derrière. Un assez beau,
mais qu'il écarte, sans cesse, et qu'il frotte sur le nez de qui
veut bien lui renifler. Jeanne avait bu, voulait qu'il la prenne,
voilà, se faire tringler, c'est ce qui la remet au monde, à sa
place, tas de chair nouveau né, putain, merde. Elle s'ouvrait,
susurrait un poème, d'amour, cherchait à enchanter la Mousse, pour
qu'elle s'étende, sur elle, et l'envahisse. Mais son ventre resta
vide."
Cela
débute par une inquiétude. Dans un silence que rien ne trouble, ou
alors il y a du vent dans les voilures chantantes du petit bois du
vallon. Le rôdeur se devine entre deux éclats de lune. Un homme, un
timide, à la vertu ventrue, la tête rentrée dedans. Un passant
fardé d'assurance et de bonne conscience. Un autre, un boutonneux
tardif, qui va lui donner du Madame. Et l'homme approche, avec son
besoin falsifié, son sale besoin, auquel il pourrait renoncer, s'il
pissait, là, maintenant, un bon coup.
Le
rôdeur ne s'avance pas, Jeanne s'inquiète. Et espère. Elle peut
encore. Elle a vieilli comme ça, dans ce déséquilibre, qui lui
donna longtemps l'illusion d'avancer. Le pied droit lui laissait
espérer le gauche, le gauche, vacillant, s'inquiétait des
faiblesses du droit. Elle dansait de l'un à l'autre.
Jeanne
a bien entendu, tout à l'heure, il y avait une voiture, qui s'est
arrêtée à bonne distance. Autour de son camion, il y a un
territoire. Un territoire qui s'appelle dehors. Un premier cercle où
tu es sous son regard. Un second, que tu traverses pour qu'elle ouvre
sa porte. Et tu fais entrer le prince ici, dans ton royaume. C'est
lui qui se déshabille, tu veux bien l'aider, mais c'est plus cher.
Tout est plus cher, dans l'ordre, fellation, baiser, pénétration,
sodomie, sors ta queue, qu'on en finisse. Jusqu'aux filaments
blanchâtres qu'elle préfère oublier dans un froissement de
sopalin. Le billet qu'elle n'oublie pas, qu'elle fait disparaître.
Et ses seins qui tombent à s'en détacher, mais non, elle les range.
Les
lunettes carrées, bonjour, c'est combien. Ok, c'est d'accord, et le
gros homme à la respiration profonde, haletante, pose ses lunettes
sur la télé. « On peut mettre le chauffage ? »
C'est plus cher, dit Jeanne. Et elle joue avec ses couilles.
Cher
Romain.
Des milliards et des milliards de gouttes de verre, traversées par la lumière. La lumière décomposée des milliards et des milliards de fois. C'est ce que je vois s'il pleut.
J'offre ma peau, j'essaie de garder les yeux ouverts.
Si je me déshabille, j'ai l'impression d'être bénie, par la lumière, par la lumière décomposée.
La lumière poisseuse m'enrobe.
Romain, c'est cette grande promesse, de ta jeunesse et de tes muscles ronds. Tant de beautés dans le jardin où nous nous sommes présentés, à l’abri de l'orage, sous la bâche du marchand de glace. Ce sont tes mains, tes baisers, Romain.
Je suis dans ce jardin planté de millions de tiges d'argent.
Des milliards et des milliards de gouttes de verre, traversées par la lumière. La lumière décomposée des milliards et des milliards de fois. C'est ce que je vois s'il pleut.
J'offre ma peau, j'essaie de garder les yeux ouverts.
Si je me déshabille, j'ai l'impression d'être bénie, par la lumière, par la lumière décomposée.
La lumière poisseuse m'enrobe.
Romain, c'est cette grande promesse, de ta jeunesse et de tes muscles ronds. Tant de beautés dans le jardin où nous nous sommes présentés, à l’abri de l'orage, sous la bâche du marchand de glace. Ce sont tes mains, tes baisers, Romain.
Je suis dans ce jardin planté de millions de tiges d'argent.
Jeanne
avait bu ce qu'il fallait, mais tellement qu'elle s'endormait,
saoul... sous le gros homme en émoi. Elle couinait dans ce sommeil,
elle remuait, elle s'agrippait. Romain lui était apparu, ses lèvres
fines sans sourire et son regard bienveillant. Elle s'accrochait à
cette image, la joliesse du moment, les muscles blancs, et les
tremblements qui naissaient. Jeanne en avait le rimmel qui se mêlait
avec la bave, la chevelure et le fond de teint.
Leur
rencontre avait été brève. Mais c'est que lui, elle voulait le
voir nu, le toucher, l'effleurer, elle espérait le regarder jouir,
souffler, dormir. Il n'avait pas cherché à coucher avec elle. "Non,
non" avait-il juste murmuré. Puis il l'avait étreinte, elle
s'était senti bien dans son étau, il lui avait donné un baiser
chaste et doux.
"J'aimerais
te revoir".
Le
gros homme a repris ses lunettes carrées, soulagé de son besoin,
n'a laissé qu'une poisse, qu'elle frotte un instant, une odeur sure
qui va s'étioler, avec l'encens, et le souvenir d'un étouffement
momentané, agréable. Jeanne ferme son tiroir. Et sa maison.
(lecture des (h) chez Nathalie Veuillet et Simon Marozzi, dans la camionnette de la Hors De transformée en lupanar, avec la présence lumineuse de Pauline en robe jaune, Jeanne maussade, projetant le superbe film de Cyril Besse sur les parois et sur ouam) (ah oui, et moi, caleçon, peignoir blanc cassé trop petit, mi-cuisse, avec des lunettes carrées pour la fin de la lecture) (Fallait voir ça !).
jeudi 12 février 2015
Charlie !
J'écris un journal. Je le tiens, mais sans me mettre la pression, donc, il y a des périodes de vide. Comme ce mois de décembre, puis janvier. Je n'allais pas raconter dans un journal qui sera lu par des générations d'élèves et d'intellectuels que j'étais bien content d'aller au ski, que j'avais pourtant très mal à l'épaule, qu'on a même pensé à une polyarthrite (puis non), que j'ai encore une fois trop mangé, que j'aime toujours ma famille mais que bon une semaine c'était un peu long, ah, sinon, mon frère a acheté un appartement à Méribel. C'était bien, il vaut quinze fois mon appartement lyonnais (je le loue)(mais le compte est exact), et surtout il est situé à quelques mètres des pistes. Puis le nouvel an, je l'ai à peine fêté, ah mais vous savez moi les fêtes obligatoires. Bref la vie comme tout le monde, et pas trop le goût d'en tirer quoique ce soit de littéraire ou de philosophique (quelle idée). L'année commençait plutôt bien, j'avais l'intention de voir mon patron pour lui dire que j'en avais bien marre de ma pauvreté, qu'il fallait qu'il fasse un petit effort, et je devais alpaguer mon voisin, pour faire une déclaration de sinistre (plusieurs mois que je dois le faire).
Ce matin funeste, je suis sur un article, j'avance pas trop mal, mais en mettant France Culture, je me retrouve avec des chants orthodoxes dans les oreilles, ce que je ne peux supporter que quelques minutes. Je cherche donc une émission, en zappant, France Info, RMC, Europe 1, Radio Canut. Pas France Inter, je l'ai déprogrammé par accident, sinon je m'y serais calé sans faire d'histoire, l'idée n'est pas d'écouter la radio, à ce moment-là. Je laisse l'odieux Morandini, ou le passable Morandini, c'est selon mon humeur, parler dans mon poste mais pas avec cette véhémence insupportable de ces gens qui ont tout vu tout entendu dans leur vie passionnante et nous le rabâchent à longueur d'onde sur RMC. Je ne sais pas de quoi il s'agit, ce jour-là, je me contente du ronron, et je me remets à mon article. Peu après 11 h 30, mon oreille sélectionne une incise, une brève interruption des programmes. Il y a une fusillade à Charlie Hebdo.
Merde. Je zappe, à nouveau, et n'apprends rien. J'enregistre et je ferme l'article en cours de rédaction, je vais illico sur les sites de Libé, France 24, ITV, BFMTV. Et peu à peu l'horreur s'installe, sur mon PC, dans mon salon, et même dans la rue, lorsque je vais chercher le pain, plus tard. Luc, mon ami rédacteur en chef adjoint à Libé, me lâche des textos, c'est lui qui m'informe du probable décès de Charb. De Charb ! De Cabu ! Et ensuite, Wolinski, je lis son nom sur un bandeau, Wolinski, putain. Il y a les images qui arrivent, de ces deux gros beaufs encagoulés ("Nous ne tuons pas les femmes", dira l'un d'eux, ou encore "Nous ne tuons pas les civils"), le pauvre flic qui demande grâce et qui meurt sous nos yeux. Un déluge d'horreur. Longtemps que je n'achetais plus Charlie, d'abord parce que je ne les trouvais pas si drôles, et puis Philippe Val m'avait bien refroidi. Charb, je le sentais bien, je lui en voulais juste de ne pas me connaître, mais, à sa décharge, je ne me suis jamais présenté. Je me souviens avoir interrogé Luc, lorsque Charlie vivait dans les murs de Libé, et vous faites des soirées ensemble ? Et tu as fait connaissance avec Charb ? Non. J'avais cet espoir de me marrer un soir en sa compagnie. Fraterniser avec de la bière en déblatérant sur la religion, par exemple. Me voilà, ce 7 janvier, à fraterniser tout seul avec lui, et avec tous les autres, tandis que monte en moi la colère. La colère. Contre les religions, et contre cette espèce d'acceptation diffuse et bien-pensante de la beauferie réactionnaire des religions, au détriment des minorités à l'intérieur des minorités. Les libres penseurs d'origine maghrébine, les homosexuels, les féministes, auront raison d'en vouloir à notre société, si, décidément, elle ne fait rien pour les protéger. Les curés de toute sorte (et ceux qui se prennent pour des) doivent dorénavant savoir que les athées sont prêts à s'opposer aux fantasmes de domination dégueulasses que révèle leur prosélytisme, leurs prières publiques, leur moral liberticide et régressive.
Soudain, Coulibaly. Qui assassine une jeune policière municipale en formation, elle réglait la circulation. La confusion des symboles, l'inutilité de son acte, la beauferie armée, l'étendue de sa bêtise, qui va se confirmer par la suite. Et on le retrouve dans l'Hyper Cacher, comme par hasard, il a dû avoir beaucoup réfléchi, avant de se dire qu'il lui fallait cibler des juifs. Je ne sais pas, moi, il devrait y avoir un système spécial, une armée de policiers prête à intervenir sans délai pour sécuriser les magasins juifs, les synagogues, à la moindre alerte, un tir de kalash quelque part. Ils seront toujours ciblés, inutile de se le cacher.
La colère, la colère. Protéger les synagogues, les temples, les églises, les mosquées. Combattre sans merci les idées qui y circulent. S'en mêler.
J'ai pu reprendre mon article, chaque jour, un peu. J'ai pu reprendre un rythme de travail, quelques jours plus tard. J'avais défilé, le dimanche, au milieu d'une marrée humaine, à Lyon, dont il est parfaitement faux de dire que les maghrébins en étaient absents, et il y avait des musulmans. J'avais hésité à y aller, je ne voulais pas défiler avec des gens racistes, ou qui allaient réclamer un Patriot Act contre lequel il faudrait absolument se dresser. En même temps, j'espérais que cette manif écrabouille les chiffres de la mobilisation indécente des salauds cathos homophobes (renforcés par les autres religions, plus discrètes, mais bien présentes aussi), qui avaient défilé, cette année, contre moi et le putatif et merveilleux garçon qui devrait, un jour, me proposer le mariage.
C'était une marche sous le soleil, dans une sorte de silence bienveillant, la foule qu'il avait fallu diviser, à cause de son immensité, était comme une mer tranquille et invasive, parcourue des rumeurs de l'onde de nos applaudissements.
Ce matin funeste, je suis sur un article, j'avance pas trop mal, mais en mettant France Culture, je me retrouve avec des chants orthodoxes dans les oreilles, ce que je ne peux supporter que quelques minutes. Je cherche donc une émission, en zappant, France Info, RMC, Europe 1, Radio Canut. Pas France Inter, je l'ai déprogrammé par accident, sinon je m'y serais calé sans faire d'histoire, l'idée n'est pas d'écouter la radio, à ce moment-là. Je laisse l'odieux Morandini, ou le passable Morandini, c'est selon mon humeur, parler dans mon poste mais pas avec cette véhémence insupportable de ces gens qui ont tout vu tout entendu dans leur vie passionnante et nous le rabâchent à longueur d'onde sur RMC. Je ne sais pas de quoi il s'agit, ce jour-là, je me contente du ronron, et je me remets à mon article. Peu après 11 h 30, mon oreille sélectionne une incise, une brève interruption des programmes. Il y a une fusillade à Charlie Hebdo.
Merde. Je zappe, à nouveau, et n'apprends rien. J'enregistre et je ferme l'article en cours de rédaction, je vais illico sur les sites de Libé, France 24, ITV, BFMTV. Et peu à peu l'horreur s'installe, sur mon PC, dans mon salon, et même dans la rue, lorsque je vais chercher le pain, plus tard. Luc, mon ami rédacteur en chef adjoint à Libé, me lâche des textos, c'est lui qui m'informe du probable décès de Charb. De Charb ! De Cabu ! Et ensuite, Wolinski, je lis son nom sur un bandeau, Wolinski, putain. Il y a les images qui arrivent, de ces deux gros beaufs encagoulés ("Nous ne tuons pas les femmes", dira l'un d'eux, ou encore "Nous ne tuons pas les civils"), le pauvre flic qui demande grâce et qui meurt sous nos yeux. Un déluge d'horreur. Longtemps que je n'achetais plus Charlie, d'abord parce que je ne les trouvais pas si drôles, et puis Philippe Val m'avait bien refroidi. Charb, je le sentais bien, je lui en voulais juste de ne pas me connaître, mais, à sa décharge, je ne me suis jamais présenté. Je me souviens avoir interrogé Luc, lorsque Charlie vivait dans les murs de Libé, et vous faites des soirées ensemble ? Et tu as fait connaissance avec Charb ? Non. J'avais cet espoir de me marrer un soir en sa compagnie. Fraterniser avec de la bière en déblatérant sur la religion, par exemple. Me voilà, ce 7 janvier, à fraterniser tout seul avec lui, et avec tous les autres, tandis que monte en moi la colère. La colère. Contre les religions, et contre cette espèce d'acceptation diffuse et bien-pensante de la beauferie réactionnaire des religions, au détriment des minorités à l'intérieur des minorités. Les libres penseurs d'origine maghrébine, les homosexuels, les féministes, auront raison d'en vouloir à notre société, si, décidément, elle ne fait rien pour les protéger. Les curés de toute sorte (et ceux qui se prennent pour des) doivent dorénavant savoir que les athées sont prêts à s'opposer aux fantasmes de domination dégueulasses que révèle leur prosélytisme, leurs prières publiques, leur moral liberticide et régressive.
Soudain, Coulibaly. Qui assassine une jeune policière municipale en formation, elle réglait la circulation. La confusion des symboles, l'inutilité de son acte, la beauferie armée, l'étendue de sa bêtise, qui va se confirmer par la suite. Et on le retrouve dans l'Hyper Cacher, comme par hasard, il a dû avoir beaucoup réfléchi, avant de se dire qu'il lui fallait cibler des juifs. Je ne sais pas, moi, il devrait y avoir un système spécial, une armée de policiers prête à intervenir sans délai pour sécuriser les magasins juifs, les synagogues, à la moindre alerte, un tir de kalash quelque part. Ils seront toujours ciblés, inutile de se le cacher.
La colère, la colère. Protéger les synagogues, les temples, les églises, les mosquées. Combattre sans merci les idées qui y circulent. S'en mêler.
J'ai pu reprendre mon article, chaque jour, un peu. J'ai pu reprendre un rythme de travail, quelques jours plus tard. J'avais défilé, le dimanche, au milieu d'une marrée humaine, à Lyon, dont il est parfaitement faux de dire que les maghrébins en étaient absents, et il y avait des musulmans. J'avais hésité à y aller, je ne voulais pas défiler avec des gens racistes, ou qui allaient réclamer un Patriot Act contre lequel il faudrait absolument se dresser. En même temps, j'espérais que cette manif écrabouille les chiffres de la mobilisation indécente des salauds cathos homophobes (renforcés par les autres religions, plus discrètes, mais bien présentes aussi), qui avaient défilé, cette année, contre moi et le putatif et merveilleux garçon qui devrait, un jour, me proposer le mariage.
C'était une marche sous le soleil, dans une sorte de silence bienveillant, la foule qu'il avait fallu diviser, à cause de son immensité, était comme une mer tranquille et invasive, parcourue des rumeurs de l'onde de nos applaudissements.
mardi 9 décembre 2014
Baris Ataman
Très touché par ce que je viens de lire chez mon amie Valérie. Les faits remontent au 13 mai dernier...
Un article sur un blog de médiapart évoque cette mort, qualifiée de suspecte... Comment croire, en effet, à un suicide.
Un article sur un blog de médiapart évoque cette mort, qualifiée de suspecte... Comment croire, en effet, à un suicide.
samedi 27 septembre 2014
SECRET - le 28 septembre au Croiseur à Lyon
« En 45 elle s'est coupée les
cheveux et elle a mis des pantalons. C'était pas ce qui se faisait,
à l'époque, à Dijon.
- Ils lui ont rasé la tête oui.
- Arrête, ne plaisante pas avec ça.
Tu trouves qu'on n'est pas une famille unie ?
- Unie ? Parce qu'on mange
ensemble une fois par an dans la ferme des vieux ?
- On est une famille normale. »
SECRET
est une pièce pour trois danseuses mise en mouvement par Flora Bougues, de Quai n°4.
J'en ai écrit le livret et les textes.
C'est à voir dans le cadre de la biennale OFF de la danse
Dimanche 28 septembre à 19 h 30
au Croiseur, 7, rue Croix Barret à Lyon.
Paf : 12 euros.
mercredi 12 mars 2014
lundi 16 décembre 2013
Ventre en tête
C'est que toute chose contient sa part de silence, tout objet sa part de vide. Le monde est-il double, ventre et estomac, coquilles, vent dedans, bruit et silence de la merde.
jeudi 5 décembre 2013
Salim, chez moi
Il y a toujours, chez les homosexuels,
une population en rupture, des garçons qui irriguent les nuits des autres garçons. Ils sont derrière la porte, avec leur désir impérieux. Et ce mouvement appelé
"Manif pour tous" avait pour objet de
marginaliser encore, et de culpabiliser, de salir, s'il était besoin, ce désir.
Pour ces garçons (en particulier),
avoir une pratique sexuelle est souvent vécu comme une sorte de
suicide social, une honte infranchissable pour certain, un défi
radical à toute la société (et à la famille) pour d'autres, voire
une vengeance - qui s'exprime d'abord sur soi-même. J'ai fait la
mal-rencontre avec le mâle bafoué, la mauvaise particule dans le flux, Salim. Il avait une façon de
faire l'amour... comme s'il cherchait à se délivrer de son
cauchemar. Je sais qu'il se droguait, l'odeur de sa peau se mêlait à
son haleine de nitrite d'amyl, et il exigeait le noir absolu dans la
chambre. Il était gentil. Ma capote a lâché à notre deuxième
rencontre, je ne m'en suis rendu compte qu'en sortant de lui, dans
cette sorte d'exténuation qui s'annonce, j'ai conçu dans son cul ma
petite inquiétude. Je l'ai revu peut-être quinze fois, sans capote,
mon abandon violent multipliait le plaisir. Je me plaçais dans cet
espoir médusant de le garder pour la nuit, je voulais, pour lui,
former chez moi, sur le radeau de mon lit défait, un refuge.
Il
avait la syphilis. Les médecins, me voyant décliner dangereusement,
ont fini par découvrir que je l'avais à mon tour. Il m'a donné
aussi quelques autres petites infections, dont on se débarrasse sans
peine, et un diabète, depuis, s'est déclaré. Le diabète pourrait
bien être lié, si j'en crois une littérature datée de 1920,
trouvée sur la toile, son apparition, pas sa guérison. Bien
entendu, le SIDA aurait bien pu faire partie du bouquet, c'est en
tous cas la conviction des médecins. J'ai tellement envie de revoir Salim, d'éteindre à nouveau toute lumière, d'entendre ses
vêtements tomber un à un, sentir son souffle, la masse compacte de
son corps reposant sur le mien, son désir tremblant, sa fierté, de me donner du plaisir.
Comme lorsqu'il m'a embrassé.
Salim, Salim, si tu vis.
vendredi 8 novembre 2013
Homophobie, Saison 44932
La Russie c'est l'Europe...
Saurons-nous accueillir les homosexuels russes ?
Saurons-nous accueillir les homosexuels russes ?
vendredi 21 juin 2013
vendredi 31 mai 2013
vendredi 22 mars 2013
Mes carnets du Maroc (64 et fin)
Trente-huitième jour
Retour. Réveil 5 h 20. J'avais
tellement été nerveux la veille, je n'ai guère dormi. Mes
sonneries, réglées à 5 h 30, n'auront pas le temps de retentir. Je
pisse dans le lavabo de la chambre 12, au Central Palace Hotel. Je
regarde la pièce une dernière fois, que je n'oublie rien. Ce n'est
pas un endroit bien chaleureux, mais j'y étais bien. Je ne remarque
pas mon chapeau de paille espagnol, sur une patère. Et je file
réveiller le réceptionniste.
Trente-huitième jour
Je me sens plutôt rassuré de rentrer.
A part mon chapeau, que j'ai si peu mis sur la tête, qui a gondolé
sous la rincée, à Tanger, pris le soleil sur la route d'Aït Benhaddou... Mon chapeau que je portais dans mon sac, il en était tout
biscornu, troué, c'était devenu le mien... À part mon chapeau que
je laisse sans regret telle une trace de moi, de mon histoire au
Maroc, et surtout de sa fin, je n'oublie rien.
lundi 18 mars 2013
Mes carnets du Maroc (63)
Trente-septième jour
Jeudi 3 mai 2012. Retour à Marrakech.
Remonté, décidé à ne pas me laisser amadoué par un emmerdeur
quelconque, et à commencer par un taxi. « Taxi ? »,
me demande-t-on alors que je n'ai pas encore la main sur mon grand
sac à dos. Je prends tout mon temps, je réponds, oui, 15 dh pour la
médina. Le mec fait mine de me rire au nez, mais mon regard
l'intimide. Pas grave, j'y vais à pieds, lui-dis-je, et là il prend
à témoin un groupe de chauffeurs qui joue son rôle comme un seul
enfoiré, non 15 dh, ce n'est vraiment pas assez. Pas de souci, j'y
vais à pieds. « 30 dh, au moins », tente le chauffeur.
« Si vous ne voulez pas travailler, c'est votre affaire »,
et j'y vais à pieds, comme promis. Le chauffeur me rattrape : « 20
dh ? ». Je suis presque incrédule, il me propose le prix
que je voulais. C'est d'accord, lui dis-je. Après, pendant le
voyage, c'est drôle, il me demande l'autorisation de prendre
plusieurs personnes à bord, ce que j'accepte, dans ma grande bonté.
Ces connards-là, quand tu les traites comme ils le méritent, je veux
dire mal, après, ils sont tout miel.
20 dh, c'est à peu près deux fois ce qu'il exigerait d'un local,
donc, bon, il n'est pas mécontent. Il me dépose à la gare de taxis
du Square Foucaud, où j'ai tous mes repères. Je vais directement au
Central Palace, où la femme de la réception m'accueille avec de
charmants sourires, notre complicité est retrouvée dès les premiers
salam aleikum, aw aleikum salam. « Je vais vous trouver une
belle chambre » me dit-elle. Et elle ne ment pas.
Trente-septième jour
Je me perds dans la médina et je
trouve le moment agréable. J'évite les souks à touristes et j'ai
enfin le sentiment d'être au cœur de la ville rouge. Je reconnais
la nature des commerces, petites épiceries, ventes de crêpes
marocaines (dont j'ai l'impression qu'elles changent de nom selon les
régions) et de beignets plongés dans le sucre, pain, chariots de
fruits, atelier de mécanique, lieu crucial évidemment pour un
peuple qui roule en véhicules des années 70 ou 80, voitures et
mobylettes. D'ailleurs les mobylettes, ici aussi bien qu'à Casa,
sont un fléau pour le piéton, les Marrakchis roulent sans vraiment
faire gaffe, avec pour seule précaution le klaxon. Partout ou tu
entends le bourdon d'une brêle, barre-toi vite, range tes fesses et
cesse, à l'instant, de mettre le nez en l'air. Dans le dédale de la
ville médiévale, un jeune, mais tout jeune garçon, m'aborde, « la
place ? » Je réponds que je ne veux pas de guide et il me
colle quand-même au train. « Pas là, fermé », le
morpion connait son rôle. J'insiste alors en faisant le signe du
flouze avec les doigts. Walou, tu comprends ? Je suis sec, mais
je tiens compte de ses dix ou onze ans. Et ça marche, il me lâche.
Un jeune Marocain qui range son scooter en face de sa porte me
sourit : « La place, c'est à droite, encore à
droite, et ensuite, toujours vers la droite », « Choukrane »,
et tout se passe bien, la rumeur de Jemaa El Fna, de toutes façons, me
guide jusqu'à son cœur battant. Les Gnaouas se donnent et
rassemblent autour d'eux les passants, les restaurants éphémères
ont installés leurs tables recouvertes de papier blanc, le stand
d'Hassan ne brûle pas encore. Les impérieuses clarinettes des
charmeurs de serpents retentissent tandis que les marchands de fruits
secs cherchent inlassablement à me vendre des dattes ou des
abricots. Finalement, je retourne au restaurant que je fréquentais
il y a deux semaines, harira, couscous, valeurs sûres pour ce
dernier repas au soleil couchant du Maroc. Trois enfants très
jeunes, 4, 5 et 6 ans je pense, viennent alors à ma table, et me
harcèlent, pour quelques dirhams. La petite de 5 ans était couvée
par le regard incitatif et protecteur de son grand frère, celui qui
avait 6 ans, peut-être 7, en s'exerçant au regard d'enfant triste.
J'ai dû lui dire non, mais, cette fois, en la regardant bien, avec
assurance et, je crois, une bienveillance ostensible, dont elle a cru
longtemps pouvoir tirer profit. Un autre môme, celui-là ne devait
pas avoir 4 ans, mignon comme, comme, je ne sais pas moi, mignon,
exercé, lui aussi, aux yeux tristes. Je l'ai regardé de façon
presque obsessionnelle, avec beaucoup de fermeté, autant d'amour
qu'il m'était possible. Et l'enfant est resté, sans plus jamais
rien mendier. A me regarder, à baisser les yeux, puis à me regarder
à nouveau. Qu'il est beau cet enfant. Voilà, nous nous sommes
regardés. Je n'avais aucune compassion, ce n'était pas l'esprit.
L'enfant-instant était le mien. Je n'avais pourtant aucun droit de
lui interdire de faire la manche, ni les moyens de l'amener à
l'école. Je suis parti déchiré, impuissant, comment être un
adulte, à ce moment-là.
vendredi 8 mars 2013
Mes carnets du Maroc (62)
Trente-septième jour
Journée tournée vers le départ.
Quitter Essaouira me fut presque facile. Je me suis matin laissé
gagner par la mélancolie de la ville. 8 h 30 environ. J'ai sourit
une dernière fois au petit barbier, des gestes lointains mais amicaux, un
clin d’œil, c'est toute une rencontre. Je suis allé traîner mes
souliers dans la terre mise à nue depuis un an pour d'interminables
et peu probants travaux de rénovation du système d'égouts, j'ai
admiré dans la poussière, non loin du souk des poissons, un petit
requin, dos à l'air, que ne se disputait aucun chat. Le boulanger
livrait par dizaines ses galettes de pain chaud, un marchand de tapis
sortait de son lit et, déjà, sur la plage à marée basse, une
vingtaine d'adolescents jouaient au football. Un à un, de gros
chalutiers manœuvraient à l'entrée du port, harcelé, comme il se
doit, par des nuées de mouettes et d'albatros. D'autres de ces
oiseaux des mers, en nombre, se reposaient encore sur le sable sec et
se disputaient un coquillage ou une crevette oubliée par la marée.
Posant mes fesses sur un fauteuil du café terrasse le Chalet, mes
pieds sur le muret qui me séparait de la plage, je n'ai pas lu, ni
écrit. J'ai regardé. Me suis souvenu que je n'aurai pas tout de
suite l'occasion de me perdre dans la ligne pleine et prometteuse de
l'horizon. J'ai mangé un petit pain, un café cassé, un jeune
Espagnol en tong et sa copine devisaient, il riait, nous avons
échangé une complicité, je n'ai guère de doute à l'égard de ses goûts, ce garçon. En
rentrant par la place Moulay Hassan presque vide, et pour cela
lumineuse tel un soleil, un ventre nu craquait une sieste sur un
banc, le pullover sur les yeux. Un travailleur, de l'ombre, s'y
réfugiait le temps d'une pause. Un vendeur de space cake accourait,
avec un geste soigneux pour le plastique transparent qui protège son
plateau. Ouf, sans m'aborder. Une dizaine de Marocains, peut-être
plus, me reconnaissaient, dans la rue et me saluaient avec bonne
humeur. Très vite, autour de mon hôtel, je disais bonjour aux
voisins. Le joli Jamel, guitariste, si doux ; la jeune femme
gentille et souriante, avec ses rectangles blancs dans la bouche, en
vitrine, mais dont je n'ai jamais osé demander le nom ;
Mohammed, qui était un peu triste de ne rien me vendre, j'aurai
peut-être dû le soutenir un peu, lui dont le pied gauche se
retourne dangereusement, et dont les dents pourries sortent jusqu'à
la racine ; le musicien, qui tient une échoppe d'instruments,
il joue du oud, je crois, et fort bien, j'ai oublié son nom ;
bien sûr, Saïd, dont j'ai assuré les revenus pour un mois,
peut-être ; et tous les voisins qui avaient finis par
s'habituer à me voir papoter dans la rue, beaucoup semblaient
prendre plaisir à me saluer en français, tandis que je faisais,
moi, l'effort de répondre en arabe. J'ai donc croisé quelques
bonjours avant de partir, et le premier, je crois, d'un ouvrier d'un
chantier à côté de l'échoppe de Saïd. Il se promène à vélo,
quelque soit la distance, cette fois, son beau visage, jeune, et
brun, était moucheté de peinture blanche. Une paire de fesses qui
m'a fait penser à JB. JB, la pensée de JB est revenue s'installer,
alors que je ne pensais plus à lui. Il a suffit d'un signe de sa
part, il a créé un profil facebook, j'ai l'impression, juste pour pouvoir communiquer avec moi. Peu avant 15 h, je suis allé à Baâb Marrakech, chargé de
mes deux sacs à dos : le gros pour les soutes, le petit pour
l'habitacle.
mercredi 20 février 2013
lundi 18 février 2013
Mes carnets du Maroc (61)
Trente-sixième jour
Mercredi. Dernier jour tranquille à
Essaouira. Demain, je file à Marrakech. Je me lève avec un bon mal
de crâne. Évidemment, les échéances de départ provoquent malgré
moi des contractions internes, crispations de tripes. L'eau a été
rétablie dans l'hôtel, pendant la nuit. Je ne me suis pas lavé
depuis trois jours. À part aux endroits stratégiques. Aujourd'hui
j'ai prévu hammam et massage. Achat d'un billet Supratour pour
Marrakech. Achat de deux trois trucs à Saïd.
Trente-sixième jour
J'ai rempli chaque mission avec succès.
Coût estimé : trop. Mais je dois encore acheter de l'huile
d'argan. Quelques litres.
Trente-sixième jour
Nous avons échangé nos adresses avec
Saïd. Auparavant, il m'avait emmené chez un beau-frère qui tient,
entre autres, un magasin d’Épices dans le souk, sous les arches
d'un ancien caravansérail et à quelques mètres des étals de
poissons. Ce Monsieur nous a servit le thé, m'a annoncé les prix,
ça a fait gloups dans ma gorge. J'ai donc dû réviser mes
prétentions, j'ai pris quatre demi-litres, dans quatre bouteilles
plastiques d'eau minérale. Mais c'est de la première pression à
froid, garantie par Saïd, première qualité. Nous sommes alors allé
faire deux trois courses pour le café amazigh de l'admirable Hichem,
qui nous a donc cuisiné des brochettes de kefta et des tomates
grillées. Je n'aurais d'ailleurs pas dû me gaver comme je l'ai
fait. C'était délicieux, mais j'ai l'organisme crispé, je ne lâche
rien, et mon expérience de hammam et de massage californien était
agréable. Deux jeunes femmes très jolies, sans pitié, se sont occupées de mon cas. Évidemment,
si Hichem avait été masseur, peut-être que. Mais bon. 500 dh, pas donné,
quand-même, dans cette ambiance entre la maison close et le salon de
coiffeur, où je finis en lapant un thé brûlant. La mère
maquerelle, encore jeune et pas si bien coiffée que ça, est venu papoter quelques minutes, histoire
de mériter son salaire. "Les filles d'ici ont le sens du massage, elles ont des mains", me dit-elle, "c'est une tradition". J'explose mon budget en une journée de
dépenses, j'aurais pu rester deux semaines de plus avec tout ça. Mais je dois rentrer, maintenant. Et je me dis qu'il fallait bien que je lâche ma thune dans
ce pays qui a besoin de blé.
Bon, objectif, demain avant de partir
acheter de la mahia Ghazella ou Rousso (sur les conseils de Saïd,
qui rejoignent ceux d'Andy)(la mahia c'est l'eau de vie de figue du coin, je rappelle). Départ estimé direction
Marrakech, 15 h 15. Ensuite, eh bien, ce sera le retour à Arnakech, les taxis qui
cherchent à te flouer, les hôtels qui refusent de négocier, et
Jemaa El-Fna, une réjouissante dernière fois. Je vais flipper pour
mon avion, le lendemain, fermeture des portes à 8 h 20, donc, il me
faudra trouver un grand taxi pas trop gourmand avant 7 h. Tous mes
derniers dirhams pourraient passer dans cette ultime course, à moins
que je ne réussisse à prendre un bus, square Foucault, ce qui est
compliqué en raison d'une absence totale de renseignement, le numéro
du bus, l'horaire, je ne sais même pas où trouver les informations.
vendredi 15 février 2013
Mes carnets du Maroc (60)
Trente-cinquième jour
Premier mai. Un syndicat a installé un
podium place Moulay Hassan, à l'entrée de la vieille médina. Des
chansons saucissonnent en boucle, à plein tube. Tremblants sur les
enceintes et trônant en plein centre de la scène, deux
photographies encadrées, sous verre et sur des chevalets. Un des
personnages, en noir et blanc, est probablement le fondateur du
syndicat. L'autre est le roi.des drapeaux du Marc flottent de part et
d'autre. Il est vrai qu'ils sont rouges. Et des flics en tenue de
propre papillonnent, plus nombreux que les ouvriers, et même que les
touristes. Les ritournelles treès parti Communiste des années 70
ont dû faire fuir tout le monde. La rumeur de ce refrain, que je
perçois depuis l'endroit où j'écris, devrait suffire à me la
mettre dans la tête pour la journée.
Trente-cinquième jour
Ballade jusqu'au bout de la plage. Un
No man's land où le sable fin se déguise en désert de dune. Un
Oued s'y forme, qui change de courant au gré des marées, remonte
jusqu'à un pont, menant à un village, Diabat, sur sa colline. Des
pas de dromadaires et de chevaux dans le sable mouillé, démontrent
sans doute que l'endroit est fréquenté par les hommes bleus, les
Touaregs, de passage après de longues traversées du Sahara. Non je
déconne. Cela démontre
juste que les touristes que tu croises
ici sont le plus souvent à dos de cheval ou de dromadaire. Pas
l'ombre d'une méharée par ici, et d'ailleurs, peu d'ombre. Un
magnifique garçon ultra bronzé, me poursuit un peu. « Jolie
Jaquette » m'avait-il abordé, dans la ville. Puis, il me
repère sur la plage, « eh ! Tu me reconnais ? ».
Il loue des fauteuils en plastique, il me rassure, viens me voir,
c'est gratuit pour toi, on discutera. Et moi je n'ai pas envie de
discuter. J'étais au début de ma ballade, je lui dis d'accord,
peut-être, au retour, et ce faisant je ne pouvais m'empêcher
d'admirer son torse glabre et noir. J'ai continué de fantasmer ce
garçon pendant la marche et au retour, en m'approchant des fauteuils
verts dont il a la charge, j'avais la gaule. Mais je ne tenais pas
plus que ça à subir de nouvelles avanies, et je l'aperçois de dos,
draguant deux Européennes. Je passe mon chemin.
Trente-cinquième jour
J'arrive au niveau du port juste au
moment des défilés. D'abord celui de L'UMT (Union Marocaine des
Travailleurs), qui traîne derrière lui une centaine de militants
sous la bannière du PC. L'ambiance est revendicative, sans violence,
plutôt morose en fait, policiers et militaires disposés de part et
d'autre. C'est le syndicat majoritaire chez les pêcheurs. Ils ont
d'ailleurs un local sur le parking du port, où ils avaient élevé
une tribune. Je n'y ai vu personne prendre la parole, mais ils
donnaient à plein une sono à peine croyable, des airs d'accordéon grésillant dans les transistors, des
interventions enregistrées tirées
d'archives du PCF des années 50, on aurait dit que les 78 tours avaient repris du service. Un rassemblement plus populaire, en tout état de cause, que le défilé qui venait juste d'un peu plus loin, de la place Moulay Hassan, celui de l'UGTM (Union Générale des
Travailleurs Marocains). Une grande blague, avec le portrait du roi
en tête de cortège, et dedans des gens bien proprets, coiffés de
casquettes blanches. Rappelons que le roi est un des plus gros
employeurs du pays. Un air de ballade dominicale, ce cortège, pas
loin de ce qu'avait voulu le maréchal Pétain lorsqu'en rendant ce
jour chômé, il avait voulu récupérer l'événement. Enfin, même si les apparences ne
jouent pas en faveur de l'UGTM, n'accusons personne ici de pétainisme.
vendredi 1 février 2013
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