mardi 30 mars 2010
jeudi 25 mars 2010
Prière à un jeune homme
Du pain, donne-moi du pain
Du pain dopant putatif hâtant le symptôme de merde noire
Du pain putain
Dupe un cerveau primitif / mes gargouilles / les soulage
Du pain, supplique, sans épines
Du pain de campagne et des fleurs
lundi 22 mars 2010
La fleur de l'âge
D'abord les pétales du haut. Un à un. Puis la jupe, les bas, la culotte. La peau est lourde, comme détachée des muscles et les muscles sont lourds, aussi, fins, mais lourds. Elle se voit dans l'émaille de sa baignoire. Qui s'emplit d'eau chaude. Les os ronds. Le nombril s'affaissant. Le sexe froid, entrouvert. Timide elle introduit un doigt, puis deux, n'en espère rien, dans la fente entrebâillée. Comment imaginer que ce millefeuille rose. Était une porte.
dimanche 21 mars 2010
samedi 20 mars 2010
lundi 15 mars 2010
La douleur
"J'ai percé la peau, l'ai creusée, tatouée de runes et je me suis accroupie, j'ai baissé ma culotte et j'ai pissé sur la plaie. La plaie du monde, la terre de mon jardin. J'ai appelé l'esprit absent, traîné mes fesses dans la boue, piaulant tel un crime. J'ai voulu exprimer au monde, en le souillant, toute mon horreur. Mon horreur. Je veux bien mourir."
mercredi 10 mars 2010
Au jardin
La terre est dure aujourd'hui. Froide et dure. Mon persil s'effondre, il a tenu tout l'hiver, il s'effondre au pied du figuier, tu as vu. Oui, c'est un figuier, tu mangeras ses fruits, cet été, plus qu'il n'en faut. En septembre, quand elles tombent.
Qu'est-ce que tu fais pendant les grandes vacances, tu sais déjà ? Tu vas à la mer ? Tu n'allais pas plutôt en Bretagne, toi, les années précédentes, oui, c'est la Bretagne. Donc c'est l'océan, pas la mer. L'océan, c'est plus grand, il y a des vagues, la mer c'est la méditerranée, ce n'est pas pareil. La méditerranée, elle est bleue, et puis c'est le chemin vers l'Afrique, tu prends le bateau à Marseille. T'as jamais pris le bateau, toi. Si ?
Viens on rentre, ici, c'est pas l'Afrique.
J'ai hâte, petit, tu sais. D'aller creuser la terre de mon jardin. Mais non, morveux, je n'y ai pas caché de trésor, ou, enfin... Qu'est-ce qui te fait penser ça.
lundi 8 mars 2010
La fin de l'école
La main osseuse, les veines bleues gonflées, la chair absente, la chair. Surprenant, cette main, qui bouge, l'index noueux, l'ongle sec et blême. La main de la dame se referme sur la poignée du cartable. Le petit garçon reste interdit. Le croissant lui laisse du beurre sur les lèvres. La dame sourit.
"Tu as pris ton cahier de maths ?"
Il secoue la tête, lâche une miette et, ça y est, il commence à parler. Le petit bonhomme est vert, on traverse. La foule des enfants s'étiole, il y a des parents partout dans les rues. Mamie passe devant la brasserie des écoles, elle y reconnait deux ou trois vieux, pathétiques, seuls avec leur théière blanche. L'œil lunaire, lorgnant les petites silhouettes joyeuses, craignant leur joie et la désirant plus que tout. Tiens, et si elle lui offrait un diabolo, au môme. Il continuera à raconter ses vacances. Elle boira une bière.
jeudi 4 mars 2010
lundi 1 mars 2010
Mamie fait son marché
Mamie se dirige vers le boulevard, elle traîne un cabas en toile de jute. Sur la place de la Croix-Rousse, elle s'arrête. Les enfants piaillent autour du carrousel, c'est dimanche, la fin du marché. Le petit soleil éclot, perce nuage, mamie est en gilet, silencieuse, patiente. Deux petits garçons se disputent au pied de la statue de Joseph-Marie, ils s'arrachent les vêtements, se griffent, tombent à terre, mamie n'en perd pas une miette, et c'est une espèce de clochard juste sorti de l'hiver, grisé, recouvert de pulls et de vestes, qui les sépare. D'une voix jeune, claire, l'homme demande un peu de savoir vivre, enfin, vous n'avez pas honte. Demain soir, mamie doit faire réviser la numération à l'un d'eux. Celui qui avait le dessus, dans cette jolie rixe, celui qui a la joue striée, marquée par les doigts de son camarade, pas celui qui aura une grosse bosse sur le crâne. Notre dame se fait discrète, se cache derrière le manège et les admire, encore, entre les oreilles d'un cheval de bois ou sous le ventre d'une baleine volante. Les deux mômes se regardent de biais, avec de la haine, et elle, elle s'énamoure. Ce petit gars, décidément, a bien des ressources.
Le spectacle écœurant d'une maman et d'un papa ébaudis détournent son regard. Ils portent une fillette en larmes jusque sur un vaisseau spatial, elle a déjà essayé le bus, la voiture dingo, mais ce qu'elle voulait, elle, c'est le vaisseau spatial. Elle hurle alors même qu'elle obtient ce troisième tour, sans doute prépare-t-elle un autre caprice. Mamie s'éloigne, jette un œil vers la statue. Son petit gars a disparu. Ne reste que le petit loser, qui se frotte le cuir chevelu en chougnant. Elle shoote un petit caillou, l'envoie valdinguer dans les roues d'une voiture. Et va faire la fin du marché, comme prévu.
mercredi 24 février 2010
lundi 22 février 2010
Mamie en vacances
Les vacances. Pour la dame aux pas feutrés, dont l'appartement n'est alors plus décoré que des photos de ses disparus, de quelques scories de noël qu'elle ne peut se résoudre à nettoyer, les vacances scolaires sont de longs tunnels de solitude. Elle n'attend plus la sortie de l'école, ce moment où elle a enfin un enfant, quelques heures, pour le goûter, les devoirs. Qui pourrait-elle attendre. Sur l'internet, elle contacte des jeunes hommes qui ne sont pas toujours très affables, avec les vieilles. Elle a eu l'opportunité de rencontrer l'un d'eux, un beau jeune homme, timide, dont les baisers fougueux, encore, la hante. Il tremblait entre ses bras, se lovait contre elle. En voilà un qu'elle croyait avoir un peu pour elle, le temps des vacances, il avait jouit si fort, sur son nez. Mais il tergiverse, maintenant. Elle ne se fait pas d'illusion. Elle doit rester seule, parmi ses chers disparus. Elle tricote, révise la numération, lit un livre jeunesse. Se rend à la Brasserie des Écoles, après la boulangerie et le marchand de journaux. Repère un enfant, lui sourit. Commande un thé russe, déballe une tarte au citron. Et attend.
mardi 9 février 2010
Tuer le garçon
Au bord de la fenêtre, encore, et guettant sur cet écran le signe d'une présence, notre dame suspend son tricot rouge.
Rouge, son tricot.
Il neige et gèle, à Lyon. Des milliards de petits nuages tombent et s'accumulent sur le trottoir, sous sa fenêtre, qu'elle ouvre en grand. Le goût de l'air froid.
Et sur la peau blanche inviolée, enfin, la tâche rouge, jetée. Elle croit ainsi se débarrasser du garçon.
Rouge, la tâche est rouge, sous l'aiguille enfoncée dans la neige.
Rouge, son tricot.
Il neige et gèle, à Lyon. Des milliards de petits nuages tombent et s'accumulent sur le trottoir, sous sa fenêtre, qu'elle ouvre en grand. Le goût de l'air froid.
Et sur la peau blanche inviolée, enfin, la tâche rouge, jetée. Elle croit ainsi se débarrasser du garçon.
Rouge, la tâche est rouge, sous l'aiguille enfoncée dans la neige.
mercredi 3 février 2010
Oh Dieu le garçon
Mamie prie, elle marmonne, dans la barbe qu'elle ne pense pas toujours à raser. Le dieu arachnéen qu'elle imagine chie une toile gigantesque et, surtout, depuis le cœur ionique, métallique, de son réseau, guette ses proies. Oh dieu ne t'acharne pas sur la pauvre dame qui te supplie. Ne la dévore pas tout de suite. Ne la digère pas. Mamie, prise, prie, marmonne et tricote. Un pull-over. Pour le garçon de l'internet. Eh petit frère, me répondras-tu, me feras-tu cet honneur, ce plaisir, ce réconfort d'un échange ? Un pull-over rouge, nous aimons le rouge, n'est-ce pas, c'est un de nos points communs. Eh petit frère, qu'aimerais-tu manger, je peux lui faire à manger, qu'est-ce qui te ferait plaisir. Du poisson avec du riz, c'est ça, c'est ce qu'il a dit, elle se rappelle, enfin, elle croit se rappeler, en réajustant sa robe de laine sur ses lourdes mamelles, et puis la bretelle de son soutien-gorge, qui avait glissée. Ses mamelles, si pesantes qu'elle ne peut se résoudre à les porter tout le temps, toute seule. Oh dieu, ne réduis pas encore cette flamme que tu as allumée. Je te fantasme, petit frère, dans mon lit, à ma table ou sur l'écran et c'est ce qui est léger, qui m'allège. Je veux croire un peu en la tendresse. Et le dieu qu'elle implore, Mamie, au coin de sa fenêtre, ce dieu est comme les autres, il ne répond pas.
vendredi 29 janvier 2010
Mamie blues
Oh Mamie, que ton cœur usé par les tendresses accueille enfin le peu de joie qu'on lui offre. Mamie, ne perds rien de ce sourire photogénique qui orne tes profils internet. Tu le sais, hein, la nostalgie, la tristesse, le malheur ne réussissent qu'à éloigner les garçons. Ils se font d'ailleurs souvent violence eux-mêmes, Mamie, leurs muscles s'arrondissent au besoin, ils se tendent, se crispent, soufflent fort et jamais ne montrent, autrement qu'avec une excessive bonne humeur, leur intime douleur. Tu fais de même, tu tchattes avec humour, lol, multipliant les gentillesses ;), d'ailleurs tu le sais bien, les garçons veulent qu'on leur dise, s'ils sont beaux :$. Toi tu fais le gros dos, tu n'es plus bien jolie, à vrai dire, alors tu n'attends rien de tel. Les garçons sont des goujats.
mardi 26 janvier 2010
Mamie tchatte
La dame tchatte avec un garçon, chaque jour, vers 20 h, elle loupe le journal à cause de ça. Elle boit une tisane au miel. C'est un beau garçon, qui a laissé une jolie image, la photo de son dos, ses fesses, sur le site. En rougissant, dit-il. Et puis des photos de son visage, qui est si doux.
"Je suis allé voir une expo je suis super fatigué.
- Je comprends, petit frère, et elle était bien cette expo ?
- Bof, j'ai trouvé un peu sommaire."
Mamie croit que son sourire se voit dans ce qu'elle écrit. Mais il se voit, d'ailleurs, il suffit d'être attentif.
"Raconte, tu es allé où, au Grand Palais ?
- Oui, c'est assez oppressant.
- Oppressant?
- Oui."
Elle se fait peut-être des idées mais elle croit que ce garçon est gracieux. De la grâce, il a l'air de posséder de la grâce. Ses intérêts pour le théâtre ou la littérature ou les expositions parisiennes sembleraient démontrer chez lui un désir d'élévation, de mouvement. Mais Mamie se souvient que c'est un garçon.
"Et tu y est allé avec ta petite amie ?
- Non, ce n'est pas ça
- Je suis jalouse, j'y serais bien allée avec toi
- Mais on ne se connait pas Mamie"
Voilà. Un instant plus tôt son cœur voltigeait à des hauteurs stupéfiantes, et puis la sécheresse soudaine du garçon la fait chuter. Elle sent physiquement l'impact, le choc sur les tomettes de son salon. Elle chute et ne trouve plus de mot. Comment lui dire, elle n'a pas cherché à le connaître, ce garçon. Est-ce qu'on se connaît un jour, de toute façon. Elle voulait passer l'écran. Rencontrer un homme. Je te fantasme, toi que n'ai pas encore touché. Je te fantasme aussi, eh, petit homme, que j'ai caressé, caressé, que je voudrais caresser encore, longuement, se verra-t-on enfin, me donneras-tu ta nuit ? Ma propre mère est un fantasme, pourtant je la côtoie depuis, euh, je ne vais pas dire mon âge. Ce que nous croyons connaître de l'autre, c'est notre désir qui se projette, je te fantasme fin, joli, je te fantasme doux.
"Tu comprends Mamie, il faut faire la différence entre le virtuel et la réalité.
- Mais, petit frère, il n'y a pas de différence de nature entre la fiction que j'écris à partir des informations que tu me laisses sur la toile et celle que j'écris lorsque tu es dans mes bras. C'est toujours mon imagination qui travaille. Tu n'es toujours, pour moi, qu'un fantasme, un beau fantasme, je t'assure. Qu'est-ce que tu en dis ?
- Il manque le quotidien, les odeurs, la voix, les ronflements.
- Zut, comment tu sais que je ronfle ?
- Dsl, j'ai mis du temps à te répondre, je suis absorbé par la télé, je vais me coucher maintenant. Bisous Mamie."
Bisous.
Et Mamie alors. Se relève. Elle sait qu'il manque la peau. Elle chute. Elle a du sang dans la bouche.
"Je suis allé voir une expo je suis super fatigué.
- Je comprends, petit frère, et elle était bien cette expo ?
- Bof, j'ai trouvé un peu sommaire."
Mamie croit que son sourire se voit dans ce qu'elle écrit. Mais il se voit, d'ailleurs, il suffit d'être attentif.
"Raconte, tu es allé où, au Grand Palais ?
- Oui, c'est assez oppressant.
- Oppressant?
- Oui."
Elle se fait peut-être des idées mais elle croit que ce garçon est gracieux. De la grâce, il a l'air de posséder de la grâce. Ses intérêts pour le théâtre ou la littérature ou les expositions parisiennes sembleraient démontrer chez lui un désir d'élévation, de mouvement. Mais Mamie se souvient que c'est un garçon.
"Et tu y est allé avec ta petite amie ?
- Non, ce n'est pas ça
- Je suis jalouse, j'y serais bien allée avec toi
- Mais on ne se connait pas Mamie"
Voilà. Un instant plus tôt son cœur voltigeait à des hauteurs stupéfiantes, et puis la sécheresse soudaine du garçon la fait chuter. Elle sent physiquement l'impact, le choc sur les tomettes de son salon. Elle chute et ne trouve plus de mot. Comment lui dire, elle n'a pas cherché à le connaître, ce garçon. Est-ce qu'on se connaît un jour, de toute façon. Elle voulait passer l'écran. Rencontrer un homme. Je te fantasme, toi que n'ai pas encore touché. Je te fantasme aussi, eh, petit homme, que j'ai caressé, caressé, que je voudrais caresser encore, longuement, se verra-t-on enfin, me donneras-tu ta nuit ? Ma propre mère est un fantasme, pourtant je la côtoie depuis, euh, je ne vais pas dire mon âge. Ce que nous croyons connaître de l'autre, c'est notre désir qui se projette, je te fantasme fin, joli, je te fantasme doux.
"Tu comprends Mamie, il faut faire la différence entre le virtuel et la réalité.
- Mais, petit frère, il n'y a pas de différence de nature entre la fiction que j'écris à partir des informations que tu me laisses sur la toile et celle que j'écris lorsque tu es dans mes bras. C'est toujours mon imagination qui travaille. Tu n'es toujours, pour moi, qu'un fantasme, un beau fantasme, je t'assure. Qu'est-ce que tu en dis ?
- Il manque le quotidien, les odeurs, la voix, les ronflements.
- Zut, comment tu sais que je ronfle ?
- Dsl, j'ai mis du temps à te répondre, je suis absorbé par la télé, je vais me coucher maintenant. Bisous Mamie."
Bisous.
Et Mamie alors. Se relève. Elle sait qu'il manque la peau. Elle chute. Elle a du sang dans la bouche.
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