jeudi 5 février 2009

Séverine, rue Pierre Blanc

Je l’avais vue dans La Ménagerie de verre, je crois. Elle y était splendide, je ne me rappelle plus bien de la pièce, je me souviens en revanche de Séverine. Les cheveux de jais courts et à peine coiffés, les petites lunettes rondes. Une robe rose, peut-être. Elle écrasait tout et tous, et pourtant légère, aussi, planait sur nos admirations, brûlait dans nos prunelles. Je la regardais, je la désirais voire entière, sa peau, ses seins. J’avais applaudi à m’en peler les doigts, ah, je lui étais reconnaissant. A cause de La Ménagerie de verre et parce qu’elle me démontrait que je pouvais désirer une femme. Elle, Séverine, nulle autre.

Je l’apercevais ensuite au jardin des plantes, cette grande pelouse en pente sur la Croix-Rousse, qui dégringole vers la mairie d’arrondissement. Avec son môme, elle goûtait un joli jour de mai. J’avais alors préféré opérer un long détour, pour ne pas avoir à supporter le feu qu’elle allumait en moi.

Mai, je suis allé voir une autre pièce de Tennessee Williams, laquelle ? Cela m’échappe. J’ai invité un copain, je n’avais pas été prévenu, la représentation était reportée.

Le petit Théâtre de la rue Pierre Blanc est un ancien commerce, transformé pour accueillir une petite centaine de personnes, je crois. La devanture de la boulangerie, depuis 10 ans, est intacte, occultée par de lourds tissus marrons. J’essaye en vain d’ouvrir la porte et je commence à m’alarmer de ce que nulle queue, devant elle, ne se forme. J’essaie à nouveau et même je trouve une sonnerie et j’appuie, drinnng. Soudain, un rideau se soulève, la porte s’ouvre et… C’est elle, Séverine, à quelques centimètres de moi, elle nous informe, elle semble désolée, s'excuse. Je trouve à lui bredouiller que ce n’est rien et, d’une sèche virevolte, lui tourne le dos. Mon ami prononce un au revoir plus joyeux, nous reviendrons la semaine prochaine, annonce-t-il. Je ne la regarde plus, je fuis, je cherche une respiration. Le témoignage amusé de mon ami sera dès lors des plus précieux, ma déroute une bonne histoire à raconter partout.

Le monde entier ne saurait se douter que je ne désire, sauf exception, que les garçons.

2 commentaires:

  1. En faits en pleine Croix-Rousse. Pas tout à fait Lyon, mais un peu quand-même.

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