lundi 18 février 2013

Mes carnets du Maroc (61)

Trente-sixième jour
Mercredi. Dernier jour tranquille à Essaouira. Demain, je file à Marrakech. Je me lève avec un bon mal de crâne. Évidemment, les échéances de départ provoquent malgré moi des contractions internes, crispations de tripes. L'eau a été rétablie dans l'hôtel, pendant la nuit. Je ne me suis pas lavé depuis trois jours. À part aux endroits stratégiques. Aujourd'hui j'ai prévu hammam et massage. Achat d'un billet Supratour pour Marrakech. Achat de deux trois trucs à Saïd.

Trente-sixième jour
J'ai rempli chaque mission avec succès. Coût estimé : trop. Mais je dois encore acheter de l'huile d'argan. Quelques litres.

Trente-sixième jour
Nous avons échangé nos adresses avec Saïd. Auparavant, il m'avait emmené chez un beau-frère qui tient, entre autres, un magasin d’Épices dans le souk, sous les arches d'un ancien caravansérail et à quelques mètres des étals de poissons. Ce Monsieur nous a servit le thé, m'a annoncé les prix, ça a fait gloups dans ma gorge. J'ai donc dû réviser mes prétentions, j'ai pris quatre demi-litres, dans quatre bouteilles plastiques d'eau minérale. Mais c'est de la première pression à froid, garantie par Saïd, première qualité. Nous sommes alors allé faire deux trois courses pour le café amazigh de l'admirable Hichem, qui nous a donc cuisiné des brochettes de kefta et des tomates grillées. Je n'aurais d'ailleurs pas dû me gaver comme je l'ai fait. C'était délicieux, mais j'ai l'organisme crispé, je ne lâche rien, et mon expérience de hammam et de massage californien était agréable. Deux jeunes femmes très jolies, sans pitié, se sont occupées de mon cas. Évidemment, si Hichem avait été masseur, peut-être que. Mais bon. 500 dh, pas donné, quand-même, dans cette ambiance entre la maison close et le salon de coiffeur, où je finis en lapant un thé brûlant. La mère maquerelle, encore jeune et pas si bien coiffée que ça, est venu papoter quelques minutes, histoire de mériter son salaire. "Les filles d'ici ont le sens du massage, elles ont des mains", me dit-elle, "c'est une tradition". J'explose mon budget en une journée de dépenses, j'aurais pu rester deux semaines de plus avec tout ça. Mais je dois rentrer, maintenant. Et je me dis qu'il fallait bien que je lâche ma thune dans ce pays qui a besoin de blé.
Bon, objectif, demain avant de partir acheter de la mahia Ghazella ou Rousso (sur les conseils de Saïd, qui rejoignent ceux d'Andy)(la mahia c'est l'eau de vie de figue du coin, je rappelle). Départ estimé direction Marrakech, 15 h 15. Ensuite, eh bien, ce sera le retour à Arnakech, les taxis qui cherchent à te flouer, les hôtels qui refusent de négocier, et Jemaa El-Fna, une réjouissante dernière fois. Je vais flipper pour mon avion, le lendemain, fermeture des portes à 8 h 20, donc, il me faudra trouver un grand taxi pas trop gourmand avant 7 h. Tous mes derniers dirhams pourraient passer dans cette ultime course, à moins que je ne réussisse à prendre un bus, square Foucault, ce qui est compliqué en raison d'une absence totale de renseignement, le numéro du bus, l'horaire, je ne sais même pas où trouver les informations. 


vendredi 15 février 2013

Mes carnets du Maroc (60)

Trente-cinquième jour
Premier mai. Un syndicat a installé un podium place Moulay Hassan, à l'entrée de la vieille médina. Des chansons saucissonnent en boucle, à plein tube. Tremblants sur les enceintes et trônant en plein centre de la scène, deux photographies encadrées, sous verre et sur des chevalets. Un des personnages, en noir et blanc, est probablement le fondateur du syndicat. L'autre est le roi.des drapeaux du Marc flottent de part et d'autre. Il est vrai qu'ils sont rouges. Et des flics en tenue de propre papillonnent, plus nombreux que les ouvriers, et même que les touristes. Les ritournelles treès parti Communiste des années 70 ont dû faire fuir tout le monde. La rumeur de ce refrain, que je perçois depuis l'endroit où j'écris, devrait suffire à me la mettre dans la tête pour la journée.

Trente-cinquième jour
Ballade jusqu'au bout de la plage. Un No man's land où le sable fin se déguise en désert de dune. Un Oued s'y forme, qui change de courant au gré des marées, remonte jusqu'à un pont, menant à un village, Diabat, sur sa colline. Des pas de dromadaires et de chevaux dans le sable mouillé, démontrent sans doute que l'endroit est fréquenté par les hommes bleus, les Touaregs, de passage après de longues traversées du Sahara. Non je déconne. Cela démontre
juste que les touristes que tu croises ici sont le plus souvent à dos de cheval ou de dromadaire. Pas l'ombre d'une méharée par ici, et d'ailleurs, peu d'ombre. Un magnifique garçon ultra bronzé, me poursuit un peu. « Jolie Jaquette » m'avait-il abordé, dans la ville. Puis, il me repère sur la plage, « eh ! Tu me reconnais ? ». Il loue des fauteuils en plastique, il me rassure, viens me voir, c'est gratuit pour toi, on discutera. Et moi je n'ai pas envie de discuter. J'étais au début de ma ballade, je lui dis d'accord, peut-être, au retour, et ce faisant je ne pouvais m'empêcher d'admirer son torse glabre et noir. J'ai continué de fantasmer ce garçon pendant la marche et au retour, en m'approchant des fauteuils verts dont il a la charge, j'avais la gaule. Mais je ne tenais pas plus que ça à subir de nouvelles avanies, et je l'aperçois de dos, draguant deux Européennes. Je passe mon chemin.

Trente-cinquième jour
J'arrive au niveau du port juste au moment des défilés. D'abord celui de L'UMT (Union Marocaine des Travailleurs), qui traîne derrière lui une centaine de militants sous la bannière du PC. L'ambiance est revendicative, sans violence, plutôt morose en fait, policiers et militaires disposés de part et d'autre. C'est le syndicat majoritaire chez les pêcheurs. Ils ont d'ailleurs un local sur le parking du port, où ils avaient élevé une tribune. Je n'y ai vu personne prendre la parole, mais ils donnaient à plein une sono à peine croyable, des airs d'accordéon grésillant dans les transistors, des interventions enregistrées tirées d'archives du PCF des années 50, on aurait dit que les 78 tours avaient repris du service. Un rassemblement plus populaire, en tout état de cause, que le défilé qui venait juste d'un peu plus loin, de la place Moulay Hassan, celui de l'UGTM (Union Générale des Travailleurs Marocains). Une grande blague, avec le portrait du roi en tête de cortège, et dedans des gens bien proprets, coiffés de casquettes blanches. Rappelons que le roi est un des plus gros employeurs du pays. Un air de ballade dominicale, ce cortège, pas loin de ce qu'avait voulu le maréchal Pétain lorsqu'en rendant ce jour chômé, il avait voulu récupérer l'événement. Enfin, même si les apparences ne jouent pas en faveur de l'UGTM, n'accusons personne ici de pétainisme.

mercredi 30 janvier 2013

Mes carnets du Maroc (59)

Trente-quatrième jour
Retour sur la journée de lundi. Rien de révolutionnaire, sauf qu'à regarder de plus près, ce lundi tranquille me montre une petite évolution de ma façon d'être, quelque chose que je dois sans doute au voyage. Ce matin, sur la terrasse de l'hôtel, un couple de Polonais, qui n'est finalement pas resté, j'ai entamé une conversation agréable, en anglais, avec la sémillante jeune femme, tandis que son mec disputait ferme les prix avec le jeune réceptionniste – un que je ne connaissais pas. J'ai ensuite passé un moment avec Mohammed, le marqueteur à la mâchoire qui sort de sa bouche, avec des chicots pourris que c'est un bonheur de le voir sourire toute la journée. Il fait deux dessins différents sur des morceaux de loupe de thuya, dans lesquels il insère des fils d'aluminium : « moins cher que l'argent, et ça oxyde pas », me dit-il, plus à l'aise avec le français que je ne l'avais soupçonné. J'ai l'impression d'un travail soigné, mais elles sont quand même bien moches ces petites boîtes rondes, polies et brillantes, qui s'alignent sur les étagères du placard où il bosse. Non loin, dans une des rues centrales de la médina, je me suis laissé aller à répondre à un jeune commerçant complètement bourré. Très efféminé, gracile, du khôl sous les yeux. Yacine. Il me raconte qu'il est du sud, de Zagora. Il est ici pour vendre des objets pendant la saison touristique. Qu'ensuite il rentrera au bled, dans sa tribu. Les mecs ils doivent bien rigoler, tout de même. Saïd, qui me croise en pleine conversation, me raconte ensuite la vie de Yacine, qui d'ailleurs ne savait plus très bien, au moment de se quitter, s'il s'était présenté sous ce nom, ou sous celui de sa boutique, Mohammed... Ce garçon, Yacine, donc, est bien né dans le sud, mais dans la région immédiate de Marrakech. Et il vit à Essaouira toute l'année, où il est entretenu à distance par une Française amoureuse. Il a vingt-quatre ans, il est bourré à la mahia tous les jours. Il semble que l'alcool soit un problème virulent dans la jeunesse marocaine et ce n'est vraiment pas la première fois que je m'en rends compte. À l'hôtel, j'ai débuté aussi une conversation avec un Turc de Paris, nous avions fait presque le même voyage, mais pas du tout ouvert, méfiant, il ne m'a adressé la parole que contraint par la situation. Sûrement un espion turc qui craignait que je ne le découvre. Il devait avoir les boules de tomber sur un type comme moi, c'est évident que je lui aurais tiré les vers du nez. Quel connard. En couple, donc fermé. Bon, quant à moi, je lui avais adressé la parole, ce qui n'est pas dans mes habitudes, alors je suis fier. Mon voisin de chambre, un Allemand, écrivait des impressions dans un carnet, sur la terrasse, hier soir, enfin, je veux dire, ce lundi soir. Nous avons communiqué en allemand, j'adore, mais j'ai quand même beaucoup de mal, il faudrait vivre un temps à Berlin pour parler couramment.

(Retour au) Trente-cinquième jour
Je n'ai pas changé de caractère, je crois que je vis les événements, ou plutôt cette suite de non-événements qu'est la fin de ce voyage, de façon plus naturelle, plus habituelle. Ce qui est un des buts du voyage, paradoxalement. S'étonner d'un endroit, se dépayser, avec pourtant l'ambition de l'apprivoiser. Quand je quitte l'hôtel, matin, je salue Kabir le gérant de nuit avec la brume du sommeil qui lui voile les yeux, et non point le regard, j'offre un joyeux bonjour à Kabir le menuisier, né, comme l'autre, le jour de l'Aïd, puis Mohammed, qui n'est que sourire, Saïd, mon poteau, et aussi le musicien qui joue si bien de l'Oud, et encore une jeune femme, quand je l'aperçois sur le seuil de sa maison, charmante voisine voilée de mon copain marchand de tapis.

jeudi 24 janvier 2013

Mes carnets du Maroc (58)

Trente-quatrième jour
J'ai écrit un petit mot pour Martine et Pascal. Mais qui sont donc ces gens. Deux Lyonnais, me dit-on. Qui ont envoyé des objets à des jeunes hommes du désert. « Bonjour, tu es Français ? De quelle tribu ? » Brahim et Jamel, que je sois de Lyon, cela semble les éclater. « Comme nos amis ! ». Martine et Pascal leur a envoyé des objets, je ne sais quoi, peut-être des médicaments, ils cherchaient à les remercier et ne savaient pas écrire. J'ai donc, sous la dictée de Brahim, écrit, une lettre à ce couple de Lyonnais, pendant que le très charmant garçon me déballait toute une partie de sa marchandise. Oui de sa marchandise, au sens propre. Pendant que Jamel faisait le thé. Très heureux de la lettre, ils m'invitent ensuite à une fête, ils y joueront de la musique et boiront bière et mahia jusqu'à plus soif. « J'aime beaucoup ton t-shirt, si tu veux le troc ? » « Ou si tu as paracétamol ». Alors pour les médicaments, j'ai promis de regarder, je dois en avoir dans ma trousse de toilette. Pour la mahia, j'ai été tenté, mais, Brahim, est-ce que je n'aurais pas la tentation de te sauter dessus, sous l'effet désinhibant de l'alcool de figue locale. C'est un risque que je ne veux pas prendre.
Trente-quatrième jour
Je n'arrive pas à lâcher ce petit vendeur de plein de trucs, et notamment des tapis. Saïd est un bien triste Monsieur, très seul, peu estimé, ce me semble, dans sa rue et son quartier. Les touristes achètent parfois chez lui, mais souvent, de son propre aveu, par compassion. Je suis d'ailleurs en train de réfléchir à l'achat de deux ou trois tapis, ce qui me mènerait un peu loin, au niveau des dépenses, mais voilà, je me dis que je dois des petits cadeaux à ma mère, à ma soeur, et je me verrais bien aussi employer un tapis pour tête de lit, chez moi, pour me changer de ce mur froid (et moche). Pourtant, Saïd est plein de ressources, vraiment pas bête, au courant à peu près de la marche du monde, grâce à la télé, grâce à son sens du contact, discret et amical. Un bonhomme, je crois, Saïd. Il m'emmène faire des courses, les souks où il navigue sans la plus petite hésitation – mais le contraire eu été surprenant, n'est-ce pas. Puis nous passons dans son café berbère, plus animé que la dernière fois, peuplé de vieux, de petits garçons et de jeunes hommes. Hichem, le plus désirable de tous, et de très loin, est l'homme à tout faire, ici, et par exemple, c'est à lui que Saïd confie nos courses. Ensuite nous allons boire une bière, achetée dans un boui-boui suragité. Un des rares à vendre de la l'alcool, probablement le seul, en fait, à des kilomètres, et nous y allons au moment de la cohue de fermeture. Des petits taxis larguent leur clientèle devant la porte, un jeune homme costaud règle la queue devant le magasin, sauf qu'à l'intérieur, c'est encore la guerre pour s'imposer et commander. Saïd a cette force, il ne se fait pas remarquer, sitôt entré, il se faufile et réussit à commander, deux pils. Que nous allons siroter dans un jardin au pied du rempart, un endroit sympathique et calme, envahi de poubelles. Nos canettes et sacs plastiques vont d'ailleurs s'ajouter à ce grand n'importe quoi, Saïd m'assurant que « quelqu'un va ramasser », ce qui n'est pas le plus probable, mais je me satisfais de cette réponse. De toute façon, je ne connais pas de poubelle à Essaouira, et même nulle part au Maroc. Où suis-je tombé sur des poubelles publiques, j'ai l'image de poubelles, quelque part... peut-être à Marrakech. Je n'ai jamais su quoi faire de mes emballages, détritus, je me suis fais des sacs plastiques que j'ai laissé, chaque fois, dans ma chambre d'hôtel en partant. Avec Saïd, nous sommes donc retournés au café berbère, ou nous avons bu un thé fumé, je n'aime décidément pas, en attendant le tajine concocté par Hichem. Et ce Tajine est sans doute le meilleur que j'ai mangé, à égalité avec celui de Khadija. Un truc que j'ignorais, c'est que ce plat se déguste sans couvert, tu ramasses la nourriture avec le pain, et shloumpf, le tout dans la bouche. Patates, zitounes, poulet, oignons, tomates persil, mélange d'épices signé de l'épicier du souk : mélange poulet, puisque les épices, ici, ne sont pas des variables à la disposition créative des cuistots, ils sont immuables et maîtrisé à la perfection par les épiciers. Nous avons donc mangé ici, en matant un film que j'avais déjà vu et que du coup j'ai compris, une histoire de fin du monde avec Nicolas Cage. J'ai payé 20 dh à Hichem, 15 dh le poulet, le reste c'est Saïd, dans les 15 dh aussi. 50 dh pour deux, un tajine excellent et généreux, un thé, et la vision merveilleuse du cuistot. Record battu, et d'assez loin.

Trente-cinquième jour
Mardi matin à Essaouira. Jeudi, Marrakech, Vendredi, Lyon. Hier, au moment de se coucher, m'est venu sans prévenir cette réflexion, « c'était un beau voyage ». C'est une façon, je crois, de commencer la digestion. De chercher une conclusion heureuse.

lundi 14 janvier 2013

Mes carnets du Maroc (57)

Trente-cinquième jour
Les jours défilent. J'ai eu plusieurs fois le sentiment qu'ils se traînaient et puis, cette fois, ils fuient. Place de l'Horloge, à l'ombre d'un énorme caoutchouc. Aujourd'hui je pense à Hadrien C, ce n'est pas normal, je ne devrais pas. Il y a quelques jours, un inconnu a demandé à être mon « ami » sur Facebook. J'ai accepté en pensant bizarrement qu'il devait s'agir du garçon rencontré à Tanger.
Je regarde le profil une fois que j'ai accepté l'invitation. Je me rends compte très vite que ce profil vient d'être créé et que les deux ou trois actions de celui qui se cache derrière sont à l'évidence signées Hadrien C. Je lui ai mis un vent, le voilà qui revient avec le printemps. Et aujourd'hui je pense à sa présence physique, qui me manque. Un très joli spécimen, dont l'aura me captiva sur la plage, excitant mon imagination, soudain me parut sans intérêt, fade, en comparaison d'Hadrien C, dont l'idée s'imposa, crue telle une image, aussi brutale qu'un souvenir, bandante et sublime comme son cul. « Les sentiments c'est quelque chose de très profond » a-t-il  bêtement répondu à un « statut » Facebook. Les sentiments, ça sent racine, oserais-je, ça sent même plutôt le moisi. Le désir, qui me semblait si lointain, soudain lance à nouveau ses hyphes dans ma pensée, dans mon ventre. Dans ma pansée. Panser à Hadrien C., il y a quelque chose en moi qui branle, panser à Hadrien C nu, ça s'écroule. Toute construction interne se délite, comme si tout ne pouvait tenir ensemble que si je fais l'amour à Hadrien C. 


lundi 7 janvier 2013

Mes carnets du Maroc (56)

Trente-quatrième jour
Pas de motivation, aujourd'hui, surtout que j'ai le crâne chauve mouillé par une belle averse. Un moment à regarder des jeunes footballeurs sur la plage, deux ou trois moments cocasses. Le mec que tout le monde interpelait, « Oh Aziz ! », « Aziz, Aziz ! », je peux pas dire, ça me collait le sourire. Le chien qui se balade et qui s'arrête le temps d'un pipi sur la cage, où sont posés les vêtements des garçons, pendant qu'ils se focalisent sur l'action. Le type qui enlève sa chasuble, puis qui joue une phase de jeu avec son vêtement dans la main. Puis il enlève son tricot de corps, découvrant un torse fin et nerveux, et soudain le ballon lui revient, il fonce vers le but, balle au pied, la chasuble dans une main, le marcel dans l'autre. Des musiciens sont passés alors que je sirotais mon thé, ils font la tournée des terrasses, trois fois que je les entends, ces quatre vieux, ils font le spectacle, toujours le même morceau mais ils ne sont pas mauvais du tout. Et ensuite, la pluie.

Trente quatrième jour
La libido. C'est quelque chose que ce truc. Mais qu'est-ce. Pourquoi soudain m'envahit-elle à nouveau. Pourquoi je repère autour de moi tous ces petits culs perchés, les poitrines des garçons, fenêtres ouvertes, les larges sourires ou les airs sombres. Au Dar Saltane, la douceur d'apparence et la voix du serveur me troublent. Hier, dans ce salon de thé caché des touristes, sommet de glauque, le serveur d'une indicible et vulgaire beauté, se chamaillait, avec de grands rires, et un ami à lui très taquin. J'avais bien des difficultés à me concentrer sur mon copain marchand de tapis, Saïd. Qui me paraît seul et triste. A l'image de cet endroit sans fenêtre, qui recevait très mal la télévision, sous une lumière blafarde et des murs en zellige bleue. Nous sirotions un thé à la menthe sur des tables de plastique déjà anciennes, branlantes, on aurait dit des imitations de table. Sept dirhams les deux thés. Saïd veut me faire un tajine, ce soir. Rendez-vous à 19 h, dans la rue de mon hôtel. Un peu peur du poisson bourré d’arêtes, c'est leur truc, les Marocains, de Tanger à Essaouira, le poisson grillé, ou en tajine, qu'ils mangent avec les doigts. Ils s'en régalent, les mufles, et moi je ne peux qu'admirer de loin, leur joie. Pour me venger, faudrait qu'ils me voient gloutonner un bon saucisson de Lyon truffé, ou, ah, oui, cette assiette de cochonnailles chaudes au comptoir du vin, accompagné d'un bon verre de côte.


dimanche 23 décembre 2012

Mes carnets du Maroc (55)

Trente-deuxième jour
La cité de Mogador inspire la nostalgie. Parfait pour la conclusion d'un voyage. J'entrevois des possibilités de discussion avec des gens. Le réceptionniste, dont l'apparence d'ultra religieux ne m'inspire pas que du dégoût. C'est un jeune homme accorte, qui espère me voir rester parce qu'il n'est pas certain d'être payé, s'il n'y a pas assez de clients. Je crois qu'il aimerait bavarder. Tout à l'heure il m'a invité à boire le thé, moi je ne voulais que m'allonger un temps. Devant la porte de l'hôtel, il m'a présenté à un menuisier édenté : « lui c'est un vrai habitant d'Essaouira, un vrai Souiri ». Et le menuisier de se mettre à ricaner, « lui campagne campagne ». Je ne suis pas sûr de comprendre, alors il imite le bruit du pas de l'âne, et ce geste de la main du paysan qui mène la bête, juché sur elle, avec sa baguette. Il a un bon rire, l'artisan, et j'éclate de rire à mon tour. Le jeune Religieux répond c'est du racisme ça, qu'est-ce que tu as contre les gens de la campagne, c'est nous qui donnons à manger aux gens. Toujours l'humour taquin des Marocains.
Dans la rue, un autre artisan, avec une gueule bizarre, la mâchoire semblant vouloir se détacher de son visage. Il éprouve d'ailleurs apparemment des difficultés pour parler. Dans son espèce de placard, il fabrique des petits objets de marquèterie en thuya. Il m'a montré une photo de lui pendant son apprentissage, en 1982. Un très beau jeune homme de quatorze, quinze ans. Putain. Ce que le temps nous fait. Il connaît deux ou trois mots de français, je ne sais si nous pourrions avoir une discussion. Et puis son objectif est sans doute de me vendre une boîte. Toujours dans la même rue, il y a un marchand de tapis qui m'a abordé en passant, je lui ai dit que je n'étais pas intéressé. Et quand même, comme tout se disait dans la bonne humeur, lorsque je suis repassé, il était en train de fermer boutique, nous avons échangés de nouveau. J'ai pu lui dire que s'il éprouvait des difficultés à lier amitié avec des Français, j'en avais beaucoup quant à moi avec les Marocains. Ah bon ? Oui, ils croient tous que je suis riche, il n'y a donc pas moyen d'avoir une discussion sans qu'à la fin on me demande de l'argent. Ah bon ? Oui, à un moment ou à un autre, le Marocain va tenter de me vendre quelque chose. « Ah ! Vendre ! Pas faire la manche. Vendre, acheter, c'est pas pareil, c'est la vie ». Mais il a fermé boutique, cette fois, donc, je le quitte, et il me lance, passe-donc, moi, je ne te demanderai pas d'argent.

Trente-troisième jour
Pas d'eau, pas d'eau. C'est la première fois depuis que je suis au Maroc. Andy m'a révélé qu'il y avait eu deux coupures d'eau pendant mon séjour chez lui à Aït Benhaddou. Mais il avait prévu la chose dès la construction de sa maison en faisant enfouir deux citernes de béton hydrofuge de huit et deux tonnes. Il y avait même adjoint des filtres achetés à Montpellier afin que l'eau soit vraiment potable pour tout le monde. J'espère prendre une douche, ce soir, en attendant je me suis aspergé de parfum, non que ce soit utile, je ne pue pas encore, mais en souvenir de mon voyage dans l'Europe de l'est à peine libérée de la tutelle soviétique, où je refusais les douches froides, et plus encore les douches collectives. Du coup,à l'époque, j'ai passé cinq ou six jours sans me laver. Je m'aspergeais de déodorant (eau sauvage d'Hermès tout de même) et j'appelais ça ma douche.

Trente-troisième jour
Journée sereine, sans trop de pression. J'attends le départ, peut-être, comme s'il n'y avait plus d'enjeu. Me laissant porter, j'ai rencontré Bertrand, un Breton de Paris, à la pâtisserie Chez Driss où j'ai pris mon petit-déjeuner. J'ai revu le port, j'ai lu Don Quichotte et j'ai rit tout seul au milieu de la plage. J'ai croisé le petit marchand de tapis qui fermait boutique et nous sommes allé tout deux boire un thé. Dans un endroit bien caché des touristes. Et le quittant, à proximité de nos deux habitations, le gros qui m'alpague chaque fois que je passe devant son restaurant, m'aperçoit et je n'ai pas la force de refuser. J'entre, je commande un tajine qui s'avère très bon, pour 30 dh, et deux musiciens gaouas sont installés à côté de moi. Ils se mettent à jouer. Le gros est en joie. Moi aussi. En fait, l'endroit a une âme, il est animé, par la bienveillance et la bonne humeur de ce jeune Monsieur. Et voilà qu'il chante, et une fois que les musiciens se sont tus, il hèle en anglais, en espagnol, avec un sourire souiri, les derniers touristes perdus. Les musiciens reprennent des airs entraînants et le voilà qui danse.

vendredi 21 décembre 2012

Mes carnets du Maroc (54)

Trente deuxième jour
Je rentre dans une semaine. Ça me paraît tôt.
Il ne faut pas anticiper, Ouam.
Savoir garder l'esprit occupé par l'espace qui se découvre, en ce moment, à lui. Et peut-être aux rencontres, aux esprits qui feraient le même effort, ou la même absence d'effort. Pour l'instant j'erre dans la médina d'Essaouira. Les commerçants te sollicitent, comme un peu partout, mais sans agression. La proximité de l'océan apporte des odeurs, ce fond sonore régulier, et les gabions veillent sur les toits. J'ai fait un tour au port, j'avais aperçu les chalutiers rentrer une heure ou deux avant, l'agitation était encore à son comble, d'autant qu'un bateau partait. Je cherchais un endroit ou me poser pour admirer tout ça, ne trouvant pas, je me suis à nouveau enfoncé dans les venelles terreuse et achalandées de la médina, j'ai fait un tour sur les remparts hérissés de canons fabriqués à Barcelone en 1781. C'est à cet endroit que j'ai rerpéré une ou deux terrasses de restaurant, et j'avais faim, il se trouve. Mais j'ai résisté, j'ai cherché et trouvé mon hôtel ou j'ai dormi quelque heure. Mais le premier réflex, au réveil, je suis allé sur une de ces terrasses. Et voilà l'histoire du jour.

Rien n'égale en beauté, en sérénité, pour l'instant, ce moment au café Hafa, à Tanger, les guêpes s'acharnant sur les restes sucrés de mon thé à la menthe, le détroit juste en face. J'attends de vivre une inoubliable seconde encore, avant la France. Je dois fixer l'horizon, laisser blanchir et s'enrager l'océan sur les récifs entourant Essaouira. Ce soir, un ciel parisien sur la plage, l'Atlantique semble calme, sauf un moutonnement régulier, au large. Un escadron de mouettes grisâtres plane au-dessus de ma tête et l'une d'elle se met à courser un albatros. Le pauvre et grand oiseau des mers a une plume de travers, et c'est à croire que c'est ce qui lui est reproché, sa mauvaise tenue. Entre le port et la plage, des nués d'oiseaux, je ne sais s'ils cherchent tous de la nourriture. Cela n'empêche d'ailleurs pas le plaisir de se laisser porter ainsi par la bourrasque. J'ai trouvé une terrasse intéressante, un muret pour les pieds, que vient lécher l'eau. Un thé à la menthe pour me réchauffer. Ce thé m'est comme un compagnon maintenant. Il me manquera.


lundi 17 décembre 2012

Mes carnets du Maroc (53)

Trente-et-unième jour
Tout est mouillé. Le coussin sur lequel je suis assis, la table, sont poisseux. Et ma chambre sent l'humidité. Je suis sur la terrasse, face à la lune, dont la lumière frappe une volée de flèches argentines. Un albatros lâche son cri de grosse mouette et le vent, qui pourtant me nourrit d'un souffle de large et m'oblige à me couvrir, ne contrarie pas sa course. L'océan qui s'éclate à quelques mètres, en lignes blanches successives, s'approchent en hurlant des remparts d'Essaouira.

Trente-et-unième jour
Le quatrième mur de ma chambre est une baie vitrée sur l'océan. Une terrasse presque privative, tout simplement parce que je suis seul à l'étage. Il y aura probablement du passage, sinon, dans la semaine. Une jolie chambre avec des carreaux en terre cuite, un plafond de bois à l'ancienne. Des poutres maîtresses par deux, des troncs polis. Des linteaux, toujours par deux, branches principales. Puis une multitude de bâtons, à l'image du treillage de roseau d'Aït Benhaddou. Le tout repeint avec un goût douteux, le même vernis que celui d'un chalet sur ma montagne, en Savoie. Le lavabo est en terre cuite, avec des motifs, tel un vase, soutenu par une pierre polie. La douche est italienne. Et si le luminaire part un peu en lambeaux, au moins, il y a une lampe de chevet. « Les Marocains ils ne comprennent pas les Européens ils veulent lire avant de dormir, ja, et consulter leur guide, c'est normal, et les Marocains ils disent non non non, pas dépenser 3 dh pour ça ». L'indignation d'Andy, son accent proverbial, son outrance, sonnent encore à mes oreilles. J'ai quitté Aït Benhaddou avec émotion ce matin. Simon me disait viens vivre ici, je te trouve un terrain, une femme, la vie sera paisible et on sera voisins. Ils se sont bien occupé de moi, pour que j'obtienne un taxi, et Khadija me faisait tu devrais rester encore, j'ai acheté du poisson. Je n'ai pas vu la mignonne Maria, je lui aurais bien dit au revoir, un petit bisou.


dimanche 16 décembre 2012

Mes carnets du Maroc (52)

Trentième jour
Instructive discussion du matin. Andy évoque la jeune femme noire, car pour être sombre de peau, elle l'est. Elle descend des esclaves noirs de la région qu'on appelait les Haratines. C'est un mot qui est dérivé de Hams, « cinq », et qui exprime la fraction un cinquième. Il faut s'imaginer que le grand' père de la femme qui ne cesse de me mater depuis quelques jours était le Haratine du grand' père de Khadija. L'esclave. L'aide apportée par cette jeune femme et par l'ensemble des membres de sa famille, que ce soit ici à Tigami Khadija (« la maison de Khadija ») ou dans la maison que j'ai visitée hier, n'est, en conséquence, pas salariée. Mon hôte autrichien baisse le ton pour me révéler que les relations entre les deux familles perdurent, non plus tout à fait de maître à esclave, mais dans leurs rapports économiques. Le terrain cultivé par les descendants des Haratines appartient aux descendants de leurs maîtres. Il y a donc chaque année une fête du partage des récoltes, comme du temps de l'esclavage. Quatre mesures pour les propriétaires. Une pour les Noirs. Un cinquième, exactement ce que les Haratines touchaient lorsqu'ils étaient esclaves. Les femmes noires participent aux tâches réservées aux femmes dans la maison des propriétaires, les hommes cultivent, sans autre salaire que ce partage annuel. Je sens bien qu'en me soufflant cette histoire, Andy est révolté, honteux. Ce matin, il avait envie de vider sa besace. Le rapport des Marocains avec l'argent et le travail l'exaspère, lui qui fait construire sa maison depuis près de neuf ans. Un exemple. Un ouvrier qui se faisait payer 100 dirhams par jour, Andy lui propose de le payer 130 dh brut s'il veut la sécurité sociale, donc avec une cotisation retraite et une cotisation maladie. Hors de question pour l'ouvrier, car en net, il passait à 80 dh. « Non il veut l'argent tout de suite, il ne pense pas à l'avenir, il veut l'argent » Répète Andy. Bien sûr, si le système d'assurance n'est pas généralisé dans le pays, on peut comprendre l'ouvrier en question qui a pu se demander si on ne voulait pas l'enfumer. Mais c'est une constatation que j'ai été obligé de faire aussi, le Marocain veut l'argent. « Il veut autant d'argent qu'un Européen, mais il veut pas travailler comme un Européen, c'est problème, ça ». Les horaires de présence, les exigences des clients, les finitions... tout semble compliqué à obtenir. Andy me raconte qu'il accueillait un couple de pompiers nîmois depuis trois ans quand il les a confié à un guide du coin. Celui-ci avait une course à faire dans un village, alors il a voulu changer l'itinéraire prévu avec les pompiers. Ceux-ci ne se sont pas laissé emmener, exigeant que soit respecté leur contrat. Le guide est parti au village qu'il espérait rejoindre en les plantant au beau milieu de la montagne. Andy est allé récupérer les clients, il lui a fallu deux jours. Autant dire qu'on ne voit plus la queue d'un pompier nîmois ici. Ce qui est regrettable. « Si tu as besoin de matériel de construction, tu dois loué un pick up. Seulement aujourd'hui il y a des contrôles routiers pour vérifier que tu as la vignette et une assurance. Les Marocains ils refusent de payer, donc, plus de pick up ! ». Et lorsque tu réussis à en avoir un, on t'oblige à accepter les services d'un chauffeur qui se contente de conduire et ne bouge pas le petit doigt pour t'aider. Tu dois donc embaucher deux gars à Ouarzazate, et deux autres à Aït Benhaddou. Ensuite, tu dois les payer chacun son tour. Hors de question de demander à l'un de payer les autres avec ce que tu lui donnes. Il prendrait l'argent et ne le partagerait pas. Si tu ne payes pas tout de suite, et c'est valable pour le maçon par exemple, ils seront devant chez toi tous les jours jusqu'à ce que tu payes. « Si c'était parce qu'ils en ont besoin pour nourrir leur famille... mais non non non ! » s'insurge-t-il encore. « Combien vont boire l'argent et ensuite leur femme vient à la maison demander la farine un peu ». « Et la femme il vient chez toi parce que tu es Européen, donc riche ! ». « Ils vont boire la Maïa » (l'eau de vie de figue). Andy, cela fait trente-cinq ans qu'il connaît ce bled, et il y a encore des gens qui croient qu'il est riche.
Andy continue : « Les femmes elles aiment bien venir ici, elles m'aiment bien, tu sais pourquoi ? » J'ai peur de deviner, car je commence à sentir un peu ce qui se passe, dans les familles. Il y a deux ans, il s'est battu avec un frère de sa femme qui venait de lever la main sur une de leurs soeurs, et qui proclamait « J'aime taper sur ma sœur et sur ma femme ». « Casser mes lunettes, ja ». « Plus venu depuis, le frère, plus venu, ça, non ».
Alors qu'il me racontait tout cela une femme est entrée, une voisine proche, et comme Khadija était au souk, il l'a congédiée rapidement. « Cette femme, beurk », me fait-il, armé d'une vilaine grimace. C'est une femme qui s'invite dans la cuisine de Khadija et sa sœur et lorsqu'elle aperçoit Andy elle donne ses ordres, faites le thé pour Andy, demandez-lui ce qu'il veut manger ce soir... En gros elle vient mettre la pression de la tradition sur les femmes de la maison. « J'aime pas cette femme », et son ton trainant et dégoûté ne laisse pas de doute à ce sujet. 

jeudi 13 décembre 2012

Mes carnets du Maroc (51)

Trentième jour
Au seizième jour, j'en étais à 6100 dh de dépense. À quoi s'ajoute, depuis :

Fès 
hôtel 150 x 2
bouffe 200
visite 50

Méknès : hôtel 100 x 2
bouffe 150
voyage 100

Marrakech 
hôtel 250 x 2 + 150
bouffe 250
Arnakech 350
voyage 100

Ouarzazate 
hôtel 200
bouffe 25
voyage 80

Aït Benhaddou : 
hôtel et bouffe : 150 x 4
voyage 200

Pressing 75 + 30 (Marrakech et Aït Benhaddou)

Tiens, j'ai oublié deux nuits à Chef Chaouen.

Chef Chaouen : 
hôtel 120 x 2
bouffe 200

Dépenses depuis le seizième jour : 3990 dh. Bon ce qui me mène à environ 10000 dh de dépenses totales depuis le premier jour, voyage aller retour en avion compris. Dans les neuf cent et quelques euros, j'arrondis à 1000. Je suis dans les temps, et ceci sans vraiment faire gaffe. L'idéal serait maintenant de ne pas dépenser plus de 3000 dh maintenant, jusqu'à la fin du voyage. 300 dh par jour, c'est faisable.

Trentième jour
Ce matin pas de pain au petit déjeuner. A la place, un tas de petits beignets bombés que Khadija appelle « des cripes berbères ». Ce sont en fait des carrés de pâte qui ont gonflés dans l'huile bouillante. Ce qui donne des espèces de poches vides dans lesquelles tu fourres de la confiture ou de l'amelou. Pas mal, mais un abeugras.
Je remarque que la super copine de Khadija, une belle femme à la peau très brune, « du village d'à côté » me la présentait mon hôtesse avant-hier, ne cesse de me regarder. Depuis plusieurs jours. Ce serait sûrement une solution pour mes problème de ménage, chez moi. Pourtant je sens que le mariage avec elle ne serait pas une bonne idée. Cela lui ferait sans doute perdre son flambant sourire, et ne devrait pas faire renaître le mien.

jeudi 6 décembre 2012

Mes carnets du Maroc (50)

Vingt-neuvième jour
Rencontre avec une petite fille de 3 ans. Au départ, nous échangeons des gestes, et déjà elle fait retentir son rire coquin. Et puis j'apprends que cette si jolie gamine est la fille de Khadija et Andy. Alors je recommence en allemand : Wie heisst du ? Elle s'appelle Maria, et nous allons jouer pendant des heures, avec mon stylo, puis avec une orange. Et tout à l'heure, Khadija m'invite chez ses parents, et nous allons y aller avec Maria. Cette môme me fusille en me prenant par la main, et m'achève, ensuite, en me sautant dans les bras.

Vingt-neuvième jour
Je visite ainsi une maison immense, traditionnelle, en pleine rénovation. D'abord j'entre par les enclos. La famille entretient un modeste troupeau de vaches, dont je m'aperçois que toutes ont vêlé. Dans deux enclos des brebis et des moutons, cinq ou six bêtes, pas d'avantage, ailleurs un clapier plein de lapinots, avec leur mère, et des poules caquètent ici et là. Nous passons une porte et c'est la maison proprement dite. Cela me rappelle les récits de Coraline, lorsque sa grand' mère vivait calle Los Campos, et d'ailleurs, dans cette même rue de Vega, il y a encore deux ans, un vieil homme adorable vivait de cette façon, à côté de sa vache, de ses poules, de son clapier. Ce qui va une nouvelle fois me rappeler l'Espagne, c'est la cuisine, celle que Khadija « l'ancienne cuisine », avec sa cheminée. Enorme, elle prend peut-être 20 % de la surface, et dessous, deux fours à pain dont on me montre le fonctionnement. Je découvre ainsi que chaque matin, le pain que je mange encore chaud est fait ici. Je me disais bien qu'il était délicieux. Ce sont deux fours en terre, chauffés au feu de bois. L'un d'eux est classique, on enfourne la pâte grâce à une pelle en bois, un peu à la manière des pizzaïolos. Le deuxième fait un pain différent, je crois que c'est celui qui lève le plus, il est moins brûlé. Ce four est surmonté d'un plat en terre cuite, qui est chauffé à rouge avant qu'y soit coulé la pâte à pain. Quand le pain est cuit, on verse un peu d'eau pour le décoller de son moule. Il y a bien, donc, une cuisine moderne, qui commence à faire son âge et des escaliers en ciment, tout neufs il me semble, mènent à l'étage. Et là c'est une enfilade de chambres en construction. « Mais... vous voulez accueillir des touristes ici ? » demandé-je avec je dois dire beaucoup de candeur. « Non, tu sais, la famille... » me répond Khadija. Elle a un frère à Paris, une sœur à Leipzig et d'autres sont restés au Maroc, bien sûr, « alors il faut pour tout le monde ». Elle me précise un peu plus tard qu'elle a eu un terrain de ses parents pour construire cette maison où elle m'a accueillit, que ses frères et sœurs ont eu des morceaux de la maison de famille, dans le Qsar, mais que ce sera plus simple quand toute la famille pourra se réunir de ce côté de l'oued Mella, l'oued salé, dont les crues, souvent, coupent le vieux village du nouveau. Une volée d'escaliers plus haut est une des plus belles vues du village, sur le Qsar, l'oued, les montagnes, une splendeur que ne cesse d'admirer le père, dans son fauteuil roulant, toute la journée. Nous redescendons, Yalla, et elle me montre le tout nouveau salon, qui vient d'être terminé, et elle n'est pas peu fière. Elle a raison. Les plafonds sont ornés de motifs sculptés dans le stuc, un travail d'une finesse étonnante, pas très loin de la surcharge, sauf que non, c'est un salon marocain, entouré de banquettes bleues, agrémentées de coussins confortables, et dont l'impression générale se partage entre le luxe des décors et la simplicité du mobilier. J'ai vu de nombreuses imitations, au Maroc, dans des restaurants pour touristes, en particulier, de ses ornements, dont les modèles sont à trouver dans les palais et, par exemple, dans la Medersa Bou Inania, à Fès, qui, en la matière, surpasse tout. Chez les parents de mon hôtesse, la vérité est que le travail des artisans est bien beau, réussi, à mon sens.