mercredi 23 décembre 2009
Pretty vacant ?
lundi 21 décembre 2009
La dame
vendredi 18 décembre 2009
Bull eye, Dubaï, L'avenue des grandes tours (7)



jeudi 17 décembre 2009
Bourge Dubaï (suite)
lundi 14 décembre 2009
samedi 12 décembre 2009
vendredi 11 décembre 2009
Bourge Dubaï (suite)
« Tu vois on parle de pouvoir d’achat, en France. Eh bien, me confie un expate humaniste, si l’on pouvait payer une jeune pakistanaise à faire le ménage, à s’occuper des enfants, à préparer les repas… au même prix qu’à Dubaï, il y a beaucoup de familles françaises qui en seraient bien soulagées. »
Et le même expate ajoute, devant mon ébahissement :
« En plus, trois cents euros mensuels, pour ces femmes, cela représente beaucoup d’argent, on les loge, hein, parce que quand même on n’est pas des sauvages, et du coup elles peuvent envoyer une bonne part de leur salaire à leurs familles restées au pays. »
jeudi 10 décembre 2009
mercredi 9 décembre 2009
Bourge Dubaï (suite)
Les expates habitent des quartiers clos. Leurs maisons blanches se recroquevillent autour de jardinets fleuris et d’une piscine qui, me dit-on, n’est pas utilisable l’été, tant il fait chaud. Le petit déjeunée sera classieux, n’en doute pas. Brunch, à l’anglaise, car Dubaï n’est autre qu’une colonie anglaise, il n’y a pas d’autre mot, et les commerces, regroupés en Malls, sont tous occidentaux. Carrouf, plein d’enseignes françaises, Paul pour le pain, Pimkie pour les putes, et des marques anglaises en veux-tu en voilà, par exemple, le petit super marché le plus proche qui ne vend que de la bouffe anglaise – pas toujours aussi dégueu, d’ailleurs, qu’on pourrait le croire. Les émiraties, dans leurs longs pyjamas blancs, lunettes noires, se comportent comme des colons, pleins de morgue, ils sortent de leurs immenses bagnoles, suivis, à quelques mètres, de leur bonne femme, des mômes et des servantes serviles à la peau noire. Celles-ci portent les courses et, surtout, ferment gentiment leur bouche, avec le sourire. Ce qui est frappant, outre la nauséeuse démarche de ces esclavagistes et leur racisme assumé, c’est leur absence totale de fierté, leur soumission au modèle économique européen et, en particulier, anglais. Même entre eux, tu peux le constater, les arabes d’ici ne parlent plus leur langue. Heureusement, cinq fois par jour, le chant du muezzin, amplifié par les plus parfaites sonos du monde, rappelle au touriste où il se trouve.
lundi 7 décembre 2009
dimanche 6 décembre 2009
Bourge Dubaï
vendredi 4 décembre 2009
Bull eye, Dubaï, Bourge Dubaï (2)
jeudi 3 décembre 2009
mardi 1 décembre 2009
Le peuple de l'herbe, Le peuple, de l'herbe
dimanche 22 novembre 2009
jeudi 19 novembre 2009
Oxbow, vie de merde
Il est retrouvé sur son trône, la porte grande ouverte. Le rouleau de papier toilette, accroché au mur de droite, est évidé. Ça lui caresse les fesses tellement il a jeté du papier toilette sous lui. Il ne dit rien, respire à peine. Sur le mur de gauche, l’affiche d’Oxbow baille sous sa tête penchée. Un carnet est retrouvé à deux mètres de lui, ouvert, froissé, déchiré. Vide. Quelqu’un décide de le rhabiller. Quelqu’un fait un café pour tout le monde. Quand on aura tiré la chasse d’eau, on remarquera le stylo feutre et même une feuille arrachée au carnet, illisible, flottant comme deux petites merdes un peu dures, entre deux eaux. Les voix humaines ne semblent pas lui parvenir. Son regard est fixe, las. Quelqu’un relève son pantalon, un autre le saisi par les aisselles, il est lourd, on range son sexe. On discute, on essaie de savoir ce qui s’est passé. On le porte jusqu’au salon. Qu’est-ce qui s’est passé ? Quelqu’un demande s’il faut refaire du café. Rien, merde.
mardi 17 novembre 2009
Tout seul
Tu vis tout seul, tu as des amis, beaucoup, ta femme te fait l’amour et tes enfants te sautent dessus, le soir, lorsque tu rentres du boulot. Tes collègues au bureau t’invitent à dîner, te savent aimables. Tu ne te laisses jamais déborder, tu n’acceptes pas qu’on s’installe à proximité, ce n’est pas faute d’aimer, je crois, mais voilà. Tu ne veux pas être débordé, c’est comme si tu te noyais dans l’autre, tu fais des gestes fous, tu souffles, tu cherches à remonter à la surface, à te libérer de l’autre. Tu es violent. Tu donnes le sentiment d’être violent et ta femme a peur de ça. J’ai peur de ça. Tu vas coucher les enfants et après tu bois ton café, mais tout ne se passe pas toujours comme tu veux, un enfant se lève, réclame un verre d’eau, ta femme te demande de l’aider, ou alors c’est un pote qui appelle, alors que toi, tu bois ton café. Je t’appelle. Tu ne réponds pas.
dimanche 15 novembre 2009
Burning Heads, Winter Family, Foire aux skis.
Oui ça me dit alors je dis oui. J'étais en train de me fringuer pour sortir un peu, fait froid mais bon. Je voulais aller à la foire aux skis, dans un magasin à côté. Maintenant j'hésite un peu plus, je fais un brin de ménage, je me dis que c'est aussi bien, que, de toute façon, il fallait ranger mon bureau. J'attends son coup de fil et il vient. Je veux dire, le coup de fil vient.
vendredi 13 novembre 2009
Un petit texte pour l'oeil chez Léo
je vous invite à télécharger ce petit texte de trois pages intitulé
Ouvrir l'œil.
Vous m'en direz des nouvelles.
mercredi 11 novembre 2009
Le Voyage (suite)
Surtout quelles odeurs a ce monde. Un fumet à l’image. Les hommes puent. Leurs ruelles empestent. Leurs usines, leurs automobiles. Les hommes suintent, suent, la chair s’avachit, chute, s’éteint, s’habille. Ça pue sous les immeubles de verre ou dans les troquets, dans les prisons ou les écoles. Le Dojo pue. Le jeune moine acidulé, l’enfant ensommeillé, la maraîchère impudique, le marchand de désert. Les hommes sont particules ou bactéries, pourritures. Les hommes pourrissent, sous le ciel, sous les turbans, sous les jupes. Ton odeur est ma maison.
mardi 10 novembre 2009
Une photographie de la chute du mur
J’ai un petit garçon gras la joue collée à la vitre arrière. Un couché de soleil, la route ronronnant sous lui, il s’arrime au sommeil. J’ai ce petit garçon, je peux dire que je suis amoureux de ce petit. Il est en train de se lover dans son rêve. Que rêve-t-il.
Je dois faire de la politique, je dois faire un discours, un grand discours, avec de la belle langue, je jure que je ferais tomber le mur, je veux que la chute du mur soit aussi la disparition des frontières. La France, Mesdames et Messieurs, ne dois plus avoir peur de l’Allemagne, nos peuples sont frères et, d’ailleurs, je propose que la langue allemande soit obligatoire dans toutes les écoles de France et, en contrepartie, le français dans toutes les écoles de la future Allemagne réunifiée.
Puis je ne sais plus bien quels arguments imparables ce petit garçon jetait dans la foule admirative pour satisfaire son fantasme de puissance. La force de son discours s’imposait au monde. Aux américains, aux russes, qui, chacun, pliaient bagages.
J'ai ce petit garçon, il rentre de vacances, il va faire nuit et peut-être, bientôt, la radio diffusera Le masque et la plume, ça va s'engueuler. Il s'écrase dans le sommeil et sur la vitre froide, plus si froide. La belle langue lui inspire de doux rêves.
vendredi 6 novembre 2009
Pornographie à l'iranienne
(un gamin) : "Je t'aime"
(l'autre) : "Moi aussi"
(l'homme à la cagoule verte) : "Tu la sens bien là"
(l'homme à la cagoule bleue) : "Mais vos gueules"
lundi 2 novembre 2009
Le concert d'Electric Electric
Ouam t'étais où hier espèce d'enfoiré ?
(Ouam)
oh putain j'ai été nul, j'ai cru que j'allais pouvoir embarquer du monde au Sonic alors pour ça je suis allé au Café fait sa broc, enfin je dis ça mais il fallait que j'y aille, récupérer mon panier de trucs bio qui me sert un peu trop souvent de composte, soit dit en passant, bref, alors, je me pointe au broc' et là, qu'est ce que je fais, je bois une bière, puis deux. Coralina me dit ah ouais, peut-être, c'est quoi Electric Electric, je lui dis c'est de la disco pour danser et tout et tout, hu hu, elle ne m'a pas trop cru parce que je lui ai dit en plus y'aura le Haz, bon. Puis elle dit mon mec il bosse encore, il va arriver, après on décidera, moi, ni une ni deux, je bois une seconde bière, offerte par Zingo, très alerte le Zingo, en ce moment. Puis une troisième et c'est là, ou alors non, à la quatrième bière que Xav' arrive, je lui dis ça te branche le Sonic, il me répond, attend, je bois une bière. Là ça devient critique, j'attaque une cinquième bière et je commence à avoir les résolutions qui ramollissent. Je tente une dernière fois, le Xav' n'a pas l'air chaud et la Coralina ben elle est bourrée.
J'ai payé ma tourne et j'ai pensé que j'avais été un peu nul, de ne pas être allé au Sonic.
bien résumé mec.
(Un certain Lionel)
Haha la vieille embuscade! Mais c'était tout prévu ça! Tu t'es fait avoir comme un bleu! ;)
(Ouam)
Ah ouais comme de la bleusaille militaire de base putain fait chier. Avant je suis allé au Bonheur des ogres, la librairie grande rue de Vaise à Vaise, même que j'ai failli me tromper en entrant chez Sacoches, une autre boutique dans la même rue mais qui ne vend aucun bouquin, des sacs, rien à voir. Ce soir-là, François Beaune venait papoter avec ses lecteurs, et c'est qu'il en a eu le bougre, des lecteurs, alors je me disais je vais me glisser discrétos dans la foule et ben non. Queue d'Al. Il y avait cinq ou six personnes quand j'ai pointé le nez, dont quatre de ma connaissance. Salut les mecs salut ouais, ouais. Comment ça roule, euh, j'arrive trop tard ou quoi. Alors j'ai eu des discussions sympas avec Fred Houdaer et Pierre Evrot, quelques échanges avec François qu'est beau putain et qui a trouvé mon caban bien classe. Puis donc. Alors euh, je suis parti au broc, en chemin j'ai laissé un ou deux messages à Coralina Picos.
La suite, tu la connais.
(Hazam)
tu devrais aller sur twitter voir si j'y suis et t'entrainer à laisser des commentaires moins longs
(Coralina Picos)
ouam il te laisse pas des commentaires, il t'écrit des bouquins.
(Hazam)
et en plus il est insomniaque, quelle idée
(Ouam)
Non mais c’était pour dire, quoi. Je serais bien allé au concert d'Electric Electric.
lundi 26 octobre 2009
PornoGraphie (Oh oui)
jeudi 22 octobre 2009
Sur le voyage
Si j’allonge mes pas, si je les multiplie, quel temps me donne-t-on, qui me le donne. Je marche et j’écris. Je créé. Je me construis le monde. Dans une ouverture des rêves – ici les règles de morale sont cassantes aussi bien qu’un schiste noir – les désirs s’épanouissent, éclatants tels d’absolus joyaux sur la peau.
La peau des pauvres luit de son sel et s’empourpre en giclant. Elle se marbre, s’illumine, puis, elle se fripe et grisonne et se creuse. Elle gonfle, parfois, elle se mouille, elle va tomber. Il n’y a pas de classe moyenne.
lundi 19 octobre 2009
Le voyage
Piocher dans la croûte, creuser la terre, tchac tchac, je creuse, je fouille, je veux savoir. Stop. Lécher lécher c’est du sel. Stop. Je veux savoir. Stop. J’ouvre. Stop. Le livre s’étale sous moi, je piétine le livre, j’ose. Stop. Je veux savoir. Stop. Qu’y plonger encore. Stop. La viande. Stop. Rouge. Stop. Des yeux m’enrobent. Stop. Un livre. Stop. Des yeux. Stop. Piocher dedans. Stop. Le voyage.
samedi 17 octobre 2009
vendredi 16 octobre 2009
mercredi 14 octobre 2009
Deuil (6)
Je je je, toujours. Il m’enquiquine ce je.
Je ne jouis d’une joute – je joue, je jute – qu’en enjôleuse compagnie.
Je m’ennuie sans lui.
Lui, lui, lui. Une exaltation passagère, une tendresse pesant sur un corps abandonné, des lèvres molles, nu sur nu, pas photo, nid halitueux. Je cherche un corps. Je je je cherche un corps. Devant moi le spectaculaire alignement de garçons morts et qui ne sont pas lui. Un, deux, trois, quatre, cinq, six… sexes sortis. Puis au fonds, lui. Peut-être.
- C’est lui ?
Je je je. Ne sais pas, madame la commissaire. Je voudrais qu’il soit. Lui. Mais confiant, souriant, aussi. Madame la commissaire, où est son visage, avez-vous retrouvé son visage ?
mercredi 7 octobre 2009
Devinette
« Tu es un animal ?
– Tu es froid
– Tu es un homme ?
– Tu tiédis
– Tu es une femme ?
– Froid
– Un mâle, quoi
– Oui »
Entre l’homme et l’animal ?
« Tu es un animal politique
– Brrrr c’est le pôle nord ici
– Un… Personnage dans un conte de fée ?
– Tu te réchauffes
– Un prince ? »
Charmant, souverain, sublime et aérien, le prince au tendre pied.
mardi 6 octobre 2009
dimanche 4 octobre 2009
mercredi 30 septembre 2009
Un poème porno
Je te veux nu débordant d’amertume et la bave asséchée
Je te veux humilié sans vertu sans sourire et le cul galbé offert
Je te veux empalé
Je te veux sur mon vît
Je te veux mort
Je te veux moi
Fondu en moi
Fondu de moi
Ton amour grandiloquent s’étouffant en prières
Grâce, grâce,
Tu demandes et ce faisant
Me lacère
Ramenant à toi, pour toi, ma chair
Grâce,
Tu me veux nu les forces qui me quittent
Tu me veux planté dans toi
Tu me veux pantois
Tu me veux mort
Tu me veux moi
Fondu en toi
Fondu de toi
Notre amour s’élevant dans l’air sure d’une chambre celée.
mardi 22 septembre 2009
Bières
Une dernière, une dernière, comme si ces deux mots pouvaient ne pas être définitivement inconciliables. Pas se fiche de ma gueule. Ah le doux oxymore. Je connais. Que personne ne me prenne pour un bleu, je connais l’engrenage. Une dernière, une derrière, et pas mal d’autres. C’est une question de logique. Celle que les copains appellent une dernière, c’est celle de la bascule, toujours, et paf, je fais la fermeture. C’est souvent la troisième, j’ai remarqué. Après la troisième, c’est pas de limite, c’est je me ruine. Le cantonnier, là, qui s’accroche à son verre comme à un manche à ballet, le nez bombé comme un pépin de poire, la peau lunaire, tâchée par le vin, son sourire, cratère hilare et jaune, n’est pas fin, et ses mains boudinées, sa gestuelle grossière agacent le voisinage. Un militaire en perdition, qui n’avait ja- ja- jamais navigué, titube entre deux tables au moment de payer, il n’a pas un rond ce débile, il a une gueule de débile ce militaire. Une tablée, au fond du rade, rit. J’y reconnais deux comédiennes charmantes, un peu prout prout, trop gentillettes à mon avis pour jouer les tragédiennes. Pauvres connes. Oui, pauvres connes, et ce n’est pas parce qu’elles sont connes, je tiens à dire, qu’il faut me traiter de misogyne. Je suis pédé ce n’est pas pareil. D’autant que leurs mecs, les deux beaux petits gars que je mate comme un garagiste, je veux dire comme un salaud alcoolique, n’ont pas l’air bien futés non plus. Pour eux, leur petite gueule, leur cul, et certainement d’autres trucs que je n’ai pas vus, j’ai peut-être quelque indulgence, mais c’est juste parce que je suis encore un poil trop benêt, je crois encore que je vais pouvoir, enfin, voyez, leur mettre. Je me tourne vers les copains.
« Une dernière, patron, aller »
lundi 14 septembre 2009
Christophe, chez ouam
J’ai beau, je suis beau, oui, là maintenant je suis beau et j’ai beau mater, admirer, ah mais pourquoi ton ventre, sur le mien, au-dessus, se durcissait ainsi, je regarde cet homme, son ventre plat, je sabote mes jours en ne pensant qu’à lui: que ripe sur mon palais d’or son gland sec, en souvenir ses cuisses bandées me sont un collier, que glisse sur mes dents la langue de ce garçon à la peau brune, aux lèvres molles, je vois ce garçon, tous les jours, je voudrais bien, il me chevauche avec morgue, la morgue, le plaisir qu’il me donne, « oh putain mais tu le fais si bien, ça », je n’arrive pas à prendre tout, je veux tout le garçon, je le prends, je le brûle, ah et j’ai beau, je suis beau, j’ai beau, le regarder, le toucher, le griffer je ne peux le prendre tout entier, et il continue son manège, il joue, je ne le quitte pas, un de ses doux pieds nus me caresse l’oreille, vlan, vlan, que ces muscles chacun visibles sous moi m’émerveillent, je te veux putain je te veux tout entier, je te regarde, je te regarde ah que tes lèvres m’enchantent, tu es parti ? J’aurais voulu être amoureux de toi.
mardi 8 septembre 2009
Mon tour de passer (2)
La Loire, à certaines époques, est tout simplement infranchissable. Elle charrie dans son tumulte tant d’épaves, tant de bois flotté, tant de sable, aussi, que même le passeur intrépide d’antan hésitait quelques fois à transporter les gens de l’autre côté. Le passeur, vous connaissez le principe. Il faisait à quelque kilomètre en amont coulisser une large barge le long de deux câbles tendus au-dessus du fleuve. Madame Carmin m’a raconté qu’il y avait une coutume. Les voyageurs ne payaient qu’à l’arrivée et devaient mettre le prix de la traversée sous la langue, et gare à celui qui ne le faisait pas, il était fauché par un rondin ou ripait sur la barge, bref, il finissait dans l’eau, et sûr, il n’en ressortait pas. Combien de cadavres ont été enterrés dans le petit jardin de l’auberge, Madame Carmin ne sut pas me le dire et il n’y a jamais eu bizarrement de rapport de gendarmerie. Personne n’a entendu parler de ce tas d’os parce que, selon les pouvoirs publics, il y avait prescription. Et c’est pour cela qu’ils ont fait appel à un grand architecte, pour faire un grand et surtout un gros pont, ici, à cette place-là précisément. Non parce que si vous vous demandez ce qui peut bien justifier le contrepoids de 8000 tonnes de ce beau béton gris, hein ? Vous ne croyez tout de même pas que c’est pour la balade ? Car il faut bien des hommes pour faire tenir un pont entre deux rives, combien, à votre avis, pour un tel ouvrage ? Combien, pour qu’un poète les cheveux flottant dans le sillage du fleuve, les oreilles brûlantes et le nez cherchant un effluve de sauvagerie dans les méandres indociles, retrouve dans le voyage vers la rive, un peu de son rêve. Avec, peut-être, le goût métallique d’une pièce sous la langue. Le temps d’une traversée.
lundi 7 septembre 2009
Mon tour de passer (1)
(Texte lu sur le pont Berlottier inauguré sur la Loire cet hiver en compagnie des (h)auteurs)
Ce que beaucoup ignorent, c’est qu’à l’endroit même où nous sommes, autrefois, il y avait une petite auberge dont la spécialité de ragoût de cochon à la purée était reconnue. L’auberge Carmin était tenue proprette par une dame que j’ai rencontrée. Depuis qu’ils ont rasé son auberge, Madame Carmin vit dans un appartement en haut d’une tour de la banlieue. Ça la change. Mais elle ne se croit pas malheureuse, vous savez, une tour, on peut y voir un amas de béton, une trop forte concentration d’êtres humains, avec tout ce que cela comporte de désagréments, ou bien, on peut espérer aller voir les étoiles d’un peu plus près. C’est ce qu’elle m’a dit. Les tours, les basses, les belles, aussi bien que l’Eiffel, sont des ponts tendus vers les rêves. Elle a grand ouvert la fenêtre de son petit salon, et il n’y avait rien au-delà que le ciel nu et froid, de plus en plus froid. En haut des tours, les joues rosies, les narines écartées, les mains, eh bien, je ne sais pas, dans les poches. La chevelure déployée dans le grand vent des hauteurs. Je me suis vu rêveur. Je me suis vu tomber.
« Mais, le pont » me dit-elle pendant que je referme la fenêtre, « revenons à notre pont »
Ce pont est majestueux, je veux bien. Nombreux sont les badauds qui viendront s’ébaudir de ces deux flèches pointés vers l’Azur, de ces câbles monstrueux roidis telles les cordes délicates d’un violon, et pourtant comme dégueulés par de grandes orgues mutiques.
« Oui oui, c’est un très gros pont » répéta-t-elle.