mardi 17 juillet 2012
jeudi 12 juillet 2012
Mes carnets du Maroc (11)
Quatrième jour
J'arrive à Tanger. La cosmopolite,
l'interlope, la ville des écrivains, des peintres orientalistes,
entre mer et océan. Surveillant le détroit de Gibraltar, elle
serait elle-même un pont, qui relie l'Afrique à l'Europe
occidentale. J'y entre un jour de pluie, je ne reconnais rien de ce
que que j'avais imaginé. Le plan sommaire de mon guide ne correspond
en rien à ce que je vois. Je pensais la gare routière adossée au
port, et je suis incapable de trouver la mer. J'aperçois une
mosquée, je crois que c'est celle du plan, mais pas du tout. J'en
fais le tour, je suis dans un quartier très chic et chiant. Tout ça
sous une pluie trépidante. Je retourne à la gare routière et là
je m'arrête. J'essaie de me concentrer, de situer tous les éléments
de ma carte, qui ne mentionne d'ailleurs que ce qu'elle veut. Je suis
un peu désœuvré, sous la flotte, mon chapeau de paille dégoulinant
sur les pages de mon guide. La lose. Un homme m'aborde, j'ai le
réflexe de l'envoyer gentiment paître, mais il a l'air de s'en
foutre, il a même l'air de se foutre de tout. Ce qui me plaît. Je
lui souris, il finit par se présenter, Mohammed, « comme 80 %
des Marocains » rigole-t-il. Mais moi ça ne me fait pas marrer
parce que je me demande s'il n'essaie pas de caresser ma petite fibre
raciste ordinaire d'Européen. Il me demande si j'ai un hôtel, je
lui dis que oui, alors que non, il me demande lequel, je lui réponds
Mamara, un qui est dans la rue la plus craignos de toute la ville. Il
me conseille plutôt ce qu'il appelle la vieille ville, et bon du
coup ça me fait hésiter car c'était mon premier projet, la vieille
ville. Et là il me dit par là, c'est par là. Et pouf, il m'emmène,
devient mon guide. Il m'emmène droit sur le pire hôtel de ma vie,
le Holland, rue de Hollande. Super bien placé, une maison superbe,
et des chambres aussi sympas que celles d'un asile psychiatrique. Éclairage
au néon, carrelage antédiluvien repeint en bleu ciel, sur les murs.
J'ai l'impression que je vais dormir dans une salle de bain, mais pas
celle du Majestic, hein, plutôt celle d'un orphelinat d'une banlieue
de Bucarest. Ceaucescu style. J'ai négocié le prix pour la
meilleurs chambre en lui disant que de toute façon elle ne me
plaisait pas et que si je la prends, ce ne sera que pour la nuit. 250
Dh, au lieu de 300. Mais en fait je crois que ça ne les vaut même
pas. Du coup, j'ai laissé mon sac et j'ai dit à
Mohammed, je te paye un coup quelque part. Lui ça ne l'arrangeait
pas trop, il espérait un peu plus qu'un verre de café au lait, il
a hésité. Puis il a commencé à me balader dans le quartier juif,
c'était superbe, sauf que je flippais, et s'il avait des
potes qui aiment trop l'argent, hein ? De coupe-gorges en
coupe-gorges, je n'ai croisé qu'enfants jouant aux billes, boutiques
animées de barbiers, de vendeurs de produits pour femmes, et pas mal
de bonne humeur. Seul Mohammed semblait en deuil, les épaules
basses, la mine lasse. Au coin d'un souk, il m'a proposé de boire un
coup à une terrasse où j'ai tenté en vain de le faire parler. Je
sais qu'il est berbère, divorcé d'une femme qui lui a fait trois
enfants. Il est au chômage, depuis longtemps, et l'usine Renault qui
vient de s'installer n'a pas voulu de lui. Mais il ne cherche pas
vraiment de travail. Il en trouvera « si Dieu le veut ».
Il espère que le Maroc va aller mieux, avec le nouveau gouvernement,
les droits de l'homme, de la femme, c'est déjà un énorme progrès :
« par rapport au temps d'Hassan II ». Puis il se lève,
il disparaît dans le café tandis que j'ai terminé mon verre de thé
à la menthe. « On y va ? » me propose-t-il, et
j'approuve. « J'ai payé », ajoute-t-il et là je me dis
qu'il est malin. Il me fait finir le tour qu'il avait commencé, il
me dit, tu sais, tu peux donner un peu, mais c'est pas obligé. J'ai
failli dire que ok, alors, si je ne suis pas obligé. Mais j'avais
mis 50 Dh dans ma poche, pour lui, et je lui ai tendu.
mardi 10 juillet 2012
Mes carnets du Maroc (10)
Quatrième jour.
Tout à l'heure, quand le car est
parti, je me suis fait la réflexion et s'ils avaient oublié de
poser mon sac dans la soute. Car la CTM, Compagnie des Transports
Marocains, enregistre ton bagage et se charge elle-même de
l'embarquer. Mais je suis totalement rassuré. Il y est. C'est une
certitude, et pour cause. Pour sortir de la rue Léon l'Africain où
il était stationné, le car éprouvait des difficultés à s'insérer
dans la circulation assez folle du boulevard des FAR (Forces Armées
Royales), quand un jeune homme apparu sur la droite, beuglant et
brandissant à bout de bras... mon sac. Juste à temps, donc.
Quatrième jour.
Dans les campagnes, ici, les baudets
travaillent encore, tout comme les chevaux qui traînent des
charrettes, conduites par des hommes debout. J'en ai croisé
quelques-uns en plein centre de Casa, en fait il y en a beaucoup.
Cela me rappelle un vieux laitier qui faisait sa tournée, à Angers,
peut-être, dans la fin des années 70. A l'époque, c'était une
curiosité. Ici, sur des chemins de terre rouge, des jeunes bergères
vêtues de robes d'un bleu touareg luminescent mènent des troupeaux
de vache. Au bord de l'étang, un berger plus âgé est assis auprès
d'un petit garçon, les jambes allongées devant eux. Ils regardent
les reflets sur l'eau de la beauté du monde. Où ils entrent sans
bruit, malgré eux, par la porte des rois.
lundi 9 juillet 2012
Mes carnets du Maroc (9)
Sur le chemin de Tanger. D'abord, une
traversée de Casablanca. Je suis toujours abasourdi d'apercevoir de
la vie humaine dans des endroits où, en gros, je n'ai pas envie de
m'attarder. Je m'étonne de ce que cette vie puisse ainsi se
satisfaire du trou où elle est. Tout cela est très relatif,
évidemment, Lyon est un trou en comparaison de Paris. Juste, on peut
dire que Paris n'est pas un trou. Et là je suis à Casa, ou dans ses
faubourgs. Je vois des gens qui sont ensembles, discutent, se
touchent, rigolent. Des enfants qui sortent de l'école, empruntent
une rue dont ils connaissent le moindre chaos, mais pas le nom. Des
jeunes hommes en veste de cuir, sous cette chaleur, des jeunes femmes
souvent voilées, ne me semblent pas pouvoir aimer l'endroit où ils
vivent. Ce n'est pas un choix qu'ils ont, dans cet environnement
urbain sans urbanisme, sans transport en commun, sans beauté autre
que la leur. Les habitants de ces quartiers sans âme peuvent se
sentir prisonniers, décidément, puisque à cette situation
géographique, il faut ajouter, en fait l'une découle de l'autre, la
situation sociale. Et si le sentiment d'avenir bouché, de conquête
impossible, devrait sans doute être cause nationale en France, ici,
le sentiment de défaite est un fléau d'une incroyable violence.
Alors, comment le peuple marocain peut-il être si pacifique ?
La religion, peut-être, qui régule pas mal de comportements
sociaux, notamment envers les femmes, qu'on mate mais qu'on n'agresse
pas – à moins d'être son mari. L'équipe de football, dont on est
si fier, c'est important la fierté, c'est un bon substitut à la
dignité. Et surtout le prix du pain.
Quatrième jour
Je traverse la plaine côtière, de
Casa à Salé, en passant par Rabat. Puis, vers le nord, toujours en
longeant le front de l'océan. Beaucoup de terres cultivées, un blé
vert, du colza en fleur. Mais d'après Jeff, il ne faut pas s'y
tromper. La pluie de l'autre jour était largement insuffisante. Et
quand bien même elle eût été abondante, Jeff m'affirme que c'est
trop tard, « les récoltes sont foutues ». Des paysans
fauchent dors et déjà leurs champs pour nourrir le bétail. Les
souks marocains, actuellement, proposent des oranges succulentes à 7
dh le kilo, des fraises charnues et sucrées pour 8 Dh. Des légumes
frais triomphants, des monceaux de légumes secs, de la viande
pendante aux crocs du boucher, beaucoup de poissons, sagement
rangés... En apparence, le pays ne manque de rien. Sauf que la
sécheresse sévit et l'été est encore loin. Jeff est fataliste sur
ce point, alors, je me dis qu'il y a peut-être matière à
s'alarmer.
vendredi 6 juillet 2012
Mes carnets du Maroc (8)
Hier (troisième jour)
Je me suis perdu dans Casa. Un vrai
délire, cette ville. Dénuée de points de repères, immense,
diverse, les trottoirs défoncés, les ruines et les terrains vagues
jouxtant les hôtels Sheraton ou les mosquées, toujours chéries et
soignées, mais, je dois dire, pas envahissantes. Des travaux dans
toute la ville rendent l'impression de décrépitude plus importante, le tramway. Un réseau de
transports en commun ne sera pas du luxe, mais pour l'instant, c'est le plus délirant
bordel qu'un aménageur puisse imaginer. Des places entières sont
condamnées, avec des passages pensés pour les automobiles, et
rien, mais alors rien, pour les piétons. Sur une place où se
succèdent toutes les lignes de bus de Casa, il doit y en avoir six ou
sept, pas un endroit prévu pour la circulation des piétons, ni même
une aire sécurisée pour attendre le bus. Si bien que des milliers
de Marocains se retrouvent ici entre les voitures, s'imposant à
elles, au milieu des klaxons, dans la poussière, ou se réfugiant
sur un chétif morceau de trottoir sablonneux, jonché de détritus
et qui sent d'ailleurs la poubelle. Le nom de cette place ? Je
suis in-foutu de le dire. Je ne suis pas certain que l'ensemble des
Marocains que j'ai croisé ce jour-là aurait su me le révéler. Je
n'ai pas trouvé de plaque indicative, mais sans surprise. J'étais
perdu déjà depuis un moment, mon plan à la main, en pleine nuit,
et je me désespérais de trouver une plaque de rue quelque part. Il
y en a ici ou là, il faut avoir du bol, et que les rues ainsi
reconnues soient aussi marquées sur le plan. Les Marocains sont très
souriants et serviables, donc, il suffit de demander. Salam aleikoum,
bonjour, pouvez-vous me dire où je suis ? « Maarif ».
Oui oui, mais encore ? Connaissez-vous le nom de ce boulevard ?
Non ? Bien bien bien. Et comment je fais, moi. Si on dit bien
Cassaouite, ce gentil Cassaouite a tout de même réussi à
participer à mon sauvetage. Tout droit tout droit, puis à gauche puis tout de suite à droite, tout droit tout droit, ce sera le Boulevard Mohammed V. Et je connais ce boulevard. Choukrane. Beslama.
Troisième jour
Des garçons des garçons, que ça, des
quantités, beaux, glabres et bronzés, de quoi devenir dingue. Des
numéros de téléphone en veux-tu en voilà, des rendez-vous, à 18
h, à 19 h 30, à 20 h, demain matin ? Maintenant ? C'est
du pur délire. Je me doutais bien que ce n'était pas sur ma seule
gueule et je me suis d'ailleurs rendu compte que ma phrase de
présentation, sur le site de rencontre où je croise tout ces
gazouillis (un masculin de gazelle à ma sauce, gazelle désignant ici, pudiquement, les femmes prostituées, les femmes à touristes et, au delà, les femmes sexys), n'était pas pour
améliorer la chose : mon cynique « shopping and fucking », arboré sur le site de rencontre,
était pour le moins ambigüe. Tous, peu à peu, ont abordé (et
sinon je les ai aidés à le faire) la question du « pourboire ».
L'un d'eux, qui m'a depuis donné son numéro de téléphone, s'est
excusé en me racontant qu'il fallait bien payer le loyer pendant ses
études. En fait, je pourrais n'écouter que mon désir de salaud,
payer, une somme qui devrait être à peu près acceptable, et
niquer, ou même faire l'amour, à un de ces jeunes hommes
magnifiques. Non, c'est non. Je le ferai le jour où je
voudrai m'avilir. Avec un pote, on louera une maison, chacun sa
chambre.
Quatrième jour
jeudi 5 juillet 2012
Mes carnets du Maroc (7)
Troisième jour.
Bon dieu de
boulevard Zerktouni, qu'il est long. J'ai cru ne jamais trouver ce
que je cherchais, un café qui propose la wi-fi. J'étais même prêt
à me rabattre sur un Mac Do. Du coup, j'ai réussi à passer les
messages que je voulais. Un rendez-vous à 19 h 30, dont j'espère un
peu plus qu'une partie de jambes en l'air. Et je me tâte pour
m'organiser un réveil agréable, avant de courir à la gare des
voyageurs de la CTM, j'ai deux numéros pour cela, deux. Ah le Maroc,
ah, l'internet. Bon, je me fais l'effet de faire exactement ce que je
réprouve, mais dites, la chair est faible.
Grill 2011 :
mot de passe du Café Carnaval, boulevard Zerktouni.
Premier jour.
Dès ma première
visite, j'ai mal à un pied. Je boîte comme un imbécile derrière
Jeff, qui file toujours un bon train, tout heureux, par exemple, de
s'enfoncer dans Derb Ghallef, le souks aux mille échoppes et aux
trafics en tous genres.
Deuxième jour.
J'ai mal aux deux
pieds, maintenant.
Troisième jour.
Demain, je vais à
Tanger, avec l'objectif de m'y reposer. Je me sens épuisé par les
marches, par cette attention permanente qu'une ville nouvelle, et
surpeuplée, me demande. J'aime ce sentiment d'être l'étranger,
mais il me fragilise. Je suis vigilant à me fondre dans la
foule, j'observe les Marocains, j'essaie de faire pareil. Pourtant,
je sais que c'est marqué touriste sur ma gueule.
Quatrième jour.
J'ai petit
déjeuné à l'hôtel. Pas mal, d'ailleurs, quand je pense aux
horreurs que j'avalais à Madrid ou Athènes. J'ai même plutôt
apprécié le pain au chocolat, qu'ils appellent mignonnement petit
pain, très gras, mais avec bien peu de cacao et sans beurre. Me
voici rue Léon l'Africain ou je bois un café en terrasse. En face
de moi, un mur peint, comme je peux dire qu'il y en a beaucoup à
Casa, de ceux qui cherchent à cacher un bidonville ou un marché.
Celui-ci, je ne sais trop ce qu'il enferme. Je crois que c'est juste
un terrain vague, étant donné la pauvre végétation qui
dépasse. Mais ce terrain vague est protégé par un mur hérissé de
tessons de bouteilles. Je sirote mon café. J'attends. C'est un de
ces moments d'attente qui participent au voyage. Le serveur m'a amené un
grand verre d'eau. Je souris. Ce qui me sépare d'une bonne gastro.
mercredi 4 juillet 2012
Mes carnets du Maroc : avant le Maroc (2)
Préparatifs 2
Deuxième jour,
ou troisième ou vingtième, on est bien d'accord. La date du départ
approche. Je me sens suspendu entre deux cieux. Dans un nuage, ou
bien suis-je moi-même le nuage. J'ai du travail à avancer pour
partir l'esprit libéré, donc je fais ce que je dois, ce que je peux, des expositions à visiter, des rendez-vous à
prendre et j'ai rédigé déjà quelques articles, pour le journal qui m'emploie.
Est-ce que je fais bien tout comme il faudrait, cette question butte
sur un mur, ou plutôt la réponse à cette question semble
s'éparpiller dans les nuées ou je flotte. Je sais que le 27 mars,
c'est à dire dans quelques jours, je serai à Casablanca. On dit
Casa. La maison. Et je ne sais pas encore où je logerai.
Préparatifs 3
Je crois que
c'est ce qui me fait flotter, comme ça, cette incertitude
fascinante, qui me terrifie, mais qui m'aimante tel un gouffre.
Je suis entre mon
monde, celui ou je travaille, où je m'arrange pour fuir à la
montagne, pour baiser de temps en temps, où je lutte jour après
jour contre mes tendances à trop manger trop gras, trop boire trop
de café, trop d'alcool et d'ailleurs cela me fait penser que je dois
aller à la salle de sport, je ne vais pas développer sur ce point,
j'ai payé l'inscription, mais je ne suis pas encore inscrit, un truc
de couillon. Bref, je dois y aller avant le départ, sinon je perds
tout, c'est à dire une année d'accès. Seulement je sens bien que
même avec une inscription en bonne et due forme, je n'irai guère
dans cette espèce de dojo qui pue les pieds. Bon, je disais... Je
suis entre mon monde et un autre, entre le moi qui sait se gérer,
par habitude, et un autre qui ne ressemble à rien, un moi qui se
révélera le 27 mars, à Casa, lorsqu'il faudra se débrouiller.
mardi 3 juillet 2012
Mes carnets du Maroc : avant le Maroc (1)
Préparatifs 1.
Retour sur les
préparatifs. D'abord, il n'y a pas de premier jour des préparatifs.
Il y a une idée qui palpite pendant un an, une hésitation qui dure
un an, sur le chemin, les endroits que je veux voir. Le Maghreb
est-il une région attirante, je veux dire en dehors de ces sublimes
garçons que j'ose imaginer trois quart nus sur les plages. La
réponse à cette question est clairement oui, et d'ailleurs j'espère
ne pas me transformer en cet horrible monstre velu qu'est le touriste
sexuel. Commençons par l'Algérie, il se trouve que la littérature
m'amène en Algérie, comme beaucoup de lecteurs, puis-je croire,
grâce à Albert Camus. Rien que Camus, les ruines de Tipaza,
l'étranger fumant son clope à sa fenêtre, ou encore le petit
garçon qui se raconte dans Le Premier homme. Mais il n'y a pas que
les livres, il y a les copains de classe, qui s'affichaient Algériens
et cela me fascinait, me frustrait, parce que je n'avais rien d'aussi
beau, de si exotique, de tellement spécial, à revendiquer. Et c'était une des raisons
qui me faisaient m'exclamer ah oui mais vous êtes Français avant tout,
c'était pour dire on est pareils. A l'école, j'ai eu un ami
portugais, ça me faisait le même effet, j'étais hyper complexé.
Et à postériori, ça m'énerve. Vous me faites tous chier avec vos miséreuses revendications
identitaires de merde, je suis pédé, je vous ai emmerdé avec
ça moi ? Pas le souvenir. Pourtant c'est un très beau pays la
Pédérastie.
Bref.
Cette année j'ai
écrit à un copain croix-roussien qui s'était installé à Tizi
Ouzou, je crois, avec sa femme et sa petite. Il n'a jamais répondu.
J'ai voulu communiquer avec François Beaune, l'écrivain, que je
connais un peu, croix-roussien lui aussi, et qui fait le tour de la
méditerranée avec des adresses tout le tour du ventre, pour son
très sympathique projet de récolte d'histoires vraies... Lui non
plus n'a pas répondu. Un peintre, lui, avait nombre d'adresses, et
j'ai eu la bêtise de ne le contacter que tard, alors qu'il m'avait
cordialement invité à le faire il y a des mois. Je me suis senti
pressé par le temps, débordé par le nombre des démarches,
effrayé, même. Si je veux vraiment aller en Algérie, il me faudra
travailler un peu plus sur ce dossier. J'avais une envie particulière
d'aller en Algérie. Je l'ai toujours. J'irai un jour.
Et dans mon
programme il y avait le Maroc et la Tunisie. La Tunisie j'ai
abandonné très vite parce que tout le monde m'a dit c'est horrible,
c'est chiant la Tunisie. Propos de touristes, il faut relativiser.
Moi je me suis dit, faut me limiter sinon je n'y arriverai pas.
Notamment en terme de prix. Donc, reste le Maroc. Je pars le 27 mars
à Casablanca. Je repars de Marrakech le 4 mai, direction Lyon.
samedi 30 juin 2012
Mes carnets du Maroc (6)
Deuxième jour.
Alors que j'écris dans mon lit clic
clac, j'entends la pluie redoubler dehors. C'est une excellente
nouvelle pour le Maroc. Et pour le roi. Car si j'en crois les sévères
inquiétudes de Jeff, il n'a pas plu depuis plus de trois cents jours
ici. Ce qui veut dire pas de blé. Ce qui veut dire augmentation du
prix du pain. Ce qui est proprement impossible. Il faudra donc au roi
trouver la capacité d'emprunt nécessaire à la compensation de
cette hausse. Et même chose pour le pétrole. Attention, risque
d'émeutes.
Troisième jour.
La poudre d'escampette. J'ai annoncé
que je prenais le bus pour Tanger et Jeff m'a conduit ce matin
jusqu'à la gare CTM, compagnie nationale de bus. Je lui ai fait mes
adieux, je suis entré dans la gare. J'ai étudié mon guide, j'ai
hésité. J'ai pris mon billet pour Tanger, le car de demain, 11 h.
Hein ? Quoi ? Demain ?
J'ai en effet pris une chambre dans un hôtel en plein centre de ce qu'on appelle la Nouvelle ville de Casablanca. Un quartier déliquescent, blindé d'immeubles Art Déco en voie d'extinction. On pourrait s'en attrister, mais ce n'est pas désagréable. Les rues sont animées, défoncées, des restaurants snacks succèdent aux pharmacies, aux épiceries, aux échoppes de traducteurs assermentés, j'ai vu une cristallerie, des magasins de fripes... L'hôtel est tout à côté de la CTM, ce qui me sera bien utile, demain. Personne ne sait ou je suis. J'ai l'impression de jouer un bon tour à tout le monde. Cela me confère une liberté, un sentiment de liberté, assez grisant. J'ai bien l'intention d'en profiter un peu. Il faut que je trouve une wi-fi, ce serait plus facile, pour entrer en contact avec... Enfin, avec des Marocains quoi.
J'ai en effet pris une chambre dans un hôtel en plein centre de ce qu'on appelle la Nouvelle ville de Casablanca. Un quartier déliquescent, blindé d'immeubles Art Déco en voie d'extinction. On pourrait s'en attrister, mais ce n'est pas désagréable. Les rues sont animées, défoncées, des restaurants snacks succèdent aux pharmacies, aux épiceries, aux échoppes de traducteurs assermentés, j'ai vu une cristallerie, des magasins de fripes... L'hôtel est tout à côté de la CTM, ce qui me sera bien utile, demain. Personne ne sait ou je suis. J'ai l'impression de jouer un bon tour à tout le monde. Cela me confère une liberté, un sentiment de liberté, assez grisant. J'ai bien l'intention d'en profiter un peu. Il faut que je trouve une wi-fi, ce serait plus facile, pour entrer en contact avec... Enfin, avec des Marocains quoi.
vendredi 29 juin 2012
Mes carnets du Maroc (5)
Deuxième jour.
Au fait, j'ai activé mon téléphone
arabe. J'ai acheté une puce 20 dirhams à Derb Ghallef. Mon numéro
IAM est le 0654985743.
Premier jour.
1er mars 1967, Jeff s'installe avec sa
femme au Maroc.
Premier jour.
Sa vie, à Jeff, c'est beaucoup de
mouvement. Des envoyages en l'air, mais des vraies, avec sa femme,
ils ont pratiqué la voltige aérienne. Tu saisis quel genre de femme elle était quand tu aperçois une photo d'elle hilare, sortant
d'un appareil de voltige. Comment disait-il déjà ? Un... dos
au sol ?
Puis Jeff s'est passionné pour la
moto, et plus encore, je crois, pour la piste. Les chemins, la
poussière, les cailloux. Si bien que je crois pouvoir dire qu'il est
un des plus grands spécialistes de rallye désertique au monde. Je
suis un peu impressionné en écrivant cela, je me trouve pompeux.
Mais je crois que c'est la vérité. Il trace les itinéraires du
LYBYA, de l'Amitié. Il est un ami de Cyril Neveu, il a bossé avec
René Metge et Jean-Louis Schlesser. Il a soixante-dix-sept ans, je
le rappelle, et aujourd'hui il fait encore les reco (comme il dit),
les road-books, commissaire de course, et vas-y qu'il rédige des
réponses au ministère de la culture marocain, et vas-y que l'agence
de communication du Rallye de l'Amitié l'appelle pour connaître son
sentiment...
jeudi 28 juin 2012
Mes carnets du Maroc (4)
Premier jour.
Lui qui dit ne pas aimer la foule, Jeff
semblait heureux de parcourir les souks surpeuplés où il m'a
emmené : « Et encore, là, il n'y a personne » me
précise-t-il en jubilant. Ce sera en effet pour moi le souvenir
marquant de mes débuts au Maroc. Derb Ghallef. Tu circules dans un
dédale de venelles où tu peux à peine croiser quelqu'un. Entre
tes jambes, une rigole est creusée pour les jours de forte averse,
et les boutiques se succèdent. Une boutique, il faut savoir, cela commence à partir de trois mètres carrés... Il y a le coin des téléphones,
où tu peux tout trouver à des prix que tu n'espérais pas, il y a
le coin des ordinateurs, où Jeff a acheté le sien pour six fois
moins cher qu'en supermarché. Il y a le souk de l'ameublement, les plus vastes espaces du marché, le souk des tapis,
les souks de tout et n'importe quoi, tu y trouves tous les dvd, même ceux qui ne sont pas encore
parus, les logiciels qui te manquent, des télés, des bicyclettes,
des réparateurs de tout, des postes de radio, des chaînes hifi...
Et tout cela dans la bonne humeur : « c'est un peuple qui
rit beaucoup » me dit Jeff, et il adore, il sourit à tous les
gens qu'il croise. Ce que je remarque, tout autant, c'est leur activité, les Marocains bossent beaucoup, ici. De jeunes hommes sans diplôme démontent, réparent, remontent des boitiers bourrés de haute technologie, d'autres (ou les mêmes) transportent de la marchandise, un menuisier s'opiniâtre, un marchand discute...
Premier jour.
A midi, Jeff me dit d'aller sur la
banquette arrière et de me cacher. Il est membre de l'athlétique
club, un grand parc loué par la France, où les expatriés se
retrouvent pour jouer au tennis, au hand-ball, faire de l'équitation,
de l'escalade, plein d'activités... Lui est membre de la section
gym, une salle de sport ou il va se dépenser deux heures par jour, et
de la section tennis où, si j'ai bien compris, il ne va plus guère.
Peut-être que c'était leur truc, avec sa femme. Chaque section a
son club-house et il y a, pour tous, deux restaurants autour de deux
piscines. C'est là que nous mangeons, après un tour exhaustif du
parc, et la rencontre d'un modéliste à la puissance de travail et
l'habileté assez étonnantes. Avec Jeff, nous mangeons des
brochettes et des frites, tandis que je l'interroge. Il me raconte un
peu sa vie.
mercredi 27 juin 2012
Mes carnets du Maroc (3)
Premier jour
Je parlais d'une porte des rois, jeff
m'a ouvert la sienne. Elle est modeste et usée par les ans, c'est la
porte de chez lui. Il m'a accueilli aussi bien qu'il a pu, m'a invité
à manger, m'a baladé partout dans Casablanca. C'est pourtant un
homme de soixante-dix-sept ans, d'une énergie folle, mais occupé à
d'autres tâches que de faire la visite à un touriste. Il n'a compté
ni ses heures, ni ses kilomètres.
Première étape, son appartement. Il
habite sur la colline d'Anfa, non loin de la plage, et
tout près de l'Hôtel d'Anfa où se réunirent, autrefois, Churchill
et Roosevelt, pour décider de la date du débarquement allié en
méditerranée. Et pour réconcilier, vaine ambition, le général
Giraud, représentant de Vichy en Afrique, avec De Gaulle. Bref. Même
s'il ouvre sur le consulat d'Algérie, que la villa du roi n'est pas
très éloignée, en témoigne la présence constante et discrète de
dizaines de soldats en livrées, l'habitation de mon hôte est
modeste, voire simple, autrement dit, agréable. Dans la voiture, en
y allant, je ne comprends pas s'il me dit que sa femme nous attend ou
si elle est absente. J'apprends plus tard qu'elle est atteinte de la
maladie d’Alzheimer et pensionnaire d'une maison spécialisée à
Rabat. C'est la blessure bavarde de Jeff. Je le sens bien, il est
perdu sans elle. « Je paye pour tous les plaisirs que j'ai pris
dans ma vie ».
A mon arrivé, il me propose de manger
un peu et il se trouve que j'ai très faim. Des tranches de pain de
mie frais dans un café noir. Puis il me dit j'ai des messages, je
suis très occupé en ce moment avec mon road-book. Alors je pense,
ce doit être une sorte de journal de route tout en soupçonnant
d'autres implications. En tous cas, je sens l'homme inquiet,
préoccupé. N'empêche, lorsque j'ai terminé de manger, il prend
ses clefs : « Viens, je t'emmène faire un tour ».
jeudi 21 juin 2012
Mes Carnets du Maroc (2)
Sur l'esplanade de la grande Mosquée.
Le gigantisme, le marbre, le toit ouvrant, en cèdre, magnifiquement
ouvragé, les mosaïques traditionnelles, les lustres en verre de
Murano, l'édifice, aux trois-quart sur la mer, tout ceci n'est pas
aussi impressionnant qu'il pourrait. C'est mon hôte Jeff, qui m'en
faisait la remarque hier, cette mosquée, malgré un minaret de plus
de deux cent mètres, est massive (ça c'est moi qui l'ajoute) mais
« plutôt bien proportionnée ». Elle s'impose, attire
l’œil, mais n'humilie pas celui qui l'admire. Du moins est-ce mon
sentiment.
Pour combien de rois, fins et fiers Marocains en pantalon
de jogging, en jean's usés, la tignasse et la peau nègres, je
ferais ouvrir, moi, les longues et lourdes portes des rois...
De titane et de laiton, mesurant, au
bas mot, une vingtaine de mètre de haut, les portes du roi de la
mosquée Hassan II pèsent plus de 34 tonnes. Ce sont elles qui
écrasent.
La petite histoire, c'est que la mosquée Hassan II a été construite par Bouygues pour le roi dont
elle porte le nom – le père de Mohammed VI, l'actuel souverain.
C'était une personnalité assez fabuleuse, d'une culture et d'une
intelligence que seule égalait sa cruauté. Admirable, séducteur,
donc, il était aussi le garde chiourme et l'assassin de ses
opposants. Malgré tout, sa mosquée, il fallait au moins s'attendre
à ce qu'il en suive la construction, pas à pas. D'après Jeff, qui
a travaillé dans ce chantier, et n'a d'ailleurs pas été payé, il
y a eu une première bouture, de plus de vingt mètres moins haute.
Le vieux souverain n'en a pas apprécié les proportions : soit
le minaret était trop haut, soit la nef principale était trop
petite. Il l'a donc fait rehausser pour atteindre soixante mètres.
Mais... Il me faut évoquer mon arrivé à Casablanca. Un homme
respectable m'y attendait, hier, figure blanche et attentive dans
l'encadrement d'une fenêtre de son énorme 4x4.
mardi 19 juin 2012
Mes carnets du Maroc (1)
Premier jour
le stress du départ est monté
pendant, je dirais, une, voire deux semaines. Le paroxysme pourtant
n'est pas atteint. Je sais pacifier, feutrer mon inquiétude. Je sens
en revanche la tension électriser mes muscles, et c'est bien
fatigant.
Premier jour
Le départ. Je suis dans l'avion et je
me force un peu à écrire. Je suis plutôt heureux d'entendre de
l'arabe depuis les hauts parleurs. Je remarque une foule bigarrée
dans la cabine. Beaucoup de Marocains, mais pas que. Des personnes
seules, oui, j'ai l'impression. Peu d'entre elles, probablement,
resteront plus d'une semaine au Maroc.
On décolle entre chien et loup, on
clignote de partout, l'accélération est terrible. C'est l'aube et
soudain, je ne touche plus terre.
Premier jour
Je survole l'Espagne, comme un symbole.
Après avoir visité Vega, Villafranca del Bierzo, Madrid et
Barcelone, hop, saute-mouton au-dessus de la péninsule ibérique.
dimanche 10 juin 2012
Jaune
vendredi 25 mai 2012
mardi 22 mai 2012
vendredi 18 mai 2012
vendredi 17 février 2012
mardi 7 février 2012
Antoni Tàpies est mort. Qu'il fasse de beaux rêves.
De beaux rêves ai-je écrit en titre ? Évidemment cette œuvre, exposée dans l'entrée du Musée d'Art Contemporain de Barcelone, n'évoque pas que de jolies images. Le lit de fer blanc, les rets de métal sombres, sommiers aux mailles serrées tendus sur nos rêves, la couverture, grise, râpée, les petits sommiers d'enfant qui glissent avec les oreillers, il s'agit d'un monde carcéral, clinique, il y a de la maladie, de la folie. 1, 2, 3. Et l'échappée.
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